Pas vraiment des anges

En parlant des artistes

Arthur Rimbaud (1854-1891) - Jim Morrison (1943-1971) - Jean-Michel Basquiat (1960-1988). Sourcing des images : internet (montage Vert et Plume)

Arthur Rimbaud (1854-1891) - Jim Morrison (1943-1971) - Jean-Michel Basquiat (1960-1988). Sourcing des images : internet (montage Vert et Plume)

Ces trois-là ont en commun d’avoir été de « sales » et « beaux » gosses a qui une mort prématurée a épargné l’épreuve de la vieillesse (Basquiat et Morrison à 28 ans, Rimbaud à 37), d’avoir connu des relations difficiles avec leur père (celui de Rimbaud, un militaire comme le père de Jim Morrison,  s’était définitivement éclipsé quand il avait 6 ans), de s’être enfuis de chez eux à l’âge de l’adolescence et d’avoir fait preuve d’une créativité exceptionnelle.

Ils sont connus dans le monde entier (disons dans l’hémisphère nord, car ils ne doivent pas être appréciés de la même manière en Europe et au Moyen-Orient par exemple). Ces atouts ne sont pas donnés au premier venu. La médiatisation dont ils sont l’objet à intervalles réguliers a fait d’eux des icônes, au point qu’on se demande si pour certaines personnes leur image n’a pas éclipsé leur œuvre ?

Andy Warhol, photograohies (1983 et 1984). A gauche Keith Haring avec Juan Dubose. A droite image (négatif) de Jean-Michel Basquiat en David, d'après une photographie originale de l'artiste en jockstrap prise en 1983. Sourcing : internet et "Andy Warhol photography", éditions Stemmel (1994). Bibliothèque Vert et Plume, 2004

Andy Warhol, photograohies (1983 et 1984). A gauche Keith Haring avec Juan Dubose. A droite image (négatif) de Jean-Michel Basquiat en David, d'après une photographie originale de l'artiste en jockstrap prise en 1983. Sourcing : internet et "Andy Warhol photography", éditions Stemmel (1994). Bibliothèque Vert et Plume, 2004

Le physique à proprement parler de l’artiste devient si important, s’il veut que son image soit reproduite à la une des magazines, contribuant ainsi à faire monter la cote de ses productions, qu’on n’imagine même plus qu’un artiste populaire puisse être laid, contraint de se tenir à l’écart des journalistes, faisant passer la nuit par une porte à peine entretaillée ses œuvres à son marchand venu le retrouver en cachette.
L’artiste moderne n’hésite plus à se dénuder devant l’objectif, comme ce Basquiat âgé de 23 ans dans un jockstrap sans doute prêté par Warhol qui a vraisemblablement été attiré par ce jeune homme qui était devenu son ami. Désormais l’artiste ne craint pas non plus d’afficher sa sexualité et accepte de poser, à la manière très décontractée de Keith Haring, avec l’un de ses amants.

Anges de pureté et de vertu

L’artiste, dans la mesure où il ne saurait être un individu ordinaire, partage avec les anges plusieurs des attributs qui lui sont conférés à la fois par les théologiens et certaines expressions de notre langage quotidien.

Denis Vidalie "Têtes d'anges", église Saint-Pierre-et-Saint-Paul à Meinier, ancienne commune savoyarde du Chablais, annexée par le canton de Genève en 1816 à la suite du Congrès de Vienne. Sourcing image : "Eglises et chapelles baroques de la Haute-Savoie", éditions Rossat-Mignod (2002). Bibliothèque Vert et Plume

Denis Vidalie, photographie "Têtes d'anges" (bois d'épicéa et de sapin blanc coupés entre l'automne 1777 et le printemps 1778, et peint par plusieurs artistes régionaux). Retable de l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul à Meinier, ancienne commune savoyarde du Chablais, annexée par le canton de Genève en 1816 à la suite du Congrès de Vienne. Sourcing image : "Eglises et chapelles baroques de la Haute-Savoie", éditions Rossat-Mignod (2002). Bibliothèque Vert et Plume

DÉFINITION
Ange. n.m. (latin angelus, du grec aggelos, messager).  1°. Théol.cathol. Etre purement spirituel, souvent représenté sous la forme humaine, avec des ailes. V. Esprit (céleste, pur, aérien).  – messsager envoyé de Dieu. – créature spirituelle supérieure à l’homme. – l’ange immatériel, incorporel, opposé à l’homme. 2°. En parlant des hommes : – être le bon ou le mauvais ange de quelqu’un. – Un ange de piété, pureté, perfection et vertu. – Un ange de beauté, beau comme un ange. – Mon ange, mon bel ange, mon petit ange. – Petit ange : l’enfant. L’ange est souvent représenté en peinture sous la forme d’un enfant joufflu.  – Comme un ange : fort bien, parfaitement. – Être aux anges : dans le ravissement, l’extase. (Le Robert, dictionnaire alphabétique et analogique, 1972)

