Libérer nos émotions

Par Nicolas Piollet
EN SAVOIR PLUS SUR L’AUTEUR DE CET ARTICLE : lire  Gare aux loups !

Genève, capitale régionale des Arts

"Une ressemblance étonnante avec l'entrée du musée Rath à Genève", été 2011. Sourcing image : extrait d'une B.D. parue dans le magazine "Métal Hurlant, années 185 (titre et dessinateur n.c.). Archives Vert et Plume

Conçu au début du 19è siècle par l’architecte Samuel Vaucher, ce temple dédié à l’art fait aussi songer à un tombeau. Il y fait froid comme à l’intérieur d’une pyramide, mais les visiteurs y sont moins nombreux.

Ce jour-là je n’avais pas emporté mon appareil. On a trop rarement le droit de photographier à l’intérieur d’une exposition temporaire. Seuls les musées l’autorisent quand il s’agit de leurs collections permanentes. J’ai du mal à m’y faire. Les gardiens vous surveillent et se précipitent : « Monsieur, il est interdit de… ». Je termine leur phrase dans ma tête en songeant à celui ou celle qui leur a donné cette consigne de flic que je maudis.


C’est devenu une manie des rédacteurs de ce blog  de nous demander à ma copine et moi de rendre compte d’une expo dès lors qu’elle se tient à Genève. Celle-ci, consacrée aux peintres des années 5o, promettait d’être d’autant plus intéressante qu’on les connaît mal ou parfois pas du tout. Ce fut souvent mon cas mais ma copine était là pour parfaire mon éducation en chuchotant à mon oreille. Quand je regardais un tableau d’un air idiot, elle m’expliquait, lisait une page du petit catalogue remis gracieusement à l’entrée.

En partant elle m’avait aussi dit d’emporter le « Concert de Cologne » de Keith Jarrette pour l’écouter à m’en pèter les oreilles quand je serais dans le musée. Et « Horses » de Patti Smith. Je ne savais pas trop pourquoi.

A l’échelle du bassin Lémanique l’expo devait être un évènement  « Bassin Lémanique » est le nom que l’on donne ici à la région Léman, incluant la République suisse de Genève et tous les villages de Nobbits savoyards regroupés autour du lac mais aussi, pendant qu’on y est, l’ancien Genevois jusqu’à Annecy. Annecy est un village de Hobbits comme les autres où il ne se passe rien d’important, la nouvelle Miami des Alpes françaises où se réfugient les Parisiens à la retraite. En attendant la mort  qui les talonnent ils jettent du pain aux cygnes et des petits morceaux de bois à leur chien qu’ils caressent sur le crâne quand l’animal revient vers eux en s’ébrouant.

Des milliardaires en quête de rédemption

"Les sujets de l'abstraction, peinture non figurative de la seconde école de Paris ", 1946-1962. Sous-sol de l'exposition au museé Rath (été 2011). Sourcing image : Jean-Claude Gandur photographié devant 2 toiles de Georges Mathieu appartenant à sa collection, "Le Monde" (juin 2011). Archives Vert et Plume

L’art console l’esprit humain de devoir consacrer l’essentiel de son temps au travail. La République et ses citoyens y trouvent leur compte.

Les retraités parisiens installés à Annecy ne sont pas les seuls à préparer leur succession. De l’autre côté de la frontière franco-suisse, les milliardaires réfugiés à l’abri du fisc qui sévit dans les grandes capitales européennes s’y emploient aussi. A la manière plus ostentatoire et plus noble des anciens pharaons. Comme l’exiguïté du territoire de la République genevoise, pourtant dotée de 11 communes savoyardes à l’issue du Congrès de Vienne (1815), ne leur permet pas d’envisager la construction d’une pyramide dont ils auraient orné la pointe de leur nom en lettres lumineuses, ils constituent d’importantes collections d’œuvres d’art tout au long de leur vie et contribuent ensuite à l’agrandissement des musées pour y exposer publiquement les trésors qu’ils ont accumulés. Les grands prédateurs européens n’agissaient pas autrement en déposant leurs prises de guerre au Louvre et au British Museum.

