Une beauté fragile

Où il est question de colonies françaises en Asie, de missionnaire décapité, de la cité des Papes, d’art-miroir de notre temps, de collection de reliques, particulièrement de la peau de la « Statue of Liberty »

DÉF. Relique. n.f. 1°. Corps entier ou partie ou fragment de corps d’un Saint iu d’un Bienheureux dont le culte est autorisé par l’Eglise. 2°. Poét. Ce quik reste de quelque chose. (source : Le Robert, 1972)

Colonie, terre de mission(s) et objet d’art

Alexandre de Rhodes, 1591-1660. Sourcong image : affichage à l’intérieur de l’église St-Agricol, Avignon (été 2013. Photos Vert et Plume, 06-13

Alexandre de Rhodes, grand voyageur et un des fondateurs des Missions étrangères de Paris


Je séjourne entre Barbentane et la cité des Papes pour m’entretenir, avec les membres de la branche méditerranéenne de la famille, au sujet d’un oncle originaire d’Avignon, ingénieur des Ponts et Chaussées, affecté à partir de l’automne 1933 en Indochine où il demeura en poste jusqu’à l’automne 1946. Treize années passées dans cette région de l’ancien empire français, qui fonctionna pleinement,  pendant ½ siècle, comme structure étatique coloniale et entité économique régionale, de la fin du 19e jusqu’à ce que, le 9 mars 1945, l’armée japonaise renverse le pouvoir des Français.
Source : voir en fin d’article.

Visitant l’église Saint-Agricol, aussitôt après en avoir franchi le porche, je tombe en arrêt devant un chevalet porteur de deux affiches qui relatent la mémoire d’Alexandre de Rhodes.

C’est donc par hasard que je fais la découverte de ce grand voyageur, originaire d’Avignon comme notre oncle, en dépit d’un patronyme qui évoque davantage une origine grecque que française.

Cet Alexandre œuvra au 17e siècle pour la création de ce qui allait devenir les Missions étrangères de Paris. Il séjourna en Indochine (une région qui ne portait pas encore ce nom) un temps à peu près équivalent à celui de l’oncle de notre famille.

L’histoire ne s’arrête pas là.

L’évocation des Missions étrangères me remet aussitôt en mémoire l’exposition du MAM de Paris (mai-août 2013) consacrée à l’artiste contemporain Danh Vo, un Danois d’origine vietnamienne dont le travail m’avait beaucoup intéressé.

L’expo débutait par l’évocation d’un autre membre célèbre des Missions étrangères : Théophane Vénard, prêtre et martyr, que je ne connaissais pas non plus avant ma visite au MAM. Qui osera dire après cela qu’il ne sert à rien d’entrer dans les églises et les musées ?

La mort, but ultime du voyage

Danh Vo, installation (2013). Prêtres des Missions étrangères de Paris, 2è moitié du XIXe siècle. Théophane Vénard est le 1er debout à gauche. Sourcing image : magazine ART REVIEW (mai 2013). (Bibliothèque Vert et Plume)

Compte tenu de l’interdiction qui est faite aux visiteurs de photographier à l’intérieur de l’exposition du MAM, et de l’absence incompréhensible de catalogue ou documentation, les images illustrant cet article sont empruntées à des revues et se rapportent, pour la plupart, à des expositions précédentes de l’artiste Danh Vo.


L’artiste Danh Vo a été « initié » à l’histoire de Théophane Vénard en découvrant sa tête coupée dans une église du Vietnam. Le prêtre qui la lui avait montrée lui apprit que le corps du jeune missionnaire avait été rapatrié en France. Sans doute inhumé dans la crypte des Missions Étrangères de Paris.

Danh Vo s’y est rendu à de multiples reprises, parce qu’il était fasciné par le lieu, et pour consulter les archives. Petit à petit, une idée va germer dans son esprit  : donner à la dernière lettre de Théophane à son père une dimension poétique et véritablement artistique, grâce aux talents de copiste et de calligraphe de Phung Vo, père de l’artiste. Père et fils paraissent entretenir une relation très originale.
C’est ce que j’ai appelé, dans le Flash Infos de la fin, « le protocole de la dernière lettre ».

