Un rêve d’enfant

Quand je serai grand…

Larry Clark, photographie (vers 1995). Sourcing image : catalogue de l'exposition Larry Clark au Groninger Museum, Allemagne (printemps 1999). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

Larry Clark, photographie (années 1990). Sourcing image : catalogue de l'exposition Larry Clark au Groninger Museum, Allemagne (printemps 1999). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

Lui qui partageait la même chambre avec ses frères, dans l’appartement de ses parents, rêvait d’avoir un jour la sienne et d’être indépendant.

… j’habiterai dans une maison

Larry Clark, photographie (vers 1995). Sourcing image : catalogue de l'exposition Larry Clark au Groninger Museum, Allemagne (printemps 1999). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

Larry Clark, photographie (années 1990). Sourcing image : catalogue de l'exposition Larry Clark au Groninger Museum, Allemagne (printemps 1999). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

« Quand je serai grand, j’habiterai dans une maison », dit-il à sa mère en apercevant par la fenêtre de la voiture une grande villa derrière une haie d’arbres qui avaient perdu leurs feuilles à l’approche de l’hiver. Il entendit que sa mère, assise devant à côté de son père qui conduisait, riait. Sur un ton enjoué, elle lui répéta sa réflexion de leur fils qu’il n’avait pas entendue, absorbé qu’il était par la route.
Lui ne prêta pas non plus attention à la réponse de son père. Il avait à l’esprit l’image de cette maison qu’il s’était déjà appropriée mentalement. Dans sa chambre qu’il imaginait au premier étage, il accrocherait au mur un tableau aux couleurs vives, comme celui qu’il avait toujours en face de lui quand il déjeunait chez sa grand-mère paternelle, représentant une route ensoleillée en Corse ou sur la Côte d’Azur, il ne savait pas au juste. C’était la lumière dans ce tableau qui l’éblouissait.
Une fois il avait surpris son grand frère, qui le regardait aussi, faire cette remarque sur le ton de celui qui s’y connaissait :  « On dirait un Derain. »
Depuis ce jour-là,  il songeait que s’il faisait par hasard la connaissance de Derain, il lui dirait que sa grand-mère avait un tableau qui avait l’air d’avoir été peint par lui.
En y repensant dans la voiture, il prit (sans rien dire à ses frères assis à côté de lui sur la banquette) une résolution dont il ne pouvait pas deviner qu’elle engagerait sa vie d’adulte : la maison qu’il achèterait serait en Corse. Le matin il emprunterait cette route qui était dessinée sur le tableau pour aller se baigner dans la mer Méditerranée. Il conduirait une voiture de sport rouge. Une décapotable.

A propos de Larry Clark

Larry Clark, reproduction d'une pochette de développement photos (1999). Sourcing image : catalogue de l'exposition Larry Clark au Groninger Museum, Allemagne (printemps 1999). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

Larry Clark, reproduction d'une pochette de développement photos (années 1990). Sourcing image : catalogue de l'exposition Larry Clark au Groninger Museum, Allemagne (printemps 1999). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

Dans une interview accordée en février 1992 au journal « Libération », Larry Clark raconte : « Je prépare actuellement un livre (…) dont la deuxième partie sera composée de toutes les photos du même gosse au cours d’une journée dans l’ordre. Il n’y aura aucun texte, rien que ces gosses sur des pages entières, (…) page après page, sans répit. (…) Le sujet c’est l’obsession. Mon obsession de photographier ces gosses. Et sans chercher de prétexte pour le faire, comme un sujet sur l’alcoolisme chez les jeunes. C’est ce que ça veut dire : laisser tomber le prétexte pour revenir à la photo. »
Source : « Larry Clark, les gosses dans la peau. », une interview menée par Béatrice Bocard (« Libération », février 1992). Archives Vert et Plume.

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