Ils s’appelaient Jean, Pierre, Gérard, Georges ou Hans

Georges Mathieu, Tokyo (1957). Réalisation de "Rentrée triomphale de Go Daïgo à Tokyo". Sourcing image : dépliant de l'exposition "Les sujets de l'abstraction", musée Rath (Genève, été 2011). Archives Vert et Plume

« L’allure hiératique de ce nouveau meneur de signes, la mise en scène vestimentaire de ce vrai dandy, l’autorité aristocratique qu’il tient de son organisation intellectuelle et nerveuse… »
Max Aldebert « La Galerie des Arts (nov.1965)

Contrairement à une idée répandue, Paris n’avait pas, au lendemain de la victoire des Américains en 1945, abdiqué sa position de capitale internationale des Arts. Pas encore. Les artistes du monde entier y revenaient chercher l’inspiration et des conditions de travail favorables, à commencer par ceux qui y étaient installés avant la guerre et avaient dû fuir l’arrivée des Nazis.

Il ne manquait pas d’artistes peintres bien intentionnés pour continuer de reproduire l’image des lacs savoyards ou les bouquets de fleurs posés sur le marbre des cheminées parisiennes. La demande était là. D’autres, en nombre très réduit, contribuaient  à faire bouger les choses, modifier par exemple le regard de ceux de leurs contemporains qui s’intéressent à l’art comme à une matière vivante, sensible aux transformations de l’environnement économique, social et intellectuel.

Pour les pionniers de l’art post-barbarie nazie, post-horreurs de la guerre, post-collaboration et trahisons en tous genres, pas question de représenter des paysages ou des figures humaines. Il n’était pas non plus question de créer un nouveau langage qui s’appuierait par exemple sur une réduction des signes comme certains avaient tenté de le faire entre les deux guerres. Pourtant il ne manquait pas d’esprits (communistes] pour construire le monde à leur image. L’idée était plutôt de se détacher du réel pour se concentrer sur le monde intérieur de l’artiste, sa sensibilité à l’état pur. Les noms donnés par les historiens à cette école sont variés :

  • l’abstraction lyrique
  • l’art informel (voir au-dessous le tableau de Gérard Scneider)
  • l’art autre
  • l’expressionnisme abstrai

Gérard Scneider "Sans titre", années 1950 (date exacte n.c.). Sourcing image : "La Galerie des Arts", fév.1963 (collection Vert et Plume)

Peignant par larges coups de brosse et au couteau,  Scneider est totalement abstrait. Aucune référence à la nature dont il n’était pas coupé pour autant. C’est le monde des émotions qui s’exprime, comme à tarvers la musique.
Le spectateur est libre de son interprétation.  On disait de l’art  de Scneider qu’il était plus proche de celui de Tintoret que de Kandinsky.

Avec ma copine, pour pallier à l’absence de photos que j’aurais prises et de catalogue qu’elle ne voulait pas acheter, nous avons fouiné en rentrant de Genève dans la bibliothèque de Vert et Plume [bientôt accessible à un plus large public] et trouvé dans une série de LA GALERIE DES ARTS, une revue spécialisée du début des années 60, de nombreux articles illustrés de reproductions des peintres que nous venions de découvrir ou redécouvrir à Genève.

Dans l’article que « Le Monde » avait consacré à l’expo je me suis amusé à relever les noms des peintres les plus connus de cette époque : Jean-Michel ATLAN, Jean BAZAINE, Alberto BURRI, Jean FAUTRIER, Simon et Pierre HANTAI, LANSKOY, Charles LAPICQUE,Jean LE MOAL, Alberto MAGNELLI, Alfred MANESSIER, André MASSON, Georges MATHIEU, POLIAKOFF, Gérard SCARPITTA, Gérard SCHNEIDER, Gustave SINGIER, Nicolas de STAEL, Maria Helena VIEIRA DA SILVA,  Alfred WOLS (photographie et peinture), Léon Zack, ZAO WOU-KI.
Faites le compte de ceux que vous connaissez.

S’il fallait en retenir quatre…

Pierre Soulages, juillet 1953. Sourcing image : dépliant "Les sujets de l'abstraction", musée Rath (été 2011). Archives Vert et Plu

Les grandes architectures noires de Soulages s’attachent moins au problème de la couleur qu’à celui de la lumière.
Aucune trace de figuration, l’énerdie de lk’artiste est concentrée sur les seuls moyens plastiques.  La mise en parenthèses de la couleur au profit des luminosités (des griffures blanches sur une surface noire par exemple).

Avec le temps, le noir a envahi toute la surface des œuvres de Soulages, un noir brillant, lisse ou couvert de stries comme des scarifications sur lesquelles joue la lumière.