Sur le site des Missions, j’ai lu cette lettre écrite en avril 1854 par Théophane Vénard à un ami, alors que le jeune homme est à Hong-Kong avec d’autres missionnaires, dans l’attente d’une barque chinoise qui les conduira au Tonkin.

Avril 1854.
EXTRAITS.   « Mon cher René,
j’ai reçu ta lettre le mois dernier ; elle m’a causé un grand plaisir. Je vois que tu m’es resté fidèle ami, je t’en remercie. Je me souviens de la même manière toujours de toi : ce m’est une véritable consolation de penser aux bons amis que j’ai laissés en France ; mais, mon cher René, c’est dans la prière que nous devons surtout penser l’un à l’autre (…) et à tous ceux que nous aimons les grâces d’une bonne vie et d’une bonne mort. Je te félicite d’être rendu en congé. Il y a une chanson qui dit : Combien l’on est heureux au sein de sa famille ! Cette chanson a bien raison (…). Quant à moi, je n’espère de congé qu’après la vie. La vie des missionnaires est une vie de batailles : il y a peu ou point de trêve. Le pays où je vais (…) est un des pays où il y a le plus de besogne. (…) C’est là où M. Cornay, de Loudun, a été martyrisé en 1837. La persécution y règne encore : mais je n’ose me flatter qu’elle me fasse une de ses victimes. Tous ne sont pas appelés à l’honneur de donner leur sang pour la foi catholique. (…)
Vive la joie. »

Phung Vo « La dernière lettre de Théophane à son père », 2009. Encre sur papier 21 x 29.7 cm. Sourcing image : Art-press n°400 (mai 2013). Collection Vert et Plume

« La beauté réside dans la complexité des choses »
Danh Vo, interrogé par Artpress, mai 2013.

Lire en fin d’article : « Le protocole de la lettre’, dans le Flash infos artiste.


Théophane vivra quelque temps dans la partie occidentale du Vietnam. Une région, provisoirement à l’abri des persécutions. Le jeune Français apprend rapidement la langue grâce à la romanisation de l’alphabet qu’avait réalisée Alexandre de Rhodes, son illustre prédécesseur. Il prononce bientôt ses sermons en vietnamien.

Il a transporté son harmonium avec lui, ce qui lui vaut d’être nommé par l’évêque intendant des musiques.

Cet état de grâce sera de courte durée.
Le jeune missionnairel devra bientôt fuir les persécutions et se cacher jusqu’à son arrestation et sa condamnation à mort au début de l’année 1861.
Lire le Flash Infos en fin d’article.

LES RELIGIONS EN INDOCHINE.  Avant la colonisation française, les religions et les systèmes philosophiques en Indochine sont de même provenance. Indienne et chinoise. Mais adoptés dans des versions différentes.

Au Cambodge et au Laos, le bouddhisme est celui du Theravada (ou Hinayana) qui valorise la prépondérance monastique et la référence aux textes monastiques. Au Vietnam, le bouddhisme himayana insiste sur le principe de charité dans la société séculière. Le confucianisme a fortement marqué la société vietnamienne en devenant la doctrine officielle du gouvernement des hommes. Mais ni le bouddhisme, ni le confucianisme n’ont pris la place du culte des animistes, totémiques et agraires. Ils se sont juxtaposés ou superposés. Les « than » vietnamiens, les phi lao et les naks khmers ont perduré avec les paysanneries pour qui ils sont les représentations symboliques de l’univers en même temps que les instruments de son approvisionnement.

De même qu’il n’a pas pu éliminer l’islam résiduel et très altéré des Cham, le confucianisme n’a pas réussi, contrairement au bouddhisme, à empêcher le christianisme de recruter des adeptes et former des séminaristes. Il y aurait eu 400 000 chrétiens vietnamiens à la veille du débarquement des Français.

Indo-Chine, entre l’Inde et la Chine

Carte des grande lignes de navigation en mer de Chine. Vue d’ensemble de l’Indochine entre Inde et Chine. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, n° daté 16 juillet 1938 (collection Vert et Plume)

Le port de Cam-Ranh passait pour la plus belle base navale de l’empire colonial français.


