Touristes et autochtones

La Savoie aux Savoyards

Baigneuses sur le lac d’Annecy dans les années 50 (Image de la Cinémathèque des Pays de Savoie, fonds famille Janin. Reproduction dans « L’Alpe », le magazine des Editions Glénat, déc.2009-fév.2010 (collection Vert et Plume)

Baigneuses sur le lac d’Annecy dans les années 50 (Image de la Cinémathèque des Pays de Savoie, fonds famille Janin. Reproduction dans « L’Alpe », le magazine des Editions Glénat, déc.2009-fév.2010 (collection Vert et Plume)

« Venise des Alpes » et « Cité lacustre » sont les attributs que journalistes et promoteurs ressassent jusqu’à l’écœurement à propos de la vieille ville d’Annecy et par extension l’agglomération toute entière.

Dans la liste des villages de Hobbits que les touristes venus des villes en été aiment visiter pour se changer les idées, boire un coup, rigoler un peu, regarder un feu d’artifice et plonger leur cul dans l’eau fraîche, Annecy figure en bonne place. Ce succès, auquel travaillent les édiles pour le plus grand bonheur des banques et des commerçants, agace les Hobbits de la rue, particulièrement ceux qu’on appelle les Hobbits d’origine qui se souviennent de l’ancien village, aujourd’hui « la vieille ville »,  calfeutré à l’intérieur de ses remparts sous l’ombre protectrice du château forteresse où logeaient les Hobbits soldats des anciens Ducs de Savoie.

Barque sur le lac d’Annecy en 1921 (Image de la Cinémathèque des Pays de Savoie, fonds Fabien Pichollet. Reproduction dans le magazine « L’Alpe », éditions Glénat, déc.2009-fév.2010 (collection Vert et Plume)

Barque sur le lac d’Annecy en 1921 (Image de la Cinémathèque des Pays de Savoie, fonds Fabien Pichollet. Reproduction dans le magazine « L’Alpe », éditions Glénat, déc.2009-fév.2010 (collection Vert et Plume)

Jusqu’au début des années 60, on louait volontiers une barque pour se baigner dans le lac avec des copains. Une fois dans l’eau, le plus périlleux mais aussi le plus drôle était de remonter dans la barque sans la faire chavirer.

Les Hobbits d’origine ne ratent pas une occasion de récriminer contre ceux qu’ils appellent les étrangers. Ils s’attachent à dénoncer les embarras de la circulation et la surpopulation des plages qui sont le lot de toutes les stations balnéaires en haute saison. Ils en rejettent la responsabilité sur les vacanciers au lieu de dénoncer le manque d’initiative des élus locaux qui n’ont pas fait grand-chose depuis 50 ans pour transformer les voies de communication autour du lac des Hobbits, ni agrandir et moderniser les plages. L’illustration symbolique de cet immobilisme est le plongeoir déglingué et rouillé de la plage de l’Impérial qui se dresse dans la baie de l’avenue d’Albigny et ressemble à un derrick abandonné.

Perfide Albion

« Courrier International » / Les Pays de Savoie vus par la presse étrangère. Couverture du numéro spécial édité à l’occasion du 150è anniversaire du rattachement de la Savoie à la France de Napoléon III , fév.2010 (archives Vert et Plume)

« Courrier International » / Les Pays de Savoie vus par la presse étrangère. Couverture du numéro spécial édité à l’occasion du 150è anniversaire du rattachement de la Savoie à la France de Napoléon III , fév.2010 (archives Vert et Plume)

« Bien sûr, mais… on habite un si beau pays ! »
réponse d’un autochtone lorsqu’un étranger lui adresse une critique à propos de la vie à Annecy

Comme les Hobbits grincheux disent facilement une chose et son contraire dans la même conversation, ils devraient, pour remettre leurs idées à l’endroit, lire l’article écrit par l’Anglais Rupert Wright à propos des lacs savoyards et d’Annecy en particulier, publié dans le Times de Londres :
« Ce coin de France n’est pas particulièrement réputé pour sa fantaisie. Il est difficile de trouver plus « bourgeois » à l’exception peut-être de la rue Saint-Honoré à Paris (…) Le paysage compense le manque d’imagination de ses habitants : il est sublime. »
Article reproduit dans « Courrier international », image ci-dessus.

