Un certain regard 2/4

Paris accueille chaque année,  fin octobre, la Foire Internationale d’Art Contemporain sous la nef du Grand-Palais.
Acronyme : FIAC. Avec son OFF divers lieux de la capitale, parmi lesquels le Jardin des Plantes et celui des Tuileries.

On est snobs et c´est bon…

Heimo Zobernig « Untitled / Sans titre », 2015. Peinture acrylique sur toile (Galerie Chntal Crousel). Sourcing image : FIAC 2015 (photographie F. Buffard, 23 oct.2015)

Heimo Zobernig « Untitled / Sans titre », 2015. Peinture acrylique sur toile (Galerie Chntal Crousel). Sourcing image : FIAC 2015 (photographie François Buffard, 23 oct.2015)

Un langage auquel il était difficile de demeurer insensible. Rien n’était dû au hasard dans cette harmonie des formes et des couleurs. Poème peint sur la toile.
 
La file d’attente aux guichets d’entrée de la FIAC est si peu importante que je crois m’être trompé… mais non, c’est bien là…35 euros sans le catalogue. 
À l’intérieur, tout est en apparence très banal. Une Foire comme les autresz…Des rangées de stands aux cloisons peintes en blanc sous la lumière crue des spots. Des visiteurs aux vêtements multicolores qui défilent dans des allées trop étroites.
Sur les stands, des hommes et des femmes, jeunes et moins jeunes, l’air très sérieux veillent. Des petits bureaux avec une personne attablée devant l’écran  d’un ordinateur. On discute, on échange des lieux communs sur les tendances du marché… et surtout on guette le passage des collectionneurs les plus connus, ou de leurs sbires, parmi la foule des badauds armés de leur téléphone-portable.  Scritch, scratch…
Une galeriste est en ligne avec son correspondant à Rome. On parle de plusieurs dizaines de milliers de dollars.. . un panneau peint pour illuminerr le couloir trop sombre de l’appartement d’un cardinal ou d’un juge…
Je croise un jeune homme distingué, costume sombre, pochette blanche, escarpins lustrés au chiffon de laine, qui informe son client, beaucoup plus jeune que lui, qu’au prix indiqué par le marchand ce dernier lui offrira le cadre… « Vous êtes sûr »… « oui, il ne reviendra pas là-dessus ».

 

Markus Lüpertz « Arcadia / Arcadie -3 », 2013. Mixed media sur toile avec un cadre réalisé par l’artiste (160 x 215.5 cm). Sourcing image : FIAC 2015 (photographie F. Buffard, 23 oct.2015)

Markus Lüpertz « Arcadia / Arcadie -3 », 2013. Mixed media sur toile avec un cadre réalisé par l’artiste (160 x 215.5 cm). Sourcing image : FIAC 2015 (photographie François Buffard, 23 oct.2015)

Le pays du bonheur, où les hommes vivraient en paix et en harmonie avec la nature, n’existe plus, pas même dans l’esprit des artistes.
Corps fragmentés, crânes d’animaux, casques d’acier, la guerre n’est pas éloignée de l’antique Arcadie…
 
Exposer l’art dans une Foire est une manière comme une autre de sortir les œuvres des musées où elles passent le plus clair de leur vie à hiberner dans l’attente d’une exposition qui les remettra au goût du jour.
Ici, chaque galerie n’en expose qu’un petit nombre, créées par des artistes nés entre 1940 et 1980. Jeunots s’abstenir. Le visiteur peut les contempler en toute sérénité. Il n’est pas rare de se retrouver seul en face à face avec une peinture ou une sculpture.
Les néophytes peuvent emboîter le pas d’une guide qui leur dévoilera les secrets de l’art contemporain… les introduiront à des artistes dont ils ignoraient l’existence avant de venir.
Un autre intérêt de la FIAC est d’étaler au grand jour la relation qui existe entre l’artiste et l’argent. Non les créateurs ne se pas des esprits surnaturels. L’art est leur gagne-pain.
L’œuvre d’art est destinée à être vendue au meilleur prix. 
Le talent de l’artiste, son originalité et sa notoriété internationale contribuent à l’estimation du prix.À talent égal, Américains, Européen ou Asiatiques répondent mieux au goût des collectionneurs que des artistes africains qui ne sont portés par aucun marché intérieur, exception faite de l’Afrique du sud.

 

Kehunde Wiley « American », Peinture à l’huile sur toile. Sourcing image : FIAC 2015 (photographie F. Buffard, 23 oct.2015)

Kehunde Wiley « American », Peinture à l’huile sur toile. Sourcing image : FIAC 2015 (photographie François Buffard, 23 oct.2015)

À l’intérieur des sociétés modernes, multiraciales, nombre d’individus entretiennent des relations conflictuelles avec le pouvoir et le passé, à l’écart desquels ils ont longtemps été tenus. 
 
Déjà au temps de Michel-Ange, les artistes devaient se battre sur le prix de leur rémunération contre leurs commanditaires (aristocrates et clergé).
Le principal reproche que l’on ne peut manquer de faire à la FIAC est l’étroitesse de son marché. Rapportée à la taille de l’Union Européenne, la Foire d’Art Contemporain de Paris fait figure de foire de province. 
Elle illustre l’échec des politiques culturelles, déconnectées de la réalité économique et sociale vécue par le plus grand nombre.
Combien d’artistes réussissent à vivre de leur art ?
La FIAC ignore les courants les plus jeunes et les plus créatifs pour s’intéresser surtout aux demandes d’une élite.
En ce sens, elle est à l’image des galeries et des revues dont elle est le salon, une parure destiné aux nouveaux riches (chaque génération en produit) en quête de titres de noblesse. 
Ce n’est pas un hasard si le mot snob a été fabriqué par les Anglais à partir du latin « Sine Nobilitate » pour qualifier ceux qui n’en possédaient pas en venant au monde…

J´suis snob… Encor plus snob que tout à l´heure…

Yuko Shiraishi « Signal », 2015. Peinture à l’huile sur toile, 183 x183 cm. Sourcing image : FIAC 2015 (photographie F. Buffard, 23 oct.2015)

Yuko Shiraishi « Signal », 2015. Peinture à l’huile sur toile, 183 x183 cm. Sourcing image : FIAC 2015 (photographie François Buffard, 23 oct.2015)

Panneaux d’une couleur uniforme, avec de rares points blancs à la surface (ici sur la gauche vers le milieu) peints par une femme pour meubler l’espace.
[L’éclairage du tableau sur le stand en a malheureusement altéré la couleur qui était plus brillante qu’elle ne paraît ici]
Plus on achète d’œuvres à un même artiste et plus l’on devient son ami. La relation n’est pas si différente de celle qu’entretient n’importe quel marchand avec ses fournisseurs d’un côté et ses clients de l’autre. Dès lors que le volume d’affaires traité avec chacun est devenu important, naît une interdépendance. 
Les promesses de gain générées par le travail de l’artiste rendent la mariée plus belle et l’amour qu’on lui voue plus vif.
Un artiste qui réussit bénéficie d’une renommée médiatique qu’il partage avec son marchand et les collectionneurs qui le suivent.
C’est un petit monde fortuné, élégant, raffiné, souvent drôle, et horriblement snob, que nous pouvons, grâce à des Foires comme la FIAC, frôler, observer, photographier… le temps d’une demi-journée… voire davantage… si l’on décide de rentrer dans le club en devenant à son tour collectionneur ou marchand.
Un conseil : commencez par vendre votre maison ou votre appartement pour dégager un cash-flow conséquent. Vous verrez que la cote des artistes deviendra rapidement importante à vos yeux !
 
ORIGINE DES INTER-TITRES. Chanson de Boris Vian « J’suis snob » (éditions Meridian), musique et interprétation par Jimmy Walter et son ensemble (Phonogram, 1956)

Flash infos artistes

Markus Lüpertz. Artiste peintre et sculpteur allemand né en 1941.
Chiara Donn « Markus Lüpertz dans son atelier », vers 2013. Sourcing image : Galerie Suzanne Tarasiève « Markus Lüpertz Promenade », 7 rue Pastourelle à Paris (2014)

Chiara Donn « Markus Lüpertz dans son atelier », vers 2013. Sourcing image : Galerie Suzanne Tarasiève « Markus Lüpertz Promenade », 7 rue Pastourelle à Paris (2014)

Depuis 2013, l’artiste travaille sur un ensemble de peintures inspirées des légendes et de la mythologie de la Grèce ancienne, et continue d’explorer les rapports entre l’abstraction et la figuration. Ce faisant, il permet au contemplateur de ses œuvres de laisser vagabonder sa propre imagination. 
Markus Lüpertz a été exposé au Musée d’art moderne à Paris au printemps 2015.
Yuko Shiraishi. Peintre japonais né en 1956. L’artiste peint désormais des images abstraites faites de couleurs monobloc brillantes. Elle travaille en collaboration avec des architectes et des musiciens.
Kehunde Wiley. Peintre américain né en 1977 à Los Angeles. 
L’artiste questionne la race, le genre et les modes de représentation hérités de la peinture européenne qui restitue un passé historique d’où les Noirs sont absents.
Heimo Zobernig. Né en 1958. Vit à Vienne en Autriche.
Portrait de Heimo Zobernig, 2012. Sourcing image : site de la galerie Petzel, couverture d’un catalogue consacré à l’artiste

Portrait de Heimo Zobernig, 2012. Sourcing image : site de la galerie Petzel, couverture d’un catalogue consacré à l’artiste

L’artiste a été exposé au MAMCO à Genève en 2012. Sa prise de position esthétique est de défendre l’abstraction comme forme personnelle de langage. 
 
 

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