INTERPRÉTATION D’UN ENGOUEMENT. Lors de la rétrospective organisée fin 2009 par le Centre Pompidou, la fascination du public, manifestement en quête de spiritualité, était manifeste. Les visiteurs se projetaient littéralement dans ce qui pouvait être assimilé à une représentation de l’espace infini où se reflétait leur personnalité. Le bouche à oreille aidant, l’affluence grandissait et l’on aurait dit des fidèles d’un nouveau culte du noir et de ses reflets. Sans doute, la crise économique aidant, le public était-il plus sensible au discours malgré tout austère de l’artiste, un sermon de pasteur protestant pour des âmes qui ont perdu la foi dans le bonheur promis par la société de consommation et font confiance dans la peinture de Soulages pour leur montrer, à travers l’obscurité, le chemin vers la lumière.

Hans Hartung, années 1950 (date exacte n.c.). Sourcing image : "La Galerie des Arts" n°1 (nov.1962). Collection Vert et Plume

Un peintre secret, romantique et pudique. Son aventure commence en 1921-1922, alors qu’il est étudiant à Dresde (Allemagne). Il a alors 17 ans.

« Certains critiques prétendent que mes toiles réalisées dans la paix de Minorque ou mes toiles récentes qui leur ressemblent, avec leurs bleus méditerranéens, sont fraîches et calmes. Alors que mes toiles de 1938 se ressentent de mon angoisse et de ma révolte devant la guerre menaçante. C’est possible et même normal. En ce sens, mais en ce sens seulement, on peut parler d’influence extérieure. »
Hans Hartung (entretien avec Sara Moore (La Galerie des Arts, nov.1962)

Gérard Schneider, années 1950 (date exacte n.c.). Sourcing image : "La Galerie des Arts" n°4 (fév.1963). Collection Vert et Plume

Contempler la peinture abstraite comme on écouterait un morceau de musique.
Songer à un musicien et une partition pour ressentir la force émotionnelle contenue dans l’œuvre du peintre.

Gérard Schneider donnait à chacun de ses tableaux le nom de « Composition » ou « Opus » suivi d’un numéro qui permettait de se repérer dans le temps, comme l’ont fait nombre d’artistes après lui.
Ce sont souvent les galeristes et les collectionneurs qui baptisent les tableaux en leur donnant un vrai nom.

Georges Mathieu "Audhumbla", peinture à l'huile 65x116 cm (vers 1955-1960). Sourcing image : "La Galerie des Arts" n°29 (nov.1965). Collection Vert et Plume

Mathieu identifie la peinture à l’action. Il applique les couleurs sur la toile par de grands gestes qu’il superpose et entrecroise.
La couleur pure.

Georges Mathieu voyage énormément, au Japon, aux Etats-Unis, en Amérique du sud, au Moyen-Orien et dans les capitales européennes.

TECHNIQUE. Larges coups de brosse ou pression directe du tube de couleur sur la toile.
PERFORMANCES. A partir de 1956, il peint en public devant plusieurs centaines de personnes quelquefois. L’exercice donne lieu à une chorégraphie spectaculaire. Photo ci-dessous :

Georges Mathieu peignant une toile de 10x3 m dans le musée d'art moderne de Rio de Janeiro (Brésil, 1959). Sourcing image : "La Galerie des Arts", nov.1965 (collection Vert et Plume

(L’image, malheureusement, n’est pas de bonne qualité.)

Mathieu peignant une toile de 10×3 m dans le musée d’art moderne de Rio de Janeiro (Brésil, 1959). +Sourcing image : « La Galerie des Arts », nov.1965 (collection Vert et Plume

Au jeu des tendances

1. Synthèse entre surréalisme et cubisme. Entre liberté plastique et monde vécu.  / Jean Bazaine / Roger Bissière / Charles Lapicque :

Jean Bazaine "Vent de mer", 1949. Sourcing image : "La Galerie des Arts", n°spécial été 1963 (collection Vert et Plume)

En découvrant le « grillage figuratif  » de Lapicque [dont les couleurs étaient plus vives et joyeuses] qui permet de réaliser des transparences, Bazaine découvre dans la confusion qui s’établit entre les différents plans la notion d’un espace mobile, et de ce qu’on appelle la palpitation. Les tableaux commencent à « bouger ». – Extrait du commentaire du tableau (source citée au-dessus).

2. Le retour au primitif. Comme après la première grande guerre, l’idée est de faire table rase du passé. Faire de la peinture une aventure constamment renouvelée.  / Jean Fautrier / Picabia.