Petits anges

Jean-Michel Basquiat, alors âgé de 7 ans, avec ses deux sœurs Lisane et Jeanine (1967). Sourcing : catalogue de l'exposition Jean-Michel Basquiat au Whitney museum of American art (1994). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

Jean-Michel Basquiat, alors âgé de 7 ans, avec ses deux sœurs Lisane et Jeanine (1967). Sourcing : catalogue de l'exposition Jean-Michel Basquiat au Whitney museum of American art (1993). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

Dans une interview accordée au magazine « Mouvement » (numéro du 3è trimestre 2009), Christian Boltanski s’exprime au sujet de l’enseignement artistique : « Le diplôme ne sert absolument à rien. (…) On peut être un bon médecin, c’est une vie honorable. En revanche on ne peut pas être un bon artiste. Il faut être un grand artiste. (…) La mission des artistes est beaucoup plus grande [que celle d’un médecin]. La plupart du temps les étudiants qui entrent aux Beaux-Arts ne sont pas conscients de cela. »
Selon le peintre Arden Scott, ami de Basquiat, ce dernier ne voulait pas être un artiste tendance, pas plus qu’un artiste noir. Il voulait devenir « un artiste célèbre ». Il fit tout ce qu’il fallait pour cela, réussissant à devenir rapidement le protégé de Warhol. A 19 ans il était déjà reconnu dans le milieu de l’art new-yorkais.
De fait il réussira à être le seul artiste noir à aller au-delà du mouvement graffiti et à devenir un grand peintre « African-American » dans un monde de l’art dominé par les Blancs.

Mon ange

Bernard Faucon "Jeux dans la piscine", photographie (1977). Sourcing : "Bernard Faucon", éditions Actes Sud (2005). Bibliothèque Vert et Plume, 2009

Bernard Faucon "Jeux dans la piscine", photographie (1977). Sourcing : "Bernard Faucon", éditions Actes Sud (2005). Bibliothèque Vert et Plume, 2009

« (…) un enfant prend son bain dans une piscine gonflable, entouré de jouets, de de têtes de plâtre et de cire. »
Extrait de « Bernard Faucon » par Pierre Borhan, éditions Belfond – coll. Les Grands photographes, 1988 (bibliothèque Vert et Plume, 2010)

Texte mis à jour le 14.12.2010
Si l’on s’en tient aux biographies schématiques des catalogues d’exposition, on n’apprend pas grand-chose sur la vie familiale de Jean-Michel Basquiat. Elles contiennent toutes les mêmes informations laconiques dans le style d’une fiche de police, comme s’il n’était pas important de connaître l’enfance de l’artiste pour apprécier son travail. On peut lire cet argument sous la plume de certains journalistes spécialistes del’histoire de l’art. Heureusement il y a aussi le journalisme d’investigation qu’incarne en l’occurrence Phoebe Hoban, une américaine qui a travaillé pour le New-York Times et écrit un livre passionnant sur Basquiat et le marché de l’art à son époque. En plus des habituelles anecdotes sur l’enfance de Basquiat, les images d’Epinal dont se gargarisent les montreurs d’exposition (le livre d’anatomie, les cartes postales et le réfrigérateur peint, comme la crucifixion, la résurrection et la montée au ciel…), on y découvre un gamin séduisant, rêveur, incroyablement créatif et doué dès le plus jeune âge pour le dessin. Un gamin d’une maturité inouïe avec lequel ses parents seront incapables de s’entendre.

Jean-Michel Basquiat (vers 1986) chez son marchand d'art de l'époque Bruno Bischofberger en Suisse, chez qui il se rendait souvent. Sourcing image : archives Vert et Plume)

Jean-Michel Basquiat (vers 1986) chez son marchand d'art de l'époque Bruno Bischofberger en Suisse, chez qui il se rendait souvent. Sourcing image : archives Vert et Plume)

Quand, en 1986 au cours d’une interview vidéo de Tamra Davis et Becky Johnston, celles-ci demandent à Jean-Michel Basquiat ce qu’il ferait s’il apprenait qu’il ne lui restait que 4 heures à vivre, ce dernier répondit :
« Je ne sais pas… je pense que j’irai me ballader avec ma mère et ma petite amie ».

Une mère d’origine portoricaine, dévote comme une Espagnole de Séville, parlant couramment l’anglais, l’espagnol et le français, langues qu’elle essaya d’enseigner à son fils. Elle aimait dessiner, des scènes pieuses sur des napperons (dans le genre, Dieu bénissez ce repas, Dieu nous garde, comme on voit en Afrique sur les taxis-brousse). Basquiat déclara plus tard que l’art lui avait été transmis par sa mère. Mais Mathilde Basquiat était aussi une femme exigeante et sévère qui pouvait battre son fils quand il ne se comportait pas comme elle pensait qu’il l’aurait dû. Superstitieuse de surcroît, elle le frappait quand il enfilait par distraction son slip à l’envers criant qu’il allait devenir homosexuel, comme on disait aux garçons au 19è siècle qu’ils deviendraient idiots s’ils continuaient à se masturber la nuit et qu’on leur attachait les mains avant de s’endormir pour les mettre à l’abri du péché.

Un démon, pour son père

Jean-Michel Basquiat, à l'âge de 11 ans. Sourcing image : "Basqiat, a quick killing in art" by Phoebe Hoban (1998, revised 2004). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

Jean-Michel Basquiat, à l'âge de 11 ans. Sourcing image : "Basqiat, a quick killing in art" by Phoebe Hoban (1998, revised 2004). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

Le père de Jean-Michel était une sorte de playboy, originaire d’Haïti, préoccupé par sa propre image et ses marches de tennis. Il ne s’occupait  guère de ses deux filles, encore moins de son fils qui n’avait pas le droit de toucher à ses disques de jazz, dormait dans une chambre sous les toits avec à peine assez de place pour poser un matelas à même le sol.

Gérard Basquiat ne fréquente que des femmes blanches exactement comme son fils le fera plus tard. Un fils qu’il n’hésitait pas à frapper violemment, à coups de ceinture sur les fesses et les jambes quand il commettaot une incartade, allant parfois jusqu’à le menacer avec un couteau.
Les parents se séparèrent. La vie avec son père devint de plus en plus insupportable pour Jean-Michel qui ne réussissait pas davantage à s’intégrer à l’école où il est en butte aux autres élèves, ne s’intéressant qu’au dessin et aux spectacles montés par les professeurs qui étaient les seuls à le remarquer et à l’apprécier, surtout ceux qui enseignaient l’art, une discipline à l’honneur dans les écoles américaines ; image émouvante pour le lecteur d’un gosse à l’épaisse chevelure dans laquelle il fichait ses feutres de couleur en proclamant qu’il serait un artiste de bandes dessinées, – une de ses profs en a conservé un exemple -.)

Mais beau comme un ange

Francesco Clemente "Portrait de Jean-Michel Basquiat", aquarelle sur papier (vers 1984). Sourcing : "Jean-Michel Basquiat, témoignage 1977-1988', Galerie Jérôme de Norimont (1998). Bibliothèque Vert et Plume, 2008

Francesco Clemente "Portrait de Jean-Michel Basquiat", aquarelle sur papier (vers 1984). Sourcing : "Jean-Michel Basquiat, témoignage 1977-1988', Galerie Jérôme de Noirmont (1998). Bibliothèque Vert et Plume, 2008

Jean-Michel était devenu malgré lui un gosse de la rue. Son adhésion au mouvement graffiti fut à la fois un refuge et tout de même une expérience enrichissante, une bouée de sauvetage en attendant de trouver par lui-même une autre manière de s’affirmer, de se faire remarquer puis accepter.

Jean-Michel Basquiat "Portrait de Francesco Clemente" (collection de l'artiste, date n.c.). Sourcing :

Jean-Michel Basquiat "Portrait de Francesco Clemente" (collection de l'artiste, date n.c.). Sourcing : "Jean-Michel Basquiat, témoignage 1977-1988', Galerie Jérôme de Noirmont (1998). Bibliothèque Vert et Plume, 2008

Jean-Michel Basquiat fit son entrée sur le marché de l’art au moment où se dernier explosait en termes d’investissements de la part des collectionneurs. Au début des années 1980, la croissance économique et donc boursière fit apparaître une nouvelle catégorie de personnes extrêmement fortunées qui trouvèrent dans l’art un moyen d’investir leur argent et, dans leur esprit, de le sécuriser puisqu’ils voyaient la cote de certains artistes grimper fortement, grâce à l’habileté des grandes galeries.
Francesco Clemente était avec Julian Schnabel, David Salle, Eric Fischl, Keith Haring, Robert Longo, Mark Kostabi, et Kenny Scharf au nombre de ces nouveaux artistes devenus brutalement célèbres et déterminés à faire carrière.

Un ange qui va se brûler les ailes

Jean-Michel Basquiat "Untitled" (L'ange déchu / Fallen angel), 1981. Acrylique, pastel gras et peinture à l'aérosol sur toile. Sourcing image : catalogue de l'exposition Basquiat au MAM de Paris (autome-hiver 2010). Bibliothèque Vert et Plume, nov. 2010

Jean-Michel Basquiat "Untitled" (L'ange déchu / Fallen angel), 1981. Acrylique, pastel gras et peinture à l'aérosol sur toile. Sourcing image : catalogue de l'exposition Basquiat au MAM de Paris (autome-hiver 2010). Bibliothèque Vert et Plume, nov. 2010

En 1983, le marché de l’art à New-York seulement atteignait 3 milliards de dollars (env. 2.5 milliards d’€). Une véritable manne pour les marchands mais aussi les artistes dont Basquiat profita pleinement. Ce n’était pas du tout comme en Europe, particulièrement en France, où l’artiste s’efface derrière son œuvre.

Lizzie Himmel "Jean-Michel Basquiat dans son studio de Great Jonesz Street", 1985. Sourcing : catalogue de l'exposition Jean-Michel Basquiat au Whitney museum of American art (1993). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

Lizzie Himmel "Jean-Michel Basquiat dans son studio de Great Jonesz Street", 1985. Sourcing : catalogue de l'exposition Jean-Michel Basquiat au Whitney museum of American art (1993). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

En 1985, la photo fameuse de Jean-Michel Basquiat assis, pieds nus, prise par Lizzie Himmel dans son studio de Great Jones Street où il devait mourir trois ans plus tard, faisait la une du New(York Times Magazine » avec ce titre :

New Art, New Money. The marketing of American Artist

Le meilleur conseiller marketing de Basquiat avait été Andy Warhol qui avait tout compris depuis longtemps : « Qu’importe qu’un artiste soit bon s’il n’est pas correctement promu. »
Ainsi s’explique le souci de  Jean-Michel Basquiat de ne pas s’afficher comme un artiste qui aurait été le représentant, voire le défenseur, de la communauté noire (qui d’ailleurs ne lui accordait pas beaucoup d’intérêt), mais comme un artiste reconnu dans le monde  artistique blanc, affirmant son identité noire, autant africaine qu’américaine, quitte à passer pour « un artiste primitif » si cela devait contribuer à son succès. Pourvu que la liberté de parole continuât de lui être accordée. Il en usa autant qu’il le pût et c’est elle qui contribue aujourd’hui à sa renommée en Europe où l’art muet est encore majoritaire.

Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat "Poison" (1984). Acrylique, encre sérigraphiée et huile sur toile. Sourcing :

Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat "Poison" (1984). Acrylique, encre sérigraphiée et huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l'exposition JMB à la galerie Jérôme de Noirmont, oct-nov.1998 (bibliothèque Vert et Plume)

Le succès que rencontra Basquiat lui permit-il de mener un grand train de vie, de s’acheter tous les costumes Armani et Comme des garçons qu’il voulait, d’offrir des « parties », de voyager et de se montrer généreux.  Malheureusement cet argent l’encouragea aussi à consommer toujours davantage de drogue. Dans les mois qui précédèrent son décès, il en était arrivé, disait-il,  à plus de cent paquets d’héroïne par jour…
Lire aussi : La fabrique des icônes
A propos de Jean-Michel Basquiat et du monde de l’art durant la décennie 80′ : « Basquiat, a quick killing in art » , livre en anglais de Phoebe Hoban (2004). Disponible sur Amazon et consultable sur le site u New-York Times.

Jean-Michel Basquiat. A gauche : couverture du livre de Phoebe Hoban (bibliothèque Vert et Plume, 2010). A droite : photo de J.M. Basquiat en 1957 à Paris par Alain Turpault (tirage argentique noir et blanc)

Jean-Michel Basquiat. A gauche : couverture du livre de Phoebe Hoban (bibliothèque Vert et Plume, 2010). A droite : photo de J.M. Basquiat en 1987 à Paris par Alain Turpault (tirage argentique noir et blanc). Sourcing image : catalogue de l'exposition JMB au MAM de Paris, aut-hiver 2010 (bibliothèque Vert et Plume)

you :
handsome and secretaive like a woman
I peal the layers of your
black beautiful face

searching for that place
of little blind love

where you met in joy Miles Davis
and Jack Kerouac
coke heroin and grass
cannot dull your shine of
seduction
, unhindered it
blinds your soul
frantic you compute
the names and colours

they weave a web of lies
which cannot be defeated
you try.

« For Jean-Michel« , by Francesco Clemente (New-York, 1998)Sourcing : catalogue exposition JMB à la galerie Jerôme de Noirmont (Paris, 1998). Bibliothèque Vert et Plume, mai 2008. (C’est nous qui avons souligné certaines lignes. Elles ne le sont pas dans le texte original qui ne comporte pas non plus de majuscules aux noms propres – rétablies ici pour une meilleure compréhesion)

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