Tous les mêmes !

La scène, enregistrée sur DVD, se passe au début des années 60.
Georges Brassens chante en s’accompagnant à la guitare, et s’interropt pour discuter avec un ami écrivain.
Ce dernier parle du temps ancien où l’étranger était le porteur de nouvelles, on lui faisait bon accueil pour être au courant de ce qui se passait dans le reste du monde. « Aujourd’hui, fait-il re’marquer, on n’a plus rien à apprendre, on est souvent mieux renseigné que l’étranger sur son propre pays, surtout s’il l’a quitté depuis longtempsui… »
Mais Brassens l’interrompt : « C’est au pluriel qu’on parle aujourd’hui, on ne parle pas de la couleur, tandis qu’avant on était renseigné par un homme qui apportait sa couleur à l’événement. Avec les moyens dont on dispose [désormais] pour relater l’événement, on apporte la couleur de tout le monde, c’est au pluriel qu’on parle… « 
Il reprend : « Tout a vraiment changé et partout dans le monde les gens reçoivent les nouvelles de la même manière… »
« Dans quelques années, conclut-il, nous nous ressemblerons tellement… c’est toi qui ira en scène et moi qui écrirai tes livres ! »

Le noir est une couleur

François-Xavier Lalanne « Moutons-Poufs » (bronze, bois et laine), Claude Lalanne « Choupatte » (cuivre et bronze). Sourcing image : « Le Monde » daté avril 2010 (archives The Plumenook Café)

François-Xavier Lalanne « Moutons-Poufs » (bronze, bois et laine), Claude Lalanne « Choupatte » (cuivre et bronze). Sourcing image : « Le Monde » daté avril 2010 (archives The Plumenook Café)

De fait journalistes d’un côté, téléspectateurs, auditeurs, internautes de l’autre, sommes devenus des moutons.
Nous nous ressemblons tellement et nous détestons tellement à l’idée d’être devenus les mêmes que nous nous battons entre nous, nous nous  insultons les uns les autres, pour construire une différence.
Zapper d’une chaîne d’info à une autre pour se rendre compte de la clairvoyance dont Brassens a fait preuve il y a un demi-siècle au moment où l’on branchait la télévision à tous les étages à la grande joie des habitants.
Seule la langue diffère encore d’un pays à l’autre. L’info est la même partout… à l’exception des sociétés dominées par une propagande d’État.
Lorsque nous aurons abandonné nos langues nationales, que l’anglais sera devenu le charabia universel, les différences entre les hommes auront tout-à-fait disparu. 
La vue du dernier mouton noir, du dernier étranger, deviendra insupportable aux yeux des autres qui se précipiteront sur lui  pour l’écrabouiller à coups de barres de fer et mettront le feu à son cadavre déchiqueté, pour effacer toute trace de couleur sur la Terre.
 
 
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