Sur le voilier on dirait des Noirs

« Tu es sûr ? »
« J’aperçois un homme et deux femmes… »
« Mon Dieu ! »
« Il y a un enfant assis à bâbord. Ils sont quatre ! »
« Des boat people, non ? »
« Au beau milieu de l’Atlantique ? Avec l’orage qui se prépare ils n’ont aucune chance… »
 

Mais que font-ils ?

Kerry James Marshall « Gulf Stream », 2003. Peinture acrylique sur toile, 274.32 x 396.24 cm. Sourcing image : « Nka » magazine – Contemporary African Art (printemps 2014). Exposition de l’artiste à la National Gallery of Art de Washungton (2e semestre 2013). Bibliothèque The Plumebook Café
Kerry James Marshall « Gulf Stream », 2003. Peinture acrylique sur toile, 274.32 x 396.24 cm. Sourcing image : « Nka » magazine – Contemporary African Art (printemps 2014). Exposition de l’artiste à la National Gallery of Art de Washungton (2e semestre 2013). Bibliothèque The Plumebook Café
« Lorsque je vais au cinéma, dit l’artiste au journaliste de la B.B.C. qui l’interroge, je suis censé m’identifier aux personnages qui sont pour la plupart des Blancs…»
(Interview datée octobre 2014)
 
« Je ne comprends pas. Ils n’ont pas l’air de s’en faire. Mais !… »
« Qu’y a-t-il ? »
« Regarde toi-même, prends les jumelles ! »
Élodie scrute le large. Elle ne sait pas se servir de jumelles. Elle n’a jamais su. Elle ne voit rien.
« Alors ? » questionne Jules. « Tu vois ce que je vois ? »
« Non. »
« Il n’y a personne pour piloter le bateau. »
« Ah ! J’aperçois d’autres voiliers plus au large. »
« Je les vois mais loin de s’en rapprocher celui-là s’en écarte. »
« Pourtant ils se sont levés pour regarder dans cette direction ! »
Un peu plus tard au restaurant de la plage.
Élodie observe Jules : « Tu penses à ces gens sur le voilier ? »
« Oui mais sans doute pas de la manière que tu imagines. »
« C’est-è-dire ? »
« Eh bien, tu vas trouver ça un peu farfelu. Mais… comment dire ? Les Noirs, les Blancs, je trouve cette distinction par la couleur de la peau dépassée. Comme si nous étions différents des Noirs parce que nous avons la peau blanche. »
« Personne n’a dit ça ! »
Jules ne réagit pas et poursuit : « Les voir ainsi sur l’eau m’a fait penser à nous. Je veux dire nous les Français. Tu sais, être là pour une semaine aux Antilles, ça permet de prendre un peu de recul. »
« Et alors, qu’est-ce que tu imagines ? »
« Je nous vois exactement comme ces gens sur le voilier. Aveugles, confiants dans l’expérience d’un pilote que l’on ne voit même pas, dont on ignore s’il est ou non maître de la situation. Peut-être a-t-il sauté du bateau avant de quitter le port… Et l’orage qui gronde à l’horizon symbolise les crises qui ne cessent de s’accumuler sur nos têtes. Pourtant nous ne bougeons pas, nous sommes comme eux, nous regardons ailleurs, là où il ne se passe rien. »
« Écoute Jules, tu n’es pas marrant. Bois ton verre de rhum. Je vais en commander deux autres. Après ça ira mieux. Tu verras la vie en bleu ! »
« Et le pélican posé sur la bitte d’amarrage, demande Jules, tu ne trouves pas que c’est un mauvais présage. »
« Laisse le pélican là où le peintre l’a mis et bois. À notre santé ! »
« Et à la leur ! »
« Si tu veux. »
 

Flash infos artiste

Kerry James Marshall.  Artiste plasticiezn né à Manchester en 1955, installé à Chicago.
Retrouver les peintures de Kerry James Marshall en copiant son nom dans l’espace de Recherche.:
 

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