C’était le bon temps

Le Cercle nautique d’Annecy, compétition d’aviron (juillet 1941). (Photo extraite de « Annecy pendant la guerre » aux éditions La Fontaine de Siloé – 2005). Bibliothèque Vert et Plume

Le Cercle nautique d’Annecy, compétition d’aviron (juillet 1941). (Photo extraite de « Annecy pendant la guerre » aux éditions La Fontaine de Siloé – 2005). Bibliothèque Vert et Plume

Comme si de rien n’était, les spectateurs élégamment vêtus s’asseyaient sur les quais où l’on avait disposé des chaises à leur intention pour assister à la course.

La vérité est qu’un grand nombre de Hobbits d’origine détestent qu’il se passe quelque chose dans leur village. Ils n’aiment pas que les édiles accaparent sans les consulter l’espace public déjà restreint qui leur est alloué pour organiser des compétitions ridicules où se pressent les touristes au visage déformé par l’ennui, les fêtes bruyantes destinées aux jeunes en manque d’alcool, de tabac, voire de drogue. Les Hobbits grincheux sont les plus redoutables. Ils regrettent le temps où la France œuvrait avec enthousiasme à la restauration des valeurs essentielles qui avaient pour noms Travail, Famille et Patrie.

Les rues furent rebaptisées pour célébrer les gloires du nouveau régime de collaboration avec les Allemands (avril 1941). Photo du cortège des édiles précédés dans la rue Royale par un groupe de scouts (extraite de « Annecy pendant la guerre » aux éditions La Fontaine de Siloé – 2005). Bibliothèque Vert et Plume

Les rues furent rebaptisées pour célébrer les gloires du nouveau régime de collaboration avec les Allemands (avril 1941). Photo du cortège des édiles précédés dans la rue Royale par un groupe de scouts (extraite de « Annecy pendant la guerre » aux éditions La Fontaine de Siloé – 2005). Bibliothèque Vert et Plume

Les hommes de droite emmenés par Philippe Pétain prenaient leur revanche sur la Révolution, l’école de Jules Ferry et le Front populaire.

Les jeunes garçons Hobbits de ce temps étaient « virils ». Ils allaient à pied ou à bicyclette, ne regardaient pas la télé ni les filles qui défilaient derrière dans les cortèges. Beaucoup d’entre eux portaient des culottes courtes hiver comme été jusqu’à ce qu’elles deviennent si étroites, en grandissant, qu’elles leur serraient les cuisses. Les plus sages portaient l’uniforme des scouts avec des chaussettes qui recouvraient la jambe au lieu d’être roulées sur la cheville comme le faisaient les autres garçons. Ils étaient chouchoutés par le régime en place et défilaient dans les rues avec le fameux couvre-chef hérité du grand Baden Powell. Un autre Anglais mais un militaire celui-là qui savait de quoi il parlait, s’était illustré en Afrique du sud durant la guerre contre les Boers. A son retour en Angleterre (au début des années 1900) il avait mis « les principes observés à la guerre au service des garçons désœuvrés des quartiers, en mauvaise santé et en proie à la délinquance. »
Crédit
Texte ci-dessus en italiques extrait de l’article de Wikipédia consacré au grand homme.
Lexique
Hobbits : le peuple des Hobbits est celui de Bilbo, le héros du « Seigneur des Anneaux » de J.R. Tolkien. Comme les Hobbits, les Savoyards sont d’un naturel plutôt tranquille. Ils vivent dans des trous. Un trou de Hobbit implique le confort. Ils ont une légère tendance à bedonner. Et surtout, les Hobbits n’ont pas de chaussures. leurs pieds ayant la plante faite d’un cuir naturel et étant couvert du même poil brun, épais et chaud que celui qui garnit leur tête et qui est frisé. Ext. de « Bilbo le Hobbit » (1937). Bibliothèque Vert et Plume, 1978.
Rédaction
L’idée de rédiger cet article est venue en lisant « L’Essor Savoyard » qui titrait en 1ère page le 29 juill.2010 : « Les touristes agacent les Annéciens ».

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