Sous le soleil

Je suis rentré dans un petit magasin à l’enseigne de « Elephant Walk » pour acheter un short kaki et une chemise avec de grandes poches sur la poitrine, couleur vert chasseur. Au moment de payer, je demande s’ils ont un casque colonial comme en portaient les Blancs il y a tout juste un demi-siècle pour se déplacer sous le soleil des tropiques.

Nickó Rubinstein « Souvenir d’Afriques », 2003. Marc Righo « Photo-reportage colonial psychogéographique ». Sourcing image : catalogue de l’exposition à Manosque (2003) et Aubagne (2004). Bibliothèque Vert et Plume

Le vendeur me montre une collection de casques anciens  dont certains ont appartenu à des explorateurs célèbres. J’en choisis un qui me plaît non pas pour le porter – mon tour de tête est trop large je n’ai jamais trouvé de couvre-chef adapté -, mais pour l’ajouter à ma collection d’objets qui me rappelleront plus tard mes si nombreux voyages.

Là-dessus j’ai repris l’avion pour l’Afrique du sud

 

Danica Novgorodoff « Sous la bannière étoilée », bande dessinée – 2009. D’après une nouvelle de Benjamin Percy adaptation James Ponsoldt. Editions Casterman, 2010 (bibliothèque Vert et Plume)

 

En sortant de la salle des bagages, aussitôt après le contrôle aléatoire des douaniers, je me retrouve dans le hall d’arrivée où mon regard croise celui des personnes venues chercher un parent, un ami ou un client. Parmi elles un homme brandit une pancarte où est écrit : « AVIATION DISASTER WORKSHOP ».

Après ce sont deux Rangers que je prends pour des policiers. Bâtis comme des armoires à glace, ayant l’un comme l’autre les fesses boudinées dans un petit short en toile. Ressemblent à de solides garçons de ferme. Envie de jouer aux gamins avec eux, les poursuivre dans l’aérogare avec des orties, jeter des touffes d’herbe sur leurs cheveux, donner des coups de bâton sur leurs fesses pour les reconduire à l’étable.
Afrique du sud, terre de tous les contrastes.

« South-Africans like uniforms »

Photomontage sur un tableau de Marlene Dumas « The teacher (sub a) », 1987 (huile sur toile). Sourcing images : internet et catalogue de l’exposition « Marlene Dumas, measuring your own grave », Musée d’Art Contemporain de Los Angeles (2009). Bibliothèque & archives Vert et Plume.

Les petits soldats des écoles sont en culottes courtes grises avec des bas dans le même ton qui recouvrent leurs jambes fines jusque aux genoux. Chemisette, cravate, ils ressemblent de la sorte à des enfants très sages.

On peut apercevoir des écoliers blancs accompagnant leurs parents dans un supermarché ou un cash & carry où ils font des courses avant de rentrer chez eux. Les écoliers noirs vont à pied, sans leurs parents, par petits groupes de trois ou quatre. Ils sont souriants, s’amusent entre eux, prompts à éclater de rire. Je peux les aborder et leur poser des questions, il n’y a pas de problème, mais je ne suis pas seul un ami noir m’accompagne.
Si tous les élèves portent des uniformes, quelle que soit la couleur de leur peau, les adultes à l’inverse ne s’habillent pas du tout de la même manière selon qu’ils sont blancs ou noirs. Les premiers sont terriblement sérieux, stéréotypés, qu’ils soient en pantalon ou en short. Les seconds, dès lors qu’ils ont un revenu, font preuve d’une créativité, d’une fantaisie et d’un goût assuré qui mettent leur corps en valeur, leur donnent une distinction suffisante pour faire oublier la fragilité de leur situation sociale. Le temps d’une soirée, d’une danse, d’un verre, d’une drague, d’une nuit de revanche.

Koto Bolofo « Soweto Swing », 1998. Sourcing image : Vogue Hommes International, fév.1998 (archives Vert et Plume)

Sur les étagères d’une Chemistry, j’aprçois les produits de Johnson&Johnson, la Baby Lotion dans son flacon rose en plastique et ses lettres bleues « so good for the babies and the adults as well. Souvenir du premier achat dans une supérette de King’s Road à Londres un dimanche en fin d’après-midi. Il y a aussi la Pure Petroleum Jelly, les J.J. Buds, the Body Oil et the Baby Powder.