UN BRIN D’HISTOIRE.  Le terme Indochine s’applique généralement à l’espace continental [*] compris entre les golfes du Bengale, du Siam et du Tonkin, les détroits de Malacca et de Singapour, l’Inde britannique proprement dite et l’empire chinois

[*] on y adjoint parfois l’Asie du Sud-Est insulaire. Cette acception, large et non coloniale, restera en vigueur jusqu’au milieu du 20è siècle.

Depuis le 16è siècle, Anglais, Hollandais, Portugais de Macao et Cantonais sont beaucoup plus actifs que les Français dans « le voyage à la Cochinchine » : 168 navires portugais dans les ports du Vietnam de 1773 à 1801, pour seulement 15 navires français.

Carte de l’Indo-Chine et des Etats qui la composent. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, n° daté 25 janvier 1941 (collection Vert et Plume)

Au moment de sa création, l’Indochine française résulte de la réorganisation d’ensemble de l’espace extrême-oriental.


L’INDOCHINE FRANÇAISE.  Loin d’être une construction artificielle, l’Indochine française résulte de la réorganisation d’ensemble de l’espace extrême-oriental, à la suite de l’affaiblissement de la civilisation-Etat que constituait l’Empire chinois. Un empire qui se définissait comme « l’administration de la civilisation ». Affaibli, à partir de la première guerre de l’opium (18319-1841), sous l’effet des avancées successives et concurrentes des impérialismes anglais et français.

DÉF. L’empire du Dai-Nam ou d’Annam sont les sont les dénominations, vietnamienne et chinoise du Vietnam d’aujourd’hui.

L’Indochine surgit sur les ruines du système-monde chinois, dont les royaumes vietnamiens et khmer, les principautés lao et tay, composaient avec le Siam et la Birmanie la périphérie méridionale en tant qu’Etats tributaires. Le terme chinois « fan » (« phan » en vietnamien) , qui était appliqué à ces Etats par les Chinois signifiant « haie » = dépendances formant haie sur la frontière. [Une notion indispensable pour comprendre la politique étrangère des grands Etats].

L’un des objectifs de la conquête française en Indochine, comme des guerres de l’opium, a été la rupture du rapport tributaire qui unissait depuis des siècles, ces Etats à la cour impériale de Pékin = dans la seule période 1802-1840, 12 ambassades vietnamiennes, porteuses de tribut, se sont rendues en Chine. [une autre notion utile à ceux qui, aujourd’hui, s’érigent aisément en juges du colonialisme].

Il aura fallu à la France près d’un ½ siècle, de 1868 – année de la 1ère guerre franco-vietnamienne -, à 1897 – année où la pacification du Dai-Nam central et septentrional est acquise – pour installer son pouvoir colonial sur l’Indochine.

Source : voir Flash infos en fin d’article.

Il faut faire la guerre pour signer la paix

Danh Vo « Les attributs de la masculinité américaine » (vers 2005). Sourcing image : téléchargement internet (archives Vert et Plume, 2013)

La beauté de l’Histoire est contenue dans la part de fiction qui nous donne une certaine liberté [d’imagination], explique Danh Vo interrogé par Artpress (mai 2013)


UN TRÈS LONG CHEMIN VERS L’INDEPENDANCE COMPLÈTE.  .  Après que les Japonais aient défait le pouvoir colonial de la France en Indochine (mars 1945) et qu’ils aient à leur tour été contraints à la capitulation par les Américains (août 1945), le leader communiste vietnamien Hô Chi Minh, qui avait été étudiant en France, s’empara du pouvoir laissé vacant et proclama unilatéralement l’indépendance de son pays, avec Hanoï pour capitale. S’ensuivit ce que l’on a appelé « la guerre d’Indochine », de 1945 à 1954.

Elle s’acheva par la défaite du corps expéditionnaire français encerclé à Den Bien Phu (mai 1954).

Le 25 mai 1954.  Cent ans après la lettre adressée par Théophane Vénard depuis Hong-Kong avant de rejoindre le Vietnam… (extraits reproduits plus haut).
« Photogénie du désastre » (titre de l’article de « art press » consacré à la photo / témoignage et voyeurisme.

