Une chronique de la culture et du paysage

« La beauté du monde se laisse aisément surprendre »,
Yves Peyré « Art et Nature – L’horizon du sublime », éditions Pagine d’Arte (2011 (bibliothèque Vert et Plume)

L’homme des villes

Corréard « L’hiver à La Clusaz », 1959. Photographe à Annecy (sans indication de prénom). Sourcing image :Paul Guichonnet « Savoie », éditions Arthaud, 1960 (bibliothèque Vert et Plume)

« Je sonde la neige qui craque en souplesse sous le pas, au loin elle étincelle et couronne les sommets cassants qui sont comme des aiguilles.. ».
Yves Peyré (texte cité)

Depuis qu’il avait accepté un poste de direction à Paris, il était astreint à des aller-retour incessants entre la capitale et sa Savoie natale. Loin de s’en plaindre il s’en réjouissait car cet éloignement soudain ne faisait qu’augmenter la joie qu’il éprouvait en retrouvant les montagnes. Dès qu’il les apercevait par le hublot de l’avion (le Jura ou les Alpes selon le sens de l’approche) ou par la fenêtre du train, il cessait de lire pour contempler le paysage. Il sentait son corps se détendre, son esprit se régénérer à la vue des cîmes, des forêts, des rivières qui étaient une formidable source d’énergie et d’inspiration. Il était pareil à une fleur, privée d’eau et de lumière, qui se redressait et bourgeonnait.

Les désenchantements de la nature

Willy Ronis « Megève », hiver 1938. Sourcing image : Willy Ronis « Sur le fil du hasard », éditions Contrejour, 1991 (bibliothèque Vert et Plume, 1994)

« L’art symbolise l’intervention de l’homme, la nature ce qui lui demeure étranger. Qu’entendre par l’homme ? Sa présence, la silhouette de son corps, et tout autant l’action que l’on doit à son esprit et à sa main. »
Yves Peyré (texte cité)

Pourtant il n’ignorait pas la naïveté de sa vénération de la nature. Il quittait une grande ville pour se retrouver dans une ville plus petite où les problèmes de circulation de pollution, d’emploi et de sécurité ne pouvaient pas être ignorés sous prétexte qu’ils se posaient à un moindre degré.

Dans le froid et les intempéries, les habitants étaient semblables aux hobbits de Bilbo (Tolkein). Ils se réfugiaient dans leurs trous (F1 – F2 – F3 – F4) où ils jouissaient de la chaleur et du confort qui caractérisent les trous de hobbits. Les rues, faiblement éclairés par la lumière blafarde de projecteurs haut-perchés, étaient désertes après 20 heures. De temps à autre, les cris d’adolescents excités par l’alcool ou la drogue déchiraient le silence. La pluie battait le pavé. On attendait la neige qui tardait à tomber.

Dans les cafés, chez les commerçants, lors des réunions de quartier, les conversations n’étaient pas davantage tirées vers le haut que s’ils avaient habité un endroit moins beau. Preuve que l’abbé Terrasson (1670-1750) n’avait pas imaginé l’invention de la télé et des jeux vidéo quand il avait accusé l’établissement des lanternes dans les rues d’être responsable de l’affaiblissement de la culture. Il disait en effet que les gens, ne redoutant plus d’être agressés dans l’obscurité, rentraient plus tard chez eux et perdaient le temps précieux qu’ils consacraient auparavant à l’étude…

Flash infos artistes & écrivain

Corréard. Né vers 1920. Prénom inconnu. Photographe à Annecy dans les années 50-60.

Yves Peyré.  Né en 1952. Conservateur des bibliothèques, poète et écrivain français.

Willy Ronis. 1910-2009. Photographe français. Voir autres photographies sur le blog [espace RECHERCHER].

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