Ibiscus, prononcer [Aïe-bis-kәss]

Dans une grande surface de vente en gros,  je croise un jeune homme en Lewis 501 (prononcer Livaïsse) coupé sous les fesses avec un large revers, une épaisse ceinture en cuir, sweat-shirt blanc sans manches faisant ressortir ses biceps. Un cow-boy d’opérette. C’est vrai qu’il y a aussi un côté Far-West dans ce pays qui à maints égards paraît plus proche des Etats-Unis que de l’Europe.
Les magasins que je visite pour des motifs professionnels me donnent l’occasion de regarder à quoi ressemblent les gens dans ce pays où tout le monde vit caché, casé, cloîtré. Héritage de l’apartheid qui avait institutionnalisé la séparation des races. Peur de l’autre également. Peur de la différence en général dans un pays où il fallait être pareil et où plus personne ne se ressemble

« Carte de l’Afrique du sud », 2004. Sourcing image : « Les Archives du Monde », Le Monde2 (avr.2004). Archives Vert et Plume

Les Blancs pâtissent de l’insécurité, une plaie qui ronge l’ensemble des grandes villes sur la planète. Particulièrement en Afrique depuis le milieu des années 90. De nombreux pays sont désormais fermés aux visiteurs. Les pratiques les plus tordues prévalent dans tous les domaines, celui du droit compris, de sorte qu’aucune transaction n’est assurée. Cause première de la stagnation économique. Une ressemblance de plus avec le Far-West. L’Afrique du sud elle-même devrait connaître une expansion comparable à celle d’un pays comme le Brésil. C’est loin d’être le cas.

Se dégourdir les jambes,  marcher dans le « bush »

Laura Jeannes & Kevin Rudham « Hilton College / Hilton (Afrique du sud) / Vallée de la rivière Umgeni », vers 1990. Sourcing image : “Historic Schools of South Africa” par Peter Hawthorne & Barry Bristow, éditions Pachyderm Press (1ère publication, 1993). Bibliothèque Vert et Plume, 1995

Le potentiel touristique de l’Afrique du sud serait très important si… Avec le Kenya et la Tanzanie, loin devant le Sénégal, le pays offre aux visiteurs des hôtels et surtout des lodges modernes et confortables décorés dans le style « Safari », la facette chic du style « Colonial ».

Ceci dit, l’ambiguïté du tourisme est totale, qui replace le Blanc dans la situation de l’explorateur et le Noir dans celle du faire-valoir, de préférence musclé et très peu vêtu, le Vendredi de Robinson Crusoé.
L’ancienne culture africaine a été balayée par la modernité. Je ne vois pas ce qui l’a remplacée.

Alfred-S-Hart « Kosha dancers / Swept out of childhood / Au sortir de l’enfance », 1925. Sourcing image : « Cairo to Cape Town », Feb.1925 – The National Geographic Magazine, July 1996 (archives Vert et Plume)

Blossom. Blooming. Voyager en Afrique du sud est une bonne occasion d’entretenir son anglais. L’accent des habitants libère les Français de leurs complexes. Plus difficile de comprendre les Noirs parlant anglais. A Johannesburg la plupart d’entre eux s’expriment en zoulou même lorsqu’ils sont originaires d’une autre ethnie.

Je retrouve Maze, mon ami et partenaire local dans son bureau. Il est préoccupé par le déménagement de son entreprise installée à proximité du centre-ville. Déjeunons ensemble au Waterfront, le genre d’endroit où je ne mettrais jamais les pieds en temps ordinaire. Plus de 70 restaurants et des dizaines de boutiques autour d’une grande pièce d’eau. Les badauds défilent sur deux niveaux, les ponts, supérieur et inférieur.

Laura Jeannes & Kevin Rudham « St John’s College, Houghton (Afrique du sud) », vers 1990. Sourcing image : “Historic Schools of South Africa” par Peter Hawthorne & Barry Bristow, éditions Pachyderm Press (1ère publication, 1993). Bibliothèque Vert et Plume, 1995

Les hommes au bureau parlent beaucoup de sport, de rugby le plus souvent. Pourtant la plupart sont mal fichus, certains sont obèses. D’où leur vient cette passion ?