Robert Capa « Sur la route de Nam Dinh à Thai Binh (25 mai 1954). Photographie noir et blanc. Sourcing image : magazine « art press » n°273 daté nov.2001 (collection Vert et Plume)

A l’issue de la Conférence de paix de Genève (avril-juillet 1954),, Cambodge et Laos recouvrirent leur autonomie.

Le Vietnam est coupé en deux à la hauteur du 17e parallèle : les communistes de Ho Chi Minh au nord, les autres (sous-entendu les bons capitalistes) au sud avec Saigon pour capitale et l’appui des Etats-Unis désireux de barrer la route aux communistes.

Un scénario conforme aux règles de la guerre froide opposant les Occidentaux aux communistes de 1946 à la chute du mur de Berlin en 1989.

Signature de l’Accord de paix entre Américains et vietnamiens, Paris (27 janv. 1973). Sourcing image : site de TV5Monde (archives Vert et Plume)

Quand Danh Vo a emmené son père voir les lustres, ce dernier disait qu’ils allaient dans un lieu de mort et de trahison. Il changea d’avis en les voyant suspendus au plafond du salon d’honneur de l’hôtel, et éclairés.


Ils convinrent ensemble que le lustre avait pour fonction d’impressionner les visiteurs et de les inciter à laisser leurs chagrins à l’extérieur.

LA GUERRE – ACTE II.  Les communistes ayant pour objectif légitime la réunification du Vietnam, la seconde guerre d’indépendance est dans la logique des choses.

ENTRÉE EN SCÈNE DES AMÉRICAINS.  Les Français ayant suffisamment à faire avec l’Algérie, c’est maintenant à l’Amérique de jouer le premier rôle sur la scène sud-vietnamienne. Les forces engagées par les Américains (aviation, marine et infanterie) montent progressivement en puissance, sous les présidents Kennedy puis Lindon Johnson.

Robert McNamara, ancien patron de Ford, est nommé Secrétaire d’Etat à la Défense. Il va « gérer » la guerre, à coups de napalm et de bombardements comme il usait avant de la publicité..

Danh Vo a acheté, dans une vente chez Sotheby’s, des objets lui ayant appartenu à McNamara.

  • le stylo à ses initiales, gravées en or, avec lequel il a  signé la « Tonkin Resolution » qui ouvrait la voie à l’intervention de l’armée américaine, sans que la guerre contre le nord-Vietnam ait jamais été déclarée. Ce qui fera dire à de Gaulle qu’il s’agissait d’une guerre illégale.
  • avec le stylo, une photographie en noir et blanc d’Ansel Adams, datant de 1944 et représentant Yosemite Park.

Danh Vo « If you were to C limb Himalaya ToMorrow » / « Si vous deviez grimpez au sommet de l’Himalaya… qu’emporteriez-vous ? », 2005. Briquet Dupont et montre Rollex ayant appartenu à Phung Vo, père de l’artiste. Sourcing image : Artpress n° 400, daté mai 2013 (bibliothèque Vert et Plume

Les attributs de la richesse.


La  nouvelle guerre [on dit cette fois « du Vietnam »] satisfait pleinement le complexe militaro-industriel, mais oblige bientôt les Etats-Unis à recourir à la conscription, provoquant une violente prise de conscience parmi les étudiants américains puis l’opinion publique en générale, ébranlée par le nombre croissant de jeunes soldats tués.

1973. Seconde conférence de paix, « the Paris Peace Agreement ».

Apprenant bien des années après, en lisant le Naw-York Times, que l’Hôtel Majestic dont le salon d’honneur avait accueilli les signataires de l’accord de 1973, était à vendre, Danh Vo en achète les lustres auxquels il va attribuer le statut de « témoins », en quelque sorte.

1975. Chute de Saïgon. C’est aussi l’année de naissance de Danh Vo.

La capitale sudiste tombe aux mains des communistes qui vont entreprendre de rééduquer les habitants, dont des dizaines de milliers ont fui. Certains rejoignent les navires de la flotte américaine mouillant au large des côtes vietnamiennes. Les Américains évacuent  par hélicoptère les derniers occupants de leur ambassade à Saïgon.  L’occasion pour les reporters de prendre des clichés qui feront le tour du monde. C’est une sorte de commedia dell’arte de la politique étrangère américaine. Jamais avant cette guerre, les médias n’avaient été aussi proches des combattants.

