Tournés vers l’avenir

« Dans ce désordre total où l’absurde guette chacun à chaque heure de chaque journée, la ville devient un immense chant poétique pour échapper à la folie d’une société qui n’est là que pour piller. »
Jean-Loup Pivin in REVUE NOIRE (été 1996). Bibliothèque The Plumebook Café
Pivin écrivait cela à propos de la ville de Kinshasa. En le relisant aujourd’hui on dirait que c’est de notre univers qu’il parle, de cette France à ré-enCHANTer. Et s’il faut pour cela compter sur nos villes, eh bien ce n’est pas le travail qui manque !…

Témoigner de la créativité de l’être humain

 

Freddy Tsimba « La lecture après la crise » , vers 1995. Sourcing image : REVUE NOIRE n° spécial Kinshasa (été 1996). Bibliothèque The Plumebook Café, 96

Freddy Tsimba « La lecture après la crise » , vers 1995. Sourcing image : REVUE NOIRE n° spécial Kinshasa (été 1996). Bibliothèque The Plumebook Café, 96

« Proscrire, interdire, permettre, oser, nier, refuser, perturber, honorer, aimer, dans la fange, le corps nu, dans les concerts, le costume admiré, une nuit. »
Jean-Loup Pivin (in magazine cité)
 
Que les jeunes déracinés, déboussolés, perdus, en quête de, se mettent à lire s’ils savent encore lire et découvrent à leur tour le monde enCHANTé de la culture pour échapper à la folie.
À Kinshasa, explique Freddy Tsimba, les gens veulent comprendre, ils veulent mettre des mots sur les choses, une manière de se les approprier, le bon chemin vers la compréhension.
Regarder la vidéo d’un entretien avec l’artiste lors d’une résidence en France :

Récupérer, c’est « comme remettre de la chair sur les os »

 
Atelier secret de Freddy Tsimba à Kinshasa, photo Yves Pitchen, 1996 in REVUE NOIRE n° spécial Kinshasa (été 1996). Bibliothèque The Plumebook Café, 96

Atelier secret de Freddy Tsimba à Kinshasa, photo Yves Pitchen, 1996 in REVUE NOIRE n° spécial Kinshasa (été 1996). Bibliothèque The Plumebook Café, 96

« Tricher, gagner, torturer, perdre, changer de nom, changer de fusil, porter l’argent. »
Jean-Loup Pivin (in magazine cité)
 
Je n’ai pas revu Freddy Tsimba depuis ce jour de 2007 où j’avais déjeuné avec lui à Paris. La première œuvre de lui que je voulais acheter était un petit bronze intitulé « COUPLE TOURNÉ VERS L’AVENIR ». Une sculpture chargée de confiance en soi, ce petit moteur qui donne envie d’aller de l’avant. 
Freddy Tsimba exposait alors au Centre Wallonie-Bruxelles en face du Centre Pompidou avec d’autres artistes comme Soly Cissé dont j’avais acheté deux dessins. Le petit bronze malheureusement portait la petite pastille rouge signifiant qu’il était vendu. J’envie celui qui le détient.

Regarder autour de soi, ce n’est pas être pessimiste

 
Freddy Tsimba « Sans titre » , vers 1995. Sourcing image : REVUE NOIRE n° spécial Kinshasa (été 1996). Bibliothèque The Plumebook Café, 96

Freddy Tsimba « Sans titre » , vers 1995. Sourcing image : REVUE NOIRE n° spécial Kinshasa (été 1996). Bibliothèque The Plumebook Café, 96

« Plus de lit où dormir. Les palaces sont vides. Les glaces teintées des voitures noires, aveuglent, sillonnent la ville.
Jean-Loup Pivin (in magazine cité)
 
On a souvent dit des œuvres de Tsimba qu’elles n’étaient pas joyeuses. Mieux vaudrait dire qu’elles expriment les reproches que l’artiste formule à l’égard de notre société qui ostracise, vit dans l’indifférence, le rejet de l’autre, de l’étranger perçu comme un être humain différent de soi, impossible à assimiler.
Pas facile pour un artiste vivant au Congo de faire entendre et respecter sa voix en France et en Europe. Nous continuons de croire que l’art est l’apanage de l’Occident. L’art ne doit pas être porteur de messages qui nous dérangent, nous mettent mal à l’aise. 

Raconter à tout prix des choses qui se passent

Freddy Tsimba dans son atelier, photo de gauche (2006). Sur la droite, les matériaux qu’il emprunte au théâtre du quotidien. Sourcing image : archives The Plumebook Café

Freddy Tsimba dans son atelier, photo de gauche (2006). Sur la droite, les matériaux qu’il emprunte au théâtre du quotidien. Sourcing image : archives The Plumebook Café

L’artiste est très attaché à la province du Kivu dans l’est du pays, théâtre de conflits incessants, menacé d’autre part de déforestation, deux sujets qui ont inspiré le travail de Freddy Tsimba au début des années 2000. 
 
Nous n’aimons pas que les artistes mettent le doigt sur nos défauts. À qui reconnaissons-nous encore ce droit ?
Seule l’entreprise, parce que le salaire qu’elle paie en dépend, est en mesure d’imposer son discours à ceux qu’elle emploie et en droit de se séparer des récalcitrants.
L’État lui-même est contesté et, par crainte de perdre ses partisans, il paie  en éliminant l’une après l’autre les contreparties qu’il devrait exiger.
Mais, confiant dans l’avenir, Freddy Tsimba ne désarmera pas. Il nous invite à nous regarder en face. Et, si nous sommes encore des êtres humains, à accepter la critique pour être capable de nous remettre en question.

Flash info artistes & lieu

Kinshasa.  Ancienne Léopoldville, capitale du Congo belge rebaptisée par Mobutu. Devenue une immense agglomération de communes totalisant plus de 5 millions de personnes. Elle aurait pu s’appeler Kabila City.
D’autres articles sur le blog parlent de cette ville fascinante et repoussante à la fois, à l’image de toutes les villes du monde.
Boutiques de rue photographiées vers le milieu des années 2000.

Boutiques de rue photographiées vers le milieu des années 2000.

 
« Nous ne sommes que des marchands d’inquiétudes, les mains vides de certitudes autres que celles des sentiments. »
Jean-Loup Pivin (magazine cité)
Jean-Loup Pivin.  Architecte spécialiste des constructions en terre (Mali, Burkina…) et jouranliste, créateur de REVUE NOIRE dont la version magazine papier s’est depuis longtemps éteinte. Existe désormais en ligne aec un contenu différent.
Freddy Bienvenue Tsimba.  Né en 1967 à Kinshasa où il vit (République Démocratique du Congo ex-Zaïre.

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