Le lendemain Maze a envie de se changer les idées. Il m’emmène sans prévenir à Sun City (environ 70 km au nord-ouest de Joburg), sorte de Las Vegas édifié à l’intérieur d’un ancien cratère. Assistons à une compétition internationale de golf dont le vainqueur recevra une prime de 1 million de dollars. La somme me sidère. Je ne me sens pas du tout à l’aise parmi les gens qui sont là, me font penser à des fantômes du temps de l’apartheid, bal costumé de vieux messieurs en shorts longs très amples cette fois et bas blancs, chapeau hybride entre canotier et chapeau de brousse, parapluie (de golf naturellement). Des gradins sont installés à proximité des trous pour admirer les derniers coups avant le point.

Un monde qui connaît le sexe et le fouet

A considérer le monde je me suis demandé à plusieurs reprises si j’étais normal ou au contraire anormal, tant j’ai le sentiment d’y être comme un étranger débarqué d’une autre planète.

« Ce qui se passe à l’école, c’est que les élèves sont fouettés. Cela se produit tous les jours. On ordonne aux garçons de se pencher en avant , de se toucher les pieds du bout des doigts et on les fouette avec une badine. .. »

Marlene Dumas « Measuring your own grave », 2003. Huile sur toile. Sourcing image : « Marlene Dumas, measuring your own grave », exposition au Musée d’Art Contemporain de Los Angeles (2009). Bibliothèque Vert et Plume.

« … Quand son père et les frères de son père se retrouvent à la ferme pour Noël, ils finissent toujours par parler de leurs années d’école. Ils évoquent leurs maîtres et les badines de leurs maîtres; ils se rappelent les froids matins d’hiver où la badine laissait des zébrures bleuâtres sur leur derrière, et leur chair gardait le souvenir cuisant de la douleur pendant des jours et des jours.  Les mots qu’ils emploient laissent entendre une sorte de nostalgie et de peur mêlée de plaisir. »

J.M. Coetzee « Scènes de la vie d’un jeune garçon », 1997 (Editions du Seuil pour la traduction française, 1999)

S’extraire du quotidien

Olivier Culmann « Téléspectateur regardant un épisode du dessin animé South Park » à Monterrey (Mexique, mars 2006). Sourcing image : « Le Monde 2 / Tour du monde des téléspectateurs », mars 2008 (archives Vert et Plume)

Quand j’arrive dans un nouveau pays avec l’envie de le découvrir, j’aimerait que les gens qui me reçoivent partagent le même intérêt que moi pour leur histoire, les traditions, les monuments, les musées, les artistes. Il ne me vient pas à l’esprit qu’ils puissent vivre là bêtement entre métro, boulot et dodo. C’est toujours un choc de découvrir que la vie quotidienne est la même quelque soit l’endroit où l’on se trouve. Une vie consacrée pour l’essentiel à la satisfaction des besoins primaires. Je roupille, je me réveille, je croque ce qui reste dans le garde-manger, je sors de ma tanière pour chasser ou gagner de l’argent avec lequel j’irai m’acheter des provisions, plus besoin de chasser. Je bouffe, je rote, je pisse, je chie, je baise. Je fais la sieste. Je retourne chasser ou travailler c’est pareil. Je refais tout ce que j’ai déjà fait le matin. Le soir, je danse, je chante, je bois, je fais la fête ou me plante devant la télé. Je m’endors pour la nuit. 365 jours par an, et 80 ans par vie. Comme c’est GÉNIAL !

« Melville », quartier jeune et animé de Johannesburg (Afrique du Sud), vers 2002. Sourcing image : Swiss Magazine n°34, été 2003 (Archives Vert et Plume

Au-delà des problèmes d’intégration liés à la couleur de la peau, à la religion ou aux pratiques sexuelles, qui persistent dans tous les pays,  le principal facteur de discrimination est le niveau des revenus dont dépend pour l’essentiel le degré de tolérance des individus. Aucune société moderne n’a dépassé le stade de la lutte pour l’emploi et la garantie d’un salaire suffisant.  Plus d’un demi-siècle aprè 1945 on en est toujours là.

Il m’a suffi de me rendre dans le quartier de Melville où les enfants des classes aisées se retrouvent la nuit pour dîner, écouter de la musique ou les textes d’un jeune poète noir, boire, discuter, danser.  Tous viennent en voiture. On ne peut pas se déplacer autrement dans une ville où il n’existe pas  de transports en commun organisés. ils portent des vêtements à la mode et consomment. Les trottoirs sont bondés, les terrasses pleines. C’est un autre monde où Noirs et Blancs sont mêlés. Tous ont une chose en commun, l’argent.