L’Europe accueille les descendants des colonisés

Danh Vo « We, the people… », 2011-2014. Reproduction de la “peau” de la Statue of Liberty” de Frédéric Bartholdi (achevée en 1886 après des années de plans et de recherche de financement). Sourcing image : téléchargement internet (archives Vert et Plume, 2013)

Il s’agit pour Danh Vo de faire reproduire en pièces détachées l’enveloppe métallique de 2 mm d’épaisseur (Artpress a écrit 2 cm) que soutient l’incroyable armature intérieure invisible à l’œil du spectateur qui n’a pas la curiosité d’embarquer pour Liberty Island (New-York) et de pénétrer dans les entrailles de cette gigantesque figure féminine, une expérience qui n’est pas sans rappeler celle de Jonas dans le ventre de la baleine.


1979. Le père de Danh Vo, installé sur l’île de Phu Quoc, entreprend de construire une embarcation capable de transporter une centaine de passagers, où il prendra place avec son fils pour tenter de rejoindre les Etats-Unis.

Ils laisseront derrière eux la tombe du frère aîné sur laquelle Danh Vo reviendra

Par bonheur, ils seront recueillis par un cargo danois qui poursuivra avec eux sa route vers le Danemark où ils trouveront refuge.

Danh Vo « We, the people… », 2011-2014. Reproduction de la “peau” de la Statue of Liberty” de Frédéric Bartholdi (achevée en 1886 après des années de plans et de recherche de financement). Sourcing image : téléchargement internet (archives Vert et Plume, 2013)

SUITE DU COMMENTAIRE PRÉCÉDENT. L’atelier de reproduction de la « peau » de la Statue of Liberty est en Chine, pas sur les bords de la Seine. Au total, 31 tonnes de cuivre seront nécessaires pour mener à bien ce travail.


Danh Vo a téléphoné en Chine en février 2013. Ils en étaient aux aisselles, après avoir déjà réalisé le haut et le bas de la statue…


 

DICTIONNAIRE.    » We the People… » / « Nous, peuple des Etats-Unis….
Par ces mots débute le préambule de la Constitution américaine adoptée en 1787.

« La langue danoise, explique Danh Vo au journaliste d’Artpress, est celle que je possède le mieux ». Il dit ne pas maîtriser le vietnamien, pas plus que l’anglais, dont l’usage est imposé par la pratique internationale de l’art.

L’écrit n’est pas pour lui, à l’inverse d’un Anselm Kiefer ou d’un Gerhard Richter, un support important de communication.

Il est vrai que beaucoup de contemporains qui prétendent parler anglais, par exemple, ne sont au mieux capables que d’exprimerdes idées simples.

On aura compris que Danh Vo n’a pas envie d’être un intellectuel de l’art. Dire qu’on ne maîtrise aucune langue revient à dire : « Regardez ce que je fais mais ne me demandez pas de le commenter ».

De la même manière, l’artiste se veut d’abord un voyageur. Il recommande aux visiteurs de son exposition de faire preuve de la même curiosité d’esprti. Il a quitté le Vietnam, il a trouvé refuge au Danemark, il travaille aux Etats-Unis, il séjourne en France ou en Allemagne (mais il ne parle pas l’allemand…). Il fait fabriquer l’épiderme de la Statue of Liberty en Chine. Alors, Danh Vo, artiste monde ?

Danh Vo respire-t-il l’art du temps ?

La question est posée par le magazine américain Art Review.


Danh Vo « MUUR 2 », installation avec des objets appartenant à la collection de Martin Wong (2012-2013). Sourcing image : photo de Heinz Peter Knes, Art Review (mai 2013). Bibliothèque Vert et Plume

Ce n’est pas seulement l’usage mais aussi le temps et l’érosion qui modèlent les objets, leur donne un caractère poétique qu’ils n’avaient pas nécessairement au départ.
L’artiste le ressent avant les autres et va chercher à le mettre en valeur.



