Une jeune femme mélancolique

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Mélancolie. n.f. (Sens courant) Ếtat d’abattement, de langueur, plus ou moins durable, accompagné de rêverie, d’un assombrissement de l’humeur, d’un certain dégoût de la vie. V. Abattement, amertume, chagrin, spleen, tristesse. (Source : Le Robert, 1972)

Une histoire de famille

Henri Matisse « Femme à la fenêtre », 1920 (Nice). Sourcing image : Carte du musée de l’Annonciade, St. Tropez (collection Vert et Plume, avril 1998)

La fin de l’été approchait. Quel âge avait-elle alors ? Treize ou quatorze ans. Elle ne se souvient pas avec précision. Ses parents avaient décidé de l’inscrire à Avignon pour la rentrée, dans le même établissement que son frère.

Augustin était l’aîné. Il faisait partie de ces bons élèves qui connaissent les grands auteurs de la littérature française à travers les seuls manuels scolaires. Elle se demandait s’il avait lu d’eux autre chose que des résumés. Ses dissertations étaient parfaites. Elles ne réservaient aucune surprise. Tout comme le cours du prof. Elle n’avait pas l’impression d’être méchante en se disant cela.

Augustin était abonné à la mention « Bien » et à la note qui allait avec. Ecrites l’une en dessous de l’autre, à l’encre rouge, en haut à gauche de la première page.

Tout le monde était content d’Augustin. A commencer par leur père dont elle entendait la voix à travers la cloison qui séparait sa chambre du salon où il jouait aux cartes avec des amis. « Augustin, leur disait-il, fera à coup sûr une belle carrière ».

L’ombre du père

Henri Matisse « Jeune femme en blanc », 1946 (Vence, villa Le Rêve. Huile sur toile (92 x 73 cm). Soiurcing image : « Matisse, la collection du Centre Pompidou », éd. RMN, Paris (1998). Bibliothèque Vert et Plume, avril 98

Augustin avait repris le cabinet de leur père. Elle était devenue professeur. S’était passionnée pour son métier sans recueillir nécessairement l’adhésion de ses élèves. Elle avait souvent le sentiment de ne pas être comprise. Sans doute sa passion pour la littérature était-elle excessive. Ses élèves n’en demandaient pas tant. À une ou deux exceptions près, ils étaient, comme Augustin, uniquement soucieux de décrocher leur bac. Faire ce qu’il fallait. Leurs véritables passions étaient ailleurs. La musique, les sciences, l’informatique, les voyages, la photographie, les bandes dessinées. Elle avait de plus en plus souvent le sentiment d’appartenir à un monde trop ancien pour eux.

Elle ne s’était pas mariée. Le seul homme dont elle s’était éprise, à vingt ans, l’avait quittée quand il avait deviné son désir de l’épouser et d’avoir des enfants.

Allongée dans cette robe d’été démodée qui avait appartenu à sa mère, elle rêvait. Se voyait étendue sur la plage. Portant un maillot de bain dont elle avait retiré le haut pour sentir la caresse du soleil sur ses seins. Couchée sur le sable humide que les vagues creusaient en se retirant. Elle s’abandonnait au va-et-vient de l’eau. Corps désirable, ou naufragée ? Son esprit avait à peine formulé cette interrogation qu’elle la jugea trop complaisante et l’écarta.

« Combien de temps vais-je encore jouer à la petite fille victime des d’un père tellement provincial et de ses idées ? » se demanda-t-elle. A présent, mieux valait en rire !

La voix d’Augustin la tira de sa rêverie. Elle voulut ouvrir les yeux mais fut aveuglée par le soleil. Chercha machinalement ses lunettes et se leva pour accueillir son frère. Il était avec ses enfants.

Flash infos artiste

Henri Matisse. 1869-1954. « Tailler à vif dans la couleur ».

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