L’esprit de tolérance

“Musée de l’apartheid”, Johannesburg (2001). Sourcing image: “Courrier International”, janv-fév.2002 (archives Vert et Plume

La localisation, j’ai envie d’écrire « la relégation », du musée me choque. Je l’aurais imaginé comme une cathédrale au coeur de la ville, un lieu de pélérinage.
Mais Johannesburg n’a pas de centre. C’est une ville à multiples facettes comme les yeux d’une mouche. Je ne sais pas comment l’attraper.

Lire au sujet du musée, et aussi du District Six de Cape Town (3è image au-dessous)  l’article de Philippe Rivière du « Monde diplomatique » (04/2008) : http://www.monde-diplomatique.fr/2008/04/RIVIERE/15826

Les Noirs auxquels je réussis à parler ne sont pas nombreux. Les ouvriers du dépôt, la bonne de Maze, les femmes de chambre de l’hôtel et les serveuses du petit-déjeuner avec qui je réussis à échanger quelques mots, savoir où elles habitent, à quelle heure elles se sont levées pour venir travailler. Leur dire d’où je viens et la date programmée de mon départ (on me demande toujours pour combien de temps je suis en Afrique du sud, comme si cela avait de l’importance). Le soir dans ma chambre au lieu de me coucher je regarde les émissions de télé qui mettent en scène des Noirs. J’écoute leur accent, j’observe leur manière de s’habiller, note les sujets qui les intéressent, les choses qui les font rire. Je remarque qu’ils se tiennent très souvent sur leurs gardes.

Michael Zumstein / Œil Public « Elèves de Jean-Claude Tchicaya », Collège Roger Martin-du-Gard » (Epinay-sur-Seine, oct.2008). Sourcing image : « Le Monde », oct.2008 (archives Vert et Plume)

Beaucoup plus tard j’ai lu dans « Le Monde » un reportage consacré à un cours d’instruction civique et sociale dans un collège d’Ile-de-France auquel participaient des élèves âgés de 12 à 16 ans issus pour la plupart de familles originaires du Maghreb et d’Afrique Noire. J’ai relevé quelques passages :  – « Que ceux qui se sentent Français lèvent la main », lance le professeur. Sur 30 élèves, quatre lèvent timidement le bras. – Une fille : « Je veux me considérer comme une Française, mais dès qu’on me traite de sale Arabe ça me perturbe, ça me travaille. » – Une autre : « Nous sommes un peu de nulle part. » La classe acquiesce. – « Les Blancs qui se croient supériers. » – « Quand on te dit T’es une Arabe, il ne faut pas le prendre comme une agression, tu es les deux à la fois. » – Un garçon : « Les Français pensent que ce sont que les Arabes et les Noirs qui foutent la merde dans ce pays. » – La cloche sonne.

La nouvelle France

Marlene Dumas « The conspiracy », 1994. Huile sur toile. Sourcing image : « Marlene Dumas, measuring your own grave », exposition au Musée d’Art Contemporain de Los Angeles (2009). Bibliothèque Vert et Plume.

Les émissions diffusées par les chaînes de la télé nationale tentent de pousser Blancs et Noirs  dans les bras les uns des autres pour bâtir ce qu’ils appellent « La Nouvelle Afrique du Sud » ou encore « La Nation arc-en-ciel ».

Je trouve séduisant d’avoir un projet à l’échelle d’une nation. Si nous en avions un, ce serait quoi « La Nouvelle France » ?

Soweto, vers 2002. Soweto = South West Township. Sourcing image : Swiss Magazine n°34, été 2003 (Archives Vert et Plume

Je me souviens. 3
Été austral 2003

Johannesburg. Je comprends en circulant dans les nouveaux quartiers que les architectes d’ici ont détruit la rue telle que nous la concevons en Europe au profit d’artères dédiées à la circulation automobile, bordées de maisons, petits immeubles, supermarchés, stations-services: posés de part et d’autre comme des ornements. Seuls les Noirs, qui possèdent rarement un véhicule individuel,vont à pied. Ils tracent dans l’herbe des champs des raccourcis en diagonale. Ils paraissent s’accommoder de l’environnement comme si les immeubles avaient juste remplacé les arbres et les voitures les animaux.

Lse privilèges du voyageur

Dawin Mekel « District Six », années 2000-2004. Quartier à proximité du centre de Cape Town d’où Noirs et métis étaient chassés entre 1968 et 1980. Sourcing image: Dawin Meckel & Ole Keune “Straight Talk, voices from the new South Africa”, Struik publishers (2004). Bibliothèque Vert et Plume, nov.2004

Cape Town / Le Cap. Il fait très beau, une température idéale pour courir sur le bord de mer.

