Une histoire étrange

 

Le jeune homme habitait une bicoque à l’orée des bois, à une courte distance de la petite ville dont il avait fréquenté autrefois l’école primaire.
Personne ne se souvenait de son nom.
Il se faisait appeler Guitare, Trompette ou Saxophone. Par dérision sans doute, car. On ne l’avait jamais vu jouer d’un instrument.
Ceux qui avaient coutume de le croiser n’eurent pas à se consulter pour dire plus simplement « Saxo » en parlant de lui.
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Il aimait la nature plus que tout autre chose

Mark Steimetz « Sans titre », vers 2007. Sourcing image : « Greater Atlanta » édité par Nazraeli Press, 2009 (bibliothqèue The Plumebook Café)

Mark Steimetz « Sans titre », vers 2007. Sourcing image : « Greater Atlanta » édité par Nazraeli Press, 2009 (bibliothèque The Plumebook Café)

« Comme une femme qui s’est laisssée prendre un baiser, et qui ensuite dérobe ses lèvres, la fleur, prise de court par le vent, plie la taille et se laisse « voler » ss lèvres pour rejeter ensuite la tête à droite et à gauche, dérobant de plus en plus sa bouche au cfur et à mesure que se feront plus pressantes les sollicitations du vent. »
Malcolm de Chazal (1902-1981) « Sens-Plastique » [p.3], 1947.

 


Saxo, qui ne recherchait pas le contact avec les habitants de la petiteville, ne les évitait pas, saluait volontiers ceux qu’il rencontrait par hasard.
De lui, ces gens disaient qu’il était « spécial ».
Saxo passait l’essentiel de son temps ans le bois qui bordait la rivière qur plusieurs kilomètres. Il faisait des photos, de lui la plupart du temps. Des autoportraits.
Il se baignait nu dans la rivière et se photographiait dans cette tenue. Un chasseur lui avait demandé la raison de tous ses autoportraits. À sa grande surprise, Saxo lui expliqua qu’il préparait une exposition dans une galerie de la capitale !
Le chasseur le répéta. Le regard des habitants en fut modifié. Ilne comprenaient pas grand-chose au travail du jeune homme mais étaient satisfaits de savoir qu’il était connu.
Toutes ses excentricités s’en trouvaient excusées. Il arrivait désormais que des jeunes femmes se promènent l’après-midi dans les bois pour observer Saxo, espérant qu’elles auraient la chance de le surprendre au moment où il se baignait ou se photographiait au sortir de l’eau.

On songeait en le voyant à un ermite moderne

Mark Steimetz « Sans titre », vers 2007. Sourcing image : « Greater Atlanta » édité par Nazraeli Press, 2009 (bibliothqèue The Plumebook Café)

Mark Steimetz « Sans titre », vers 2007. Sourcing image : « Greater Atlanta » édité par Nazraeli Press, 2009 (bibliothqèue The Plumebook Café)

« La cambrure du tronc qui donne deseins à la plante et qui y fait protubérer un arrière-train, rend plus vivants les gestes du haut du tronc, et communique à toute la plante comme un mouvement de marche. »
Malcolm de Chazal (1902-1981) « Sens-Plastique » [p.163], 1947

Saxo réalisait la plupart de ses autoportraits au lever du jour où en fin d’après-midi lorsque la lumière était la plus belle.
C’était aussi les moments les plus calmes, propices à l’inspiration.
La lecture des textes de Malculm de Chazal le poussait à faire des clichés dans lesquels son corps nu se mêlait aux arbres, aux plantes. Ses mouvements épousaient les pharses de l’écrivaéin mauricien.
Il se laissait envahir par cette poésie lointaine, luxuriante, voluptueuse.
Saxo imagina des rapports charnels avec les arbres au point de connaître la jouissance.
Cette nouvelle étape dans son travail le combla et l’effraya. Il se demandait jusqu’où il serait capable d’aller ?

Le moment de la création

François Buffard « Racines », collage (vers 1980). Sourcing image : collection The Plumebook Café ©

François Buffard « Racines », collage (vers 1980). Sourcing image : collection The Plumebook Café ©

« La volupté met le cerveau en forme de croupe, en total arrondi et en total assis – comme la sphère – transcrivant dans notre chair et dans nos nerfs, la sensation infinie de la sphère, cette image-Dieu. »

Malcolm de Chazal (1902-1981) « Sens-Plastique » [p.119], 1947.

 

Pour se confondre totalement avec les arbres, Saxo imagina de greffer l’un de ses bras aux racines qui couraient à la surface du sol.
Comme il n’avait emporté ni hache ni couteau de boucher pour trancher l’un de ses membres, il eut l’idée de réaliser son projet grâce à un photomontage.
Et reprit sa lecture de Malcolm de Chazal.

Même pas peur !

François Buffard « Racines », collage (vers 1980). Sourcing image : collection The Plumebook Café ©

François Buffard « Racines », collage (vers 1980). Sourcing image : collection The Plumebook Café ©

« Ralentissez toutes les odeurs du corps humain, et leurs parfums s’ossifieront en odeur cadavérique… La maladie qui ralentit notre vie physique fait remonter fait remonter par courts instants sur notre peau les « cadavres » de nos odeurs… et font deviner l’approche à pas feutrés de la Mort. »
Malcolm de Chazal (1902-1981) « Sens-Plastique » [p.163], 1947.

 

Saxo referma le livre du poète mauricien.
Cette réflexion à laquelle il ne s’ttendait pas le frappa.
Toujours nu, il s’étendit sur le dos au milieu des feuilles et des branchages. Le cadrage qu’il avait choisi ne laissait voir que ses jambes et ses cuisses.
Il appuya sur la télécommande de son appareil et fit plusieurs clichés.
Les « cadavres » de ses odeurs envahirent bientôt son cerveau.
Il frissona.
Prit un cliché de la Mort annocée.
« Même pas peur ! » se dit-il intérieurement pour fanfaronner en se rhabillant.

 

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