Un rêve étrange

IL FAUT QUE JE VOUS DISE.  Notre professeur de philo au lycée Berthollet, à Annecy, nous incitait à noter nos rêves le matin en nous levant avant de les avoir oubliés.
Il racontait qu’il dormait avec un carnet et un stylo posés sur sa table de nuit pour les décrire aussitôt s’il venait à se réveiller au milieu de la nuit.

Albert Dubout « Knock, ou le triomphe de la médecine », 1953 . Sourcing image : illustration du livre de Jules Romains KNOCK. Les éditions du Valois, Paris (oct.1953). Bibliothèque Vert et Plume


J’ai conservé l’idée du carnet pour voyager.
Quant aux rêves, je les oublie, excepté quelques-uns qui me frappent, après les avoir racontés à Charlotte au moment du petit-déjeuner. Elle n’apprécie pas de m’entendre parler dès l’instant où elle se lève. Mais c’est plus fort que moi. Je n’ai jamais réussi à me taire plus de quelques secondes.

Ainsi lui ai-je raconté ce rêve étrange que j’avais fait dans le courant de l’ année qui a suivi mon départ de Paris pour venir vivre à Annecy.

UN RỆVE ÉTRANGE.   Je suis dans une barque sur un lac de montagne. Je tiens dans la main une enveloppe épaisse qu’un inconnu m’a remise au moment de larguer mon amarre. L’expéditeur a écrit son nom au dos. Il s’agit d’un ancien client nigérien qui devait toujours de l’argent à la société qui m’employait. Je m’assieds pour l’ouvrir. Elle contient plusieurs liasses de vieux billets de francs CFA si sales et usés que je dois faire attention de ne pas les  déchirer en les comptant. Il y en a assez pour rembourser la totalité de sa dette.

En me redressant j’aperçois sur la rive la femme qui m’a succédé au poste que j’occupais. Elle conduit une procession qui grimpe une pente herbeuse. Toutes les personnes qui étaient autrefois avec moi marchent derrière elle, portant sur leurs épaules un panier géant de supermarché en plastique bleu qui déborde de victuailles. Ce doit être l’été. On dirait qu’ils vont pique-niquer. Je continue de les observer. Le rêve s’est interrompu avant qu’ils n’aient commencé à manger.

En m’écoutant, Charlotte me demande s’ils m’ont invité à me joindre à eux ? Je lui réponds que nous n’avons pas échangé une seule parole, comme si nous avions été dans deux mondes séparés. Je pense qu’ils ne m’ont pas vu ou j’étais devenu invisible.

Flash info artiste & écrivain

Albert Dubout. 1905-1976. Dessinateur humoriste français. Expert dans l’illustration de la société hexagonale de la 1ère moitié du XXème siècle : débrouillardise, combines, concierges, désordres, chaussettes percées, culs poilus, seins tombants, jarretelles, curés, maires, cérémonies officielles, discours du député. On disait, d’une usine par exemple qui s’était agrandie de façon désordonnée, qu’elle ressemblait à « une usine à la Dubout ». Le maître du désordre. Wolinski, le grand dessinateur des années 60, reconnaît Dubout comme son principal maître.

Carnet de voyage.  Tous les voyageurs ou presque ont un carnet de voyage avec eux sur lequel ils notent leurs impressions. Il existe désormais un marché du carnet de voyage. Des prix sont décernés aux bons élèves qui voyagent « à la rencontre des autres, dans le respect des cultures et des différences. »
Le plus beau carnet de voyage, celui qui compte à mes yeux, est celui que forment ensemble les lettres que Rimbaud envoyait depuis la Corne de l’Afrique et les dessins de Hugo Pratt. Ils n’auraenit pas gagné le prix du meilleur carnet.

Passage de la frontière entre Kenya et Tanzanie, fév.2002. Sourcing image : carnet de voyage de Guillaume Ducamp (archives Vert et Plume)

Jules Romains. 1885-1972. Poète et écrivain français.

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