En arrivant dans ma chambre d’hôtel, j’ouvre les fenêtres qui donnent sur le port de plaisance et je téléphone à Charlotte. Je lui décris tout ce que je vois, le ciel bleu, Table Mountain, des jeunes qui font une course d’aviron, les voiliers.
« Tu vis dans un autre monde que moi », dit-elle.
Je suis embarrassé. Je me sens coupable d’être aussi gai, heureux, alors que je suis sans elle.
Des instants de bonheur volés au temps qui passe.
Voyager demeure un privilège. Charlotte a raison de me le rappeler.

Cape Town « Victoria & Alfred Waterfront », vers 2003. Sourcing image: Swiss Magazine n°34, été 2003 (Archives Vert et Plume)

Le Waterfront. Face à la vraie mer, celui-là, à l’Océan Atlantique. Centre d’attraction à l’intention des touristes, priés de s’amuser et de dépenser leur argent. D’où viennent-ils ? Où vivent-ils en temps ordinaire ? Il y a vraiment deux vies, celle de l’homme au travail et celle de l’homme qui s’amuse. Je réfléchis à une 3è espèce, celle à laquelle j’appartiens, des hommes qui s’amusent en travaillant.

Port Elizabeth, première ville de province que je visite.
Ancienne capitale de la sidérurgie frappée par la nouvelle donne économique. Je remarque que beaucoup de filles ressemblent à des lapins, avec leurs dents en avant faute d’avoir porté un appareil dentaire quand elles étaient gamines. La sécurité sociale à la française a du bon.

Kerry James Marshall « Black romantic », vers 2001. Sourcing image: internet.

Au restaurant du bord de mer, les serveuses sont des étudiantes. Celle qui nous sert me fait penser à une fille de la campagne. La douceur de son visage.

Les garçons qui rentrent de l’école portent des shorts très petits qui laissent voir leurs jambes comme les filles en robes courtes. Quand ils se penchent pour ramasser un objet tombé par terre, on aperçoit leur pli fessier. L’innocence de l’enfance qu’on croyait disparue.

Le bord de mer, la plage, le merveilleux ciel bleu. L’océan dont les vagues en mourant sifflent sur le sable blond.

Mon portable couine parce qu’il a soif d’électricité. Ses batteries sont à plat. Je le laisse couiner, histoire de lui faire sentir que je suis le maître du jeu.

Ure idée trotte encore dans ma tête

William Kentridge « Thinking Aloud / Small Thoughts – Falcon and Dove », 2004. Pointe sèche. Sourcing image: “Art South Africa” magazine, printemps 2005. Collection Vert et Plume

Je réfléchis qu’il n’existe pas en Afrique de vérité au sens où nous l’entendons en Europe. La vérité est une réalité qui se fabrique ou se négocie entre les intéressés de sorte que l’incertitude et l’instabilité demeurent éternellement.   Ni les superstitions ni les croyances religieuses n’ont cédé leur place aux sciences qui ont fourni au reste du monde des opportunités de transformation des sociétés. Encouragée par le délabrement du système éducatif, l’Afrique entretient des mentalités archaïques au point qu’un crime peut encore y être interprété comme une manifestation du démon et le coupable être désigné arbitrairement à la vindicte populaire.

Là moins qu’ailleurs il fait bon se trouver sur le chemin d’une foule en colère.

A propos de Marlène Dumas / « Measuring your own grave »

“Quand j’étais petite je voulais un gros ange sur ma tombe avec des iles comme dans une peinture du Caravage. Plus tard j’ai trouvé ça trop pompeux. Une croix plutôt ou un arbres. Ou mettre mes cendres dans pot de confiture, je serais plus mobile. » (Source : catalogue de l’exposition au Musée d’Art Contemporain de Los Angeles – 2009. Bibliothèque Vert et Plume)

L’artiste parle de la toile qui est semblable à une tombe pour le personnage peint, qui essaie parfois de s’en extraire. Ecouter l’artiste sur la vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=9oJGwiEoj84

Lindsay Anderson & David Sherwin “If…”, 1969. Film en noir et blanc, durée 111 minutes. Sourcing image : « L’Avant-Scène du Cinéma », nov.1971 (bibliothèque Vert et Plume)

Rien de nouveau sous le soleil ?

Voyage en Afrique du sud / Novembre 1995

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