Jean Fautrier (titre et date précise n.c.), années 50. Sourcing image : "La Galerie des Arts - La crise de l'abstrait ?", sept.1963 (collection Vert et Plume)

« Attaché à la lisibilité de l’œuvre malgré l’ambiguïté de sa vision. »
(source citée au-dessus)

3. Le mouvement CoBrA (fin 1948) avec des artistes comme Jean-Michel Atlan, Karel Appel (Hollande), Asper Jorn (Danemark), Pol Bury (Belgique). L’acteur français Alain Delon était un collectionneur passionné des peintres du e ce mouvement. Sa collection a été mise en vente il y a environ 2 ans dans une galerie de la rue de Seine à Paris.

Jean-Michel Atlan, 1959. Sourcing image : "La Galerie des Arts", kanvier 1963 (collection Vert et Plume)

A quoi cela sert-il e représenter ce que chacun peut voir à l’extérieur du tableau ? Le modèle est intérieur.

A propos de la peinture d’Atlan, le journaliste de « La Galerie des Arts », Aimé Patri, parlait d’une vision biologique du monde, agnostique, fondée sur la volonté de puissance et d’expansion. A propos des couleurs il notait qu’elles étaient presque toujours cernées d’un large trait noir. Un noir teinté de brun, de violet, etc, comme on peut l’observer dans la nature. Ainsi la couleur est-elle emprisonnée mais pas étouffée. Et de citer des vers de Rimbaud :
A noir corset velu de mouches éclatantes
O l’Omega rayon violet de ses yeux.

4. Les constructions. Au commencement des années 50, certains artistes manifestent un souci de construction plutôt que d’abandon au chaos, qui se traduit en peinture par une superposition plus ou moins stable des couleurs ou « masses colorées » : Nicholas de Staël dans ses œuvres tardives après 1952 [Mark Rothko aux Etats-Unis].

5. Les paysages. Prise en compte de la structure de la nature et les effets de lumière. [On songe à Monet dont on disait qu’il avait apprivoisé la lumière] : Maria Helena Vieira da Silva, Léon Zack, Zao Wou-Ki.

Zao Wou-Ki "La nuit remue", 1956. Huile sur toile 145x130cm exposée à l'Art Institute, Chicago. Sourcing image : "Zao Wou-Ki, 1935-2008", éditions Flammarion, oct.2009 (bibliothèque Vert et Plume, déc.2009)

A propos de sa peinture de cette époque-là : « Elle devient illisible. Natures mortes et fleurs n’existent plus. Je tens vers une écriture imaginaire, indéchiffrable ».
Zao Wou-Ki (intérrogé en 1976)

5. Les gestes. Une conception gestuelle de l’abstraction. Le geste devient une trace, ce qui reste sur la toile. Gérard Schneider rejetera toute lecture formaliste de son œuvre.  Hans Hartung / Gérard Scneider / Georges Mathieu / Simon Hantaï.

Hans Hartung, date exacte n.c. (années 1950-début 60). Sourcing image : "Les sujets de l'abstraction", dépliant de l'exposition au musée Rath (Genève, été 2011). Archives Vert et Plume

La poésie plutôt que le roman.

6. Les ruines. Ce sont les fondements même du tableau qui sont remis en cause. La nature n’a plus à se confronter au réel puisque celui-ci est directement intégré dans les matériaux de l’artiste comme le fait Jacques Villeglé avec les affiches qu’il récupère dans les rues de Paris pour les coller sur sa toile où elles se mélangent à la peinture. Antoni Tapies / Lucio Fontana / Jean Dubuffet (ci-dessous) / Hantaï.

Jean Dubuffet "Liquidité du monde", date exacte n.c. (années 1950). Sourcing image : "La Galerie des Arts" n°2 (déc. 1962). Collection Vert et Plume

Couleur existentielle , abandon de la notion d’image.

« Je songe à des peintures qui seraient tout uniment faites d’une seule base monochrome, sans aucune variation de couleurs, ni de valeurs, ni même d’éclat ou de textures et où seraient mises en œuvre seulement toutes ces façons de marques, traces et empreintes vives d’une main besognant sur la pâte. »
Jean Dubuffet, écrit daté de 1946  alors qu’il peint des paysages tout grouillants de petits personnages.

Le souvenir des années 50

La faculté de vivre en marge, dans un temps qui n’appartient qu’à soi, qui a beaucoup à voir avec le monde rural, a probablement caractérisé la France jusqu’au début des années 60 et séduit les artistes, surtout quand ils venaient de l’étranger.
Davantage qu’une puissance financière, militaire et industrielle, la France était perçue comme un haut-lieu de la vie intellectuelle et de la création artistique dans le monde.