Danh Vo (né en 1975) est, à l’instar de Félix Gonzales Torres (Cuba, 1857-1996) dont il se dit l’élève, un enfant de Marcel Duchamp :
il utilise des objets de la vie courante(les lustres de l’hôtel Majestic), leur attribue une valeur esthétique qui n’allait pas de soi et surtout, les charge d’un sens susceptible de mettre le visiteur en appétit.

Un tour de magie lorsque l’installation est réussie. comme au MAM de Paris avec les lustres illuminés et suspendus à hauteur des yeux à l’intérieur de structures de métal qui me faisaient songer à des cages.
Les rares photos disponibles sur la toile, sans doute prises à la dérobée ne restituent rien de l’effet produit. Le MAM n’a pas édité de catalogue. Un livre est annoncé pour le mois d’août…

Flash infos artiste, personnalités, thèmes & sources

Sur le site des Missions Étrangères de Paris, lire :  http://animation.mepasie.org/rubriques/haut/salle-des-martyrs/martyrs-d-asie/saint-theophane-venard

Protocole de la dernière lettre de Théophane Vénard à son père. Quand un acheteur est intéressé par une copie de la dernière lettre de Théophane Vénard à son père, Danh Vo demande au sien, qui n’entend rien à la langue française, de la recopier pour lui. Pour ce faire père et fils sont liés par contrat. Le titre et le nombre d’exemplaires recopiés demeurera inconnu usqu’à la mort de Phong Vo. Chaque texte recopié parvient à l’acheteur dans une enveloppe postée depuis le Vietnam par Phung Vo. (Source : Artpress, mai 2013).

Alexandre de Rhodes.  1591, naissance à Avignon – nov. 1660, mort à Ispahan (sud de l’Iran). Famille d’origine juive, convertie au catholicisme, ayant quitté l’Espagne pour se réfugier à Avignon, terre papale. Grand voyageur, Alexandre est connu pour avoir été le premier à transcrire la langue vietnamienne dans une version phonétique et romanisée. Il sera également l’un des fondateurs des Missions étrangères de Paris.
Lire :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_de_Rhodes

Source d’information sur l’histoire de l’Indochine: « Indochine, la colonisation ambiguê », Pierre Brocheux et Daniel Hémery (éd. De la Découverte, 2011)

Thème / Idée sous-jacente. l’Enfer ou le Ciel

Joel6Peter Witkin « Tête d’homme mort », Mexico (1990). Sourcing image : catalogue de l’exposition « L’Enfer ou le Ciel », à la BNF Richelieu (printemps 2012). Bibliothèque Vert et Plume

Ange ou Démon ?


Théophane Vénard.  1829-1861. Prêtre et mystique français, béatifié en 1909 et canonisé en 1988 par le pape Jean6Paul II. Entré clandestinement au Tonkin (Vietnam) en 1854, il sera persécuté et finalement dénoncé par un villageois 6 ans plus tard. Arrêté et condamné à mort. Il sera décapité au début de l’année 1861 sur les bords du fleuve Rouge. Son corps ainsi que les objets lui ayant appartenu seront conservés aux Missions étrangères de Paris. Sa tête restera dans la paroisse de Ke-Trü, non loin de Hanoï, où elle fut montrée à l’artiste Danh Vo. Ses lettres furent publiées à de multiples reprises jusque dans les années 30.


« Un léger coup de sabre séparera ma tête, comme une fleur printanière que le maître du jardin cueille pour son plaisir. Nous sommes tous des fleurs plantées sur cette terre. »
Théophane Vénard, extrait d’une lettre à sa famille (20 janvier 1861)



Danh Vo.  Né en 1975, l’année de la chute de Saïgon. Il ne s’est pas intéressé à Théophane Vénard pour des raisons religieuses mais pour la charge émotionnelle contenue dans son histoire.

Phung Vo. Né vers 1920. Père de l’artiste.

Joel-Peter Witkin. Photographe américain. Informations disponibles dans espace RECHERCHE de la page d’accueil du blog.


Martin Wong. 1946-1999. Peintre américain, mort du sida, ami de Danh Vo.

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