Sortez-le!

Les Européens avaient constitué de véritables empires coloniaux

Gregory Forstner, « A diver on Mars » (2008)

Gregory Forstner, « A diver on Mars » (2008)

L’idée de cet article a germé à l’automne 2008 en sortant du spectacle présenté à l’Espace 300 de Bonlieu : « Madagascar, 1947 ». Nous étions un petit groupe d’amis. J’étais le seul à pouvoir décrire la répression des mouvements indépendantistes au lendemain de la seconde guerre mondiale dans ce qui était alors « l’Empire colonial français ». Je regrettais haut et fort que la France n’ait jamais organisé de débats publics sur son comportement dans les colonies comme l’avait fait l’Afrique du sud après 1994 lorsqu’il fallut tourner la page de l’apartheid. Dans notre pays, les pages de l’histoire coloniale (surtout du côté de l’armée) ont été tournées sur ordre et classées Secret Défense. Un demi-siècle plus tard, aucun Président n’a eu le courage de les rouvrir.

Dans une conférence à la Sorbonne en mars 1882 Ernest Renan, cité par André Fontaine dans une récente tribune du Monde à propos de l’identité nationale expliquait que l’existence d’une nation supposait que les individus avaient beaucoup de choses en commun mais aussi « qu’ils aient oublié bien des choses. »
Je ne pense pas que l’oubli soit possible quand les descendants des colonisateurs le décident dans leur coin à l’insu des descendants des colonisés.

L’exemple de l’Afrique du sud mériterait d’être suivi par la France avant que tous les témoins de l’aventure coloniale qui s’est éteinte avec la fin de la guerre d’Algérie en 1962 ne soient morts.

Portrait de l’artiste

« J’ai toujours l’impression à la fois bizarre et rassurante que mes tableaux bougent pendant la nuit. Preuve pour moi qu’ils sont bien vivants. Je me méfie des tableaux qui ne bougent pas. » Lettre de Gregory Forstner in « The Ship of Fools » (2009)

« J’ai toujours l’impression à la fois bizarre et rassurante que mes tableaux bougent pendant la nuit. Preuve pour moi qu’ils sont bien vivants. Je me méfie des tableaux qui ne bougent pas. » Lettre de Gregory Forstner in « The Ship of Fools » (2009)

Artiste déjà cité dans : Les temples de l’art sont-ils réservés à une élite ?

C’est du passé !

Gregory Forstner, « Commander in Chief » (2008)

Gregory Forstner, « Commander in Chief » (2008)

Au cours de l’année 1884, le Prince-Chancelier allemand Bismarck, qui avait toujours écarté l’idée de créer un empire colonial allemand, se résolut à mener une politique contraire qui visait plusieurs objectifs : créer une rivalité avec l’Angleterre pour affaiblir ceux qui en Allemagne défendaient ses idées, satisfaire l’impérialisme colonial grandissant de l’opinion dans la perspective des élections qui approchaient, et défendre les intérêts économiques des compagnies allemandes déjà installées en Afrique. Ainsi au second semestre 1884 le drapeau allemand flotta du jour au lendemain sur le Togo, le Cameroun et la côte sud-ouest de l’Afrique entre la Province d’Orange et l’Angola.

Vous voulez rire !

Gregory Forstner « Pour Richard » (2003). Portrait riant réalisé d’après un autoportrait de l’artiste autrichien Richard Gerstl qui l’avait peint quelques jours avant son suicide pour Mme Schöneberg dont il était devenu l’amant.  Richard Gerstl (1883-1908) avait refusé d’être exposé de son vivant et ne fut connu qu’à partir de 1931. Gregory Forstner, qui n’est pas loin lui non plus de songer que la vie est une farce, lui a dédié plusieurs portraits.

Gregory Forstner « Pour Richard » (2003). Portrait riant réalisé d’après un autoportrait de l’artiste autrichien Richard Gerstl qui l’avait peint quelques jours avant son suicide pour Mme Schöneberg dont il était devenu l’amant. Richard Gerstl (1883-1908) avait refusé d’être exposé de son vivant et ne fut connu qu’à partir de 1931. Gregory Forstner, qui n’est pas loin lui non plus de songer que la vie est une farce, lui a dédié plusieurs portraits.

Lettre de Gregory Forstner :  « Rapidement, j’ai eu une fascination pour des artistes de la « Mitteleuropa », très probablement due à une volonté inconsciente de comprendre de quoi j’étais fait. » (The Ship of Fools – 2009)

La trompe d’éléphant rôtie

Curt von Morgen (1858-1928) : « A travers le Cameroun, de 1887 à 1891 » (Publications de La Sorbonne, oct.1982). Ext.(p.198) : « … la viande de l’animal tué fournit un grand festin à mes gens, et nous non plus les Européens n’avons pas dédaigné de prendre pour nous de la trompe rôtie. Son goût ressemble beaucoup à de la viande fumée de Hambourg … plus jamais je n’ai dédaigné la viande d’éléphant. »

Curt von Morgen : « A travers le Cameroun, de 1887 à 1891 » (Publications de La Sorbonne, oct.1982). Ext.(p.198) : « … la viande de l’animal tué fournit un grand festin à mes gens, et nous non plus les Européens n’avons pas dédaigné de prendre pour nous de la trompe rôtie. Son goût ressemble beaucoup à de la viande fumée de Hambourg … plus jamais je n’ai dédaigné la viande d’éléphant. »

Curt von Morgen jeune, en uniforme d'officier prussien

Curt von Morgen jeune, en uniforme d'officier prussien

Cet officier  (1858-1928) est le prototype de l’homme du 19è siècle, élevé dans la stricte discipline d’une école militaire allemande, marié à la fille d’un riche industriel berlinois, soucieux des intérêts économiques de son pays, promu après des années de service en Allemagne, en Afrique et en Turquie aide de camp du Kaiser, prêt en même temps à lutter contre l’esclavage, prenant des soldats africains à son service, observant les coutumes locales avec passion, apprenant les dialectes des différents groupes qui peuplaient le Cameroun. Son appartenance à la caste des officiers, redevable devant l’empereur seulement, dût plaire aux Africains de cette partie du continent, volontiers arrogants et dominateurs quand ils appartiennent aux cercles du pouvoir économique et politique. Curt von Morgen dont le frère aîné était mort accidentellement au Gabon, se sentit à son aise en Afrique, propulsé par hasard dès son arrivée au Cameroun à un poste de commandant en chef de l’expédition chargée de reconnaître l’intérieur du pays. Le livre qu’il écrivit pour raconter son aventure, ainsi que ceux des autres voyageurs européens de cette époque sont paradoxalement les seuls qui nous permettent de connaître la vie économique et politique des Africains avant qu’elle ne soit transformée par la colonisation durant  la première moitié du 20è siècle.

La mémoire

Salvador Dali « Le cabinet anthropomorphique » (