Pierre G. "La Halte de la Delahaye", lac d'Annecy (1958). Sourcing image : "Les mots du voyage", Paris-Musées / Actes Sud (2001). Bibliothèque Vert et Plume

Les artistes ressemblent-ils aux Suisses et aux Savoyards, vivant en marge des convulsions qui secouent les sociétés humaines ?
Seul l’écho parvient jusqu’à leurs oreilles où résonnent les sonnailles des vaches.

Au lendemain de la guerre de 1939-45 qui avait suivi la grande dépression  économique des années 1920-1930, les artistes (certains consciemment, d’autres par osmose) avaient perdu leurs illusions et leur esprit était souvent rempli de dégoût à l’idée de ce qui venait tout juste de finir. La mort, dont on parvient aujourd’hui à retarder l’échéance, était alors perçue comme un danger immédiat. Pas étonnant que les peintres se soient résolument engagés dans l’abstraction, la négation du réel et la recherche de l’intériorité.
Mais peu de gens dans la société française de ce temps participaient à la vie artistique et intellectuelle qui ne disposait pas de moyens de communication importants. L’immense majorité des Français étaient occupés par la reconstruction et l’essor de l’économie suscité par le plan Marshall et la naissance de l’union européenne. Ils étaient dans un état d’esprit presque opposé à celui des artistes, avaient certes envie de rompre avec le passé mais encore plus de jouir de la toute nouvelle société de consommation. Aveuglés, si l’on peut dire, au point de ne pas voir les guerres coloniales qui persistaient en Afrique, en Indochine et en Algérie et contribuaient, par les pratiques qui y étaient tolérées, à détruire l’image d’Épinal de la France.
Contrairement aux apparences, les artistes, grâce à cette faculté qu’ils ont de se détacher du réel et de regarder le monde tel qu’il est au lieu de son reflet, ont été des témoins d’une grande lucidité. Sans eux, on aurait pu croire que la France des années 50 n’avait été que le champ d’un d’une croissance économique si rapide que les esprits pieux de l’époque l’avait qualifiée de miraculeuse. Non, elle avait aussi une conscience où rayonnait la lumière sombre de leurs œuvres.

LE MOT DE LA FIN DE NICOLAS PIOLLET.  Je ne vous cache pas que j’ai écrit plusieurs paragraphes de cet article avec ma copine, surtout quand il s’agissait du travail des peintres. Ne pas avoir acheté le catalogue de cette expo nous a obligés de faire un travail de recherche. L’occasion de nous interroger une fois de plus sur la place de l’art dans la vie quotidienne. Dites-nous ce que vous en pensez. Au fait ! J’allais oublier… Keith Jarrette c’était pour l’abstraction lyrique, Scneider et surtout Mathieu, génial. Patti Smith pour la révolte, le rock grinçant, Jean-Michel Atlan. Pour Soulages aussi ce n’était pas mal ! Quant à l’expo, c’est trop tard, elle est terminée. Reste notre article !

Flash infos artistes, lieux & personnages

Jean-Michel Atlan, 1951. Sourcing image : « La Galerie des Arts », janv.1963 (collection Vert et Plume

Jean-Michel Atlan. Peintre français, né à Constantine (Algérie) en 1913. Mort à Paris en 1960.

Jean-Michel Atlan, portrait (années 1950). Sourcing image : "La Galerie des Arts" n°3. (janv.1963. "Atlan, un combat contre la nuit" (collection Vert et Plume)

Résistant pendant la guerre. Arrêté, il réussit à se faire passer pour fou grâce à des complicités et à se faire interner pour échapper à la mort. C’est durant cette période d’internement que ce licencié de philosophie ,qui n’avait pas suivi l’enseignement des Beaux-Arts, commença à dessiner et à peindre en même temps qu’il écrivait des poèmes. Il avait aussi été un garde du corps de Trotsky.  Inconnu jusqu’en 1956, il devint célèbre ensuite ensuite.

