Un paysage idyllique

Retour en Savoie

Quelques semaines après avoir retrouvé la Savoie, je regrette Paris et ses rues animées de jour comme de nuit. J’avais oublié à quel point une petite ville de province comme Annecy est étriquée. Ses habitants n’y voient rien à redire. Ils passent leur temps à chanter les louanges du pays qui les environne. Ils ignorent ce qu’est une ville, n’ont qu’une idée en tête, gagner suffisamment d’argent pour partir en vacances loin de chez eux.

 

Thonon-les-bains, Chapelle de la Visitation (Rive française du lac Léman). Photo Vert et Plume, sept.2009

Étouffe sous le poids des montagnes, j’ai le sentiment d’être revenu au temps de mon adolescence, quand j’étais enfermé au lycée. J’ai tourné mon regards vers Genève et n’ai rien trouvé de mieux qu’à Annecy.

Je m’étonne qu’il y ait si peu de relations entre ces deux villes, qui sont éloignées l’une de l’autre par une cinquantaine de kilomètres seulement.

 

 

 

Annecy et Genève se ressemblent, repliées sur elles-mêmes, tournant presque le dos aux lacs auxquels elles ont donné leur nom. Le même style de vie ennuyeux, la même importance accordée à l’argent, le même goût pour le sport et la montagne. De leur passé commun elles ont fait table rase.

 

  Le vieux Genève

Le vieux Genève est enchâssé en surplomb de la ville comme une relique de ce passé que les touristes contemplent sans le connaître « C’est beau, n’est-ce pas ? » – « Oh yes ! ». Il ne reste que des interjections et des guides qui mâchouillent leur texte dans toutes les langues du monde, tout comme les bateaux qui naviguent sur le lac et abreuvent les passagers de leur résumé historique insipide

 

 

L’ancien quartier de l’Hôtel de Ville à Genève

Genève (Suisse romande) « Ancien quartier de l’Hôtel de Ville ». Sourcing image : archives Vert et Plume

C’est dans cette partie haute de la cité que Jean-Jacques Rousseau passa les premières années de sa vie avec le sentiment d’y être enfermé comme un prisonnier. Il n’était heureux que lorsqu’il réussissait à s’échapper pour marcher aux alentours ou lorsqu’il faisait un séjour à la campagne.
Un dimanche soir du printemps 1728, comme les portes de la ville s’étaient refermées avant qu’il eût le temps de rentrer, il décida brusquement de n’y plus revenir. Il avait 16 ans. Son travail d’apprenti dans l’atelier d’Abel Ducommun le rebutait. Lorsque ce dernier surprenait Jean-Jacques lisant en cachette au lieu de travailler, il brûlait l’ouvrage ou le jetait par la fenêtre.
Sur la recommandation du Curé du village de Confignon (à proximité de Genève) chez lequel il avait trouvé refuge après sa fugue, Jean-Jacques prit alors le chemin d’Annecy où il pourrait loger chez Madame de Warens.

Les authentiques Savoyards sont en voie de disparition

« Qu’est-ce qu’un Savoyard aujourd’hui avec une moitié de la population qui n’est pas originaire de Savoie ?

Ma mère, qui est d’origine  jurassienne, prétend  que le Savoyard a un type physique particulier. Il n’est pas très grand, mince, solide, il a le visage buriné par une exposition prolongée au grand air, les joues creuses. Il ne parle pas beaucoup, se méfie des étrangers et travaille dur. Il est très conservateur et préfère thésauriser que dépenser.

 

Portrait d’un Savoyard

Jean-Luc Joseph et Danielle Maurel-Balmain « Saisons en pente  » (septembre 1976). Bibliothèque Vert et Plume

 

Les Savoyards d’adoption reprennent les slogans des vieux habitants. « Quel plaisir de vivre dans un cadre protégé », s’exclame Sylvain qui habitait Paris auparavant et vient d’être muté en province.« Le lac et son écrin de montagnes sont d’une beauté idyllique », insiste sa femme qui vient d’inscrire ses enfants au Collège St Michel.
Tout comme Genève, Annecy, est désormais une ville sans histoire.

L’écrivain qui a le mieux restitué l’atmosphère provinciale d’Annecy est Patrick Modiano dans ses premiers romans qui sont méconnus des Annéciens.

Le pont des Amours sur le canal du Vassé.

Le pont des Amours a été chanté par Eric Rohmer dans « Le Genou de Claire »,

 

Le pont des Amours a été chanté par Eric Rohmer dans « Le Genou de Claire ». Les tpuristes s’y installent pour prendre des photos du lac d’un côté, et du canal de l’autre, qu’ils comparent inévitablement à Venise. « La Venise des Alpes », Un slogan dégoulinant de mièvrerie.

 Le Jardin de l’Europe borde le lac, de l’autre côté du pont. Les enfants courent sur l’herbe, les ados dociles se frottent contre les filles qui rient aux éclats, les musiciens s’exercent dans leur carré réservé, les sirènes des bateaux appellent les passagers, les cygnes mendient les miettes des sandwiches que les touristes croquent en marchant, les mouettes passent en criant au-dessus de la tête des badauds.

 Paysage éphémère et aléatoire

 

Paul Cézanne "Barque sur le lac d'Annecy" (juillet-août 1896). La silhouette noire de la barquemarque la séparation du lac avec les collines.
Barque sur le lac d’Annecy par Cézanne (juillet-août 1896). La silhouette noire de la barque marque la séparation du lac avec les collines.

 Les bords du lac d’Annecy étaient au siècle dernier un lieu de villégiature prisé par quelques familles fortunées venant de Lyon et de Paris pour se reposer durant l’été. Paul Cézanne lui-même avait séjourné à Talloires durant l’été 1896, mais s’y était ennuyé. Il n’était jamais revenu préférant la Provence à cette Savoie dont les hautes montagnes le privaient d’horizon. Il peignit 16 aquarelles du lac, et un grand tableau aux tons de bleu et de vert, pour se « désennuyer » écrivait-il :  » … le lac est très bien avec de grandes collines tout autour, on me dit de deux mille mètres, ça ne vaut pas notre pays, quoique sans charge ce soit bien. », 

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