Un certain regard 1/4

À proximité d’Apt (Lubéron), Simiane la Rotonde est perchée à 670 mètres au-dessus du niveau de la mer. Refuge, loin de la ville et de ses excès. Lieu de prédilection pour écrivains, artistes et retraités. En un demi-siècle, la population de Simiane est passée de 368 habitants en 1962 à 568 en 2008 … 
Des habitants invisibles ce jour de septembre où je suis allé avec Cha [Cha et moi] à la rencontre d’Henri Cartier-Bresson sur la place-terrasse couverte dont il a fait en 1969 une photographie mémorable en noir t blanc.

En quête de souvenirs

F. Buffard « Rue de Simiane-la-Rotonde », sept. 2010. Sourcing image : archives The Plumebook Café

F. Buffard « Rue de Simiane-la-Rotonde », sept. 2010. Sourcing image : archives The Plumebook Café

 
Que vient-on chercher dans l’un de ces milliers d’endroits à travers le monde où l’on ne rencontre que des personnes âgées, ermites, artistes et retraités – étrangers pour la plupart -, sinon des traces, des souvenirs d’émotions anciennes…, artistiques, intellectuelles, amoureuses…

Dans les rues désertes de Simiane-la-Rotonde

F. Buffard « Vue de la terrasse depuis la rue en contrebas », Simiane-la-Rotonde (sept. 2010). Sourcing image : archives The Plumebook Café

F. Buffard « Vue de la terrasse depuis la rue en contrebas », Simiane-la-Rotonde (sept. 2010). Sourcing image : archives The Plumebook Café

La pente raide sur laquelle Simiane fut construite explique les différences de niveau importantes entre la face avant et l’arrière d’un même bâtiment. Ainsi la terrasse photographiée par Cartier-Bresson est-elle accessible de plain-pied tandis qu’elle se trouve située de l’autre côté au 3e étage.
Haut-perchés, les anciens villages du Lubéron offrent à leurs habitants une vue imprenable sur la plaine et l’occasion d’un exercice physique salutaire quand ils se déplacent à pied d’une rue à une autre.

Mignonne, allons voir si la rose…

Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos « Simiane-la-Rotonde », 1969. Sourcing image : carte reproduction éditée par le Centre Pompidou, 2013 (collection The Plumebook Café)

Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos « Simiane-la-Rotonde », 1969. Sourcing image : carte reproduction éditée par le Centre Pompidou, 2013 (collection The Plumebook Café)

Cha et moi eûmes tôt fait le tour du pâté de maisons hautes pour rejoindre la terrasse dont nous avions aperçu les colonnes. 
À première vue, l’endroit n’avait pas changé, hormis une vilaine jardinière en ciment que la municipalité avait fait installer au centre du si petit espace pour meubler le vide. Personne d’autre que nous en effet à l’instant où nous y mîmes les pieds.
Qui, mieux qu’Henri Cartier-Bresson, a de la sorte écrit une page de l’histoire de Simiane et, par-delà, de l’histoire des Français au quotidien ? La vie des années 60… Si différente de celle d’aujourd’hui.
Filles et garçons paraissaient heureux de partager ce minuscule espace. À l’intimité assumée. Chacun pouvait entendre ce que l’autre disait.
Nul ne possédait alors l’un de ces objets électroniques que leurs cadets emportent désormais partout avec eux…, bouées de sauvetage pour ne pas périr dans le monde où les nouveaux adultes veulent les entraîner.
C’est mon enfance que je regarde.
Ce sont mes enfants auxquels je songe.
L’inexorable élan de la vie.
Les vers de Pierre de Ronsard traversèrent mon esprit :
« Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté. »
(Les Odes, 1550)

La vie s’était retirée du lieu 

F. Buffard « La terrasse de Simiane », sept. 2010. Sourcing image : archives The Plumebook Café

F. Buffard « La terrasse de Simiane », sept. 2010. Sourcing image : archives The Plumebook Café

En dépit de tout, comment résister à l’envie de faire à son tour une photo… qui n’aura d’autre mérité que de témoigner de notre passage à nos propres yeux… et ceux de nos amis : « Regarde, tu te souviens de la fameuse photo de Cartier-Bresson… c’était là ».

Deux filles, deux hommes, deux garçons et un chien

F. Buffard « Photomontage de la terrasse de Simiane avec les personnages de Cartier-Bresson », 2015. Sourcing image : archives The Plumebook Café

F. Buffard « Photomontage de la terrasse de Simiane avec les personnages de Cartier-Bresson », 2015. Sourcing image : archives The Plumebook Café

Il n’y avait personne sur ma photo.
La vie avait-elle déserté le village… que pouvait-on faire ici à douze ans, à seize ans, à vingt ans ? Que faisait-on avant… en 1969 ?
Je pense aux deux jeunes filles assises sur la balustre de pierre, au-dessus du vide. Insouciantes. Elles se parlaient en se tournant le dos. Sans doute éclataient-elles aussi de rire comme font les filles.
Aux deux jeunes gens sur la droite dont l’un était appuyé contre la balustre, les bras légèrement écartés de chaque côté du corps, parlant à un copain que le photographe avait coupé en recadrant la photo.
Je pense aux deux garçons au premier plan. L’un d’eux couché sur le dos, son avant-bras gauche passé sous la tête. Vêtu d’un short de bain rayé et d’une chemisette qui remontait sur le ventre, des socquettes blanches aux pieds. L’autre assis, les bras enserrant ses genoux, la joue gauche nichée dans le creux de l’épaule. Un tee-shirt rayé. La mode oscillait encore entre la chemisette et le tee-shirt. 
L’année précédant celle de la photo, au mois de mai à Paris, les étudiants portaient des vestes sur des chemises boutonnées et des cravates nouées autour du cou.
Au chien enfin… qu’il a fallu déplacer sur la droite à cause de la vilaine jardinière de la municipalité… n’a pas plus que les autres personnages remarqué la présence d’un photographe.
Passés à la postérité.

La vue sur la campagne était une découverte

F. Buffard « Vue depuis la terrasse de Simiane », sept. 2010. Sourcing image : archives The Plumebook Café

F. Buffard « Vue depuis la terrasse de Simiane », sept. 2010. Sourcing image : archives The Plumebook Café

Sur cette photo, Cha regarde le village au-dessous et admire la campagne environnante.
Au premier plan, une touriste, jeune… qui s’en allait au moment où j’ai appuyé sur l’obturateur. Elle porte un haut rayé et un sac en bandoulière.
Qu’est-elle venue chercher, ou voir, à Simiane-la-Rotonde ?

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