Jean-Michel Atlan "Sans titre", 1951. Sourcing image : "La Galerie des Arts" n°3, janv.1963 (collection Vert et Plume)

Jean Bazaine. Artiste français (1904-2001).
Jean Fautrier. Né à Paris en 1898. Figure de l’art informel de l’après-guerre avec Jean Dubuffet.
Jean-Claude Gandur. Né en Egypte en 1949. Venu à Genève à l’âge 12 ans. A fait fortune dans l’exploration et l’exploitation pétrolière au Nigeria et en Irak. Collectionneur dans 2 domaines : la peinture abstraite des années 50 en France et l’archéologie (les objets égyptiens ont déjà été montrés à Genève). Il finance à hauteur de 20 mllions de FS l’agrandissement du musée d’Art et d’Histoire où sera déposées ses collections pour 99 ans (source : article du « Monde » cité).
Hans Hartung. Lire : Les mirages de l’économie

Hans Hartung dans son atelier, vers 1962. Sourcing image : "La Galerie des Arts" n°1 (nov.1962). Collection Vert et Plume

Hans Hartung vivait près du Parc Moutsouris dans une maison moderne qu’il avait fait construire.
L’école de Paris. Plus qu’une école au sens propre du terme, l’expression désigne la communauté d’artistes venus du monde entier entre le début du XXè siècle et les années 60 chercher à Paris un cadre de vie, une inspiration et le contact avec la communauté des artistes français. Un bouillonnement d’échanges favorable à l’éclosion d’un art nouveau. Lire à ce sujet l’article de Wikipedia :  http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_de_Paris
Georges Mathieu. Né en  1920. Commence à peindre en 1942.

Geoges Mathieu "Sculptures pour l'Arc de Triomphe", 1962. Dimension : 6x4 m pour l'Exposition de l'Objet (1962) au musée des Arts Décoratifs de Paris. Sourcing image : "La Galerie des Arts" de nov. 1965 (collection Vert et Plume)

Georges Mathieu, Tokyo (1957). Sur le point de réaliser "Rentrée triomphale de Go Daïgo à Tokyo". Sourcing image : dépliant de l'exposition "Les sujets de l'abstraction", musée Rath (Genève, été 2011). Archives Vert et Plume

Georges Mathieu "Affiches Air France" , 1967. Sourcing images : "Le musée personnel - 3.", dépliant "Les affiches de G.Mathieu / L'art descend dans la rue (archives Vert et Plume)

Musée Rath. Offert par les sieurs Rath en exécution des dernières volontés de leur frère, le musée fut construit avec le soutien financier de la ville de Genève et de la Société des Arts, et inauguré en 1826 (source : site du musée).
Gérard Schneider. Né en 1896 dans le Jura suisse. Installé à Paris en 1923 où il restaurait des tableaux anciens pour gagner sa vie. Ce qu’il fit jusqu’à la fin de la guerre. Après avoir été un peintre figuratif, il adopta définitivement l’abstraction à partir de 1944. Entre 1947 et 1951, le peintre était boudé par les collectionneurs français et au contraire apprécié aux Etats-Unis, au Japon, en Allemagne et en Italie. Dans les années 60, il s’était installé dans une petite ferme du côté de Fontainebleau.
Pierre Soulages. Né en 1919 à Rodez. En savoir plus : http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/1F34F8382E5324A5C12575CC0032C831?OpenDocument&L=1
Zao Wou-Ki. Né à Pékin le 1er février 1920 dans une famille d’intellectuels, qui appartient à la très ancienne dynastie Song. Wou-Ki est le prénom. A son arrivée en France, où il débarqua en 1948 avec sa femme , il choisit le pseudonyme de Zao.

La Galerie Pierre, Paris (1950). Zao Wou-Ki avec de gauche à droite Jean-Paul Riopelle, Jacques Germain, Maria Helena Vieira da Silva, Pierre Loeb et Georges Mathieu. Sourcing image : "Zao Wou-Ki, 1935-2008", éditions Flammarion, oct.2009 (bibliothèque Vert et Plume, déc.2009)

« J’aime mes amis comme je soigne chaque matin, à l’heure du petit-déjeuner en buvant mon thé, les bonsaï, orangers, orchidées de ma salle à manger. Je cultive l’amitié car j’ai besoin de cette harmonie avec le monde extérieur. »
Zao Wou-Ki (« Autoportrait », éditions Fayard)



2 commentaires

  1. Ping : Chronique: Marché de l’art et effets de mode | Les Atamanes

  2. Plumebook Café

    Plutôt qu’un commentaire, il s’agit ici pour son auteur de laisser un lien vers son propre blog dans lequel on pourra lire un article sur le marché de l’art (les effets de mode), où figure la copie des affiches de Matthieu pour Air France avec l’indication du blog d’origine : The Plumebook Café.
    Bonne lecture.

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