Un discours amoureux 1/2

EXTRAITS ADAPTÉS de « Fragments d’un discours amoureux par Roland Barthes (éditions du Seuil, 1977, pages 15, 25, 65, 85)

« Adorable ! »

 

Charles Gleyne « Vénus Pandemos », 1872. Sourcing image : magazine d’art « L’ŒIL », compte-rendu de l’exposition au Palais des Arts de Bruxelles sous le titre « Vénus dévoilée », décembre 2003 (Bibliothèque The Plumebook Café)

Charles Gleyne « Vénus Pandemos », 1872. Sourcing image : magazine d’art « L’ŒIL », compte-rendu de l’exposition au Palais des Arts de Bruxelles sous le titre « Vénus dévoilée », décembre 2003 (Bibliothèque The Plumebook Café)

 
Pandemos signifie « qui appartient à tout le peuple ».
Cette Vénus, qui paraît aimer la nature, serait une femme de gauche, écologiste de surcroît.
 
1. Ne parvenant pas à nommer son désir pour la femme qu’il aime, l’amoureux aboutit à ce mot un peu bête : « Adorable ! »
Par un beau matin de la fin du mois d’août, je suis sorti faire des courses dans une avenue proche de la maison où l’on trouve tous les commerçants dont on a réellement besoin.
Annecy était adorable, charmante petite ville de province où il ne se passait absolument rien de sérieux…
Une foule de perceptions viennent former une impression éblouissante, à la limite empêcher de voir : le temps qu’il fait, la saison la lumière, la marche, le shopping…, la bonne humeur du désir.
Sur une impression de la nuit, je me réveille alangui par une pensée heureuse : « Béatrice était adorable hier soir. »
C’est le souvenir de qauoi ?
… [Lire la suite p.26 du livre]

« Je m’abîme, je succombe… »

S’ABÎMER. Bouffée d’annéantissement qui vient à l’amoureux par désespoir ou par comblement.
Amadeo Modigliani « Nu couché de dos », huile sur toile (1917). Sourcing image : magazine d’art « L’ŒIL », compte-rendu de l’exposition au Palais des Arts de Bruxelles sous le titre « Vénus dévoilée », décembre 2003 (Bibliothèque The Plumebook Café)
Amadeo Modigliani « Nu couché de dos », huile sur toile (1917). Sourcing image : magazine d’art « L’ŒIL », compte-rendu de l’exposition au Palais des Arts de Bruxelles sous le titre « Vénus dévoilée », décembre 2003 (Bibliothèque The Plumebook Café)
2. Soit blessure, soit bonheur, il lui prend parfois l’envie de s’abîmer.
Parfois le malheur ou la joie tombe sur lui, sans qu’il s’ensuive aucun tumulte.
Il est dissous, il tome, il fond.
Cette pensée frôlée, tâtée (comme on tâte l’eau du pied) peut revenir.
Elle n’a rien de solennel. Ceci est très exactement la douceur.
Werther : « En ces pensées je m’abîme, je succombe sous la présence de ces merveilleuses visions. »
… [Lire la suite p. 16 du livre]

« Toutes les voluptés de la terre »

COMBLEMENT. L’amoureux espère une pleine satisfaction de son désir, une réussite éternelle de sa relation amoureuse.
Titien « Vénus Urbino », 4538. Sourcing image : magazine d’art « L’ŒIL », compte-rendu de l’exposition au Palais des Arts de Bruxelles sous le titre « Vénus dévoilée », décembre 2003 (Bibliothèque The Plumebook Café)
Titien « Vénus Urbino », 4538. Sourcing image : magazine d’art « L’ŒIL », compte-rendu de l’exposition au Palais des Arts de Bruxelles sous le titre « Vénus dévoilée », décembre 2003 (Bibliothèque The Plumebook Café)
 
« Vénus Urbino » est le premier nu commandé au peintre, alors âgé de 50 ans. La toile avait été conçue pour être facilement transportable… avec soi.
 
3. Le comblement esdt une précipitation. Quelque chose se condense., fond sur l’amoureux, le foudroie.
« Mon ùame n’est pas seulement remplie, mais débordée. »
Quand l’amoureux n’est plus dans le trop, il se sent frustré, pour lui juste veut dire pas assez.
Il outrepasse les limites de la satiété.
… [Lire la suite p. 66 du livre]

Le corps de l’autre

CORPS. Toute pensée, tout intérêt, tout émoi suscité chez la personne amoureuse par le corps de l’être aimé.
 
Diego Velasquez « Venus au miroir », 1651. Sourving image : magazine d’art « L’ŒIL », compte-rendu de l’exposition au Palais des Arts de Bruxelles sous le titre « Vénus dévoilée », décembre 2003 (Bibliothèque The Plumebook Café)
Diego Velasquez « Venus au miroir », 1651. Sourving image : magazine d’art « L’ŒIL », compte-rendu de l’exposition au Palais des Arts de Bruxelles sous le titre « Vénus dévoilée », décembre 2003 (Bibliothèque The Plumebook Café)
 
4. Le corps de l’amoureux est divisé, d’un côté la peau, les yeux, le corps tendre, chaleureux, et de l’autre la voix, brève, retenue, sujette à des accès d’éloignement.
Ou encore, d’un côté le corps moelleux, tiède, mou juste assez pelucheux
De l’autre la voix, toujours la voix, , sonore, bien formée, mondaine.
Parfois une idée le prend : il se met à scruter longuement le corps de son amie qui lui tourne le dos.
Scruter veut dire fouiller, fouiller son corps comme s’il voulait voir ce qu’il y a dedans.
… [Lire la suite p. 86 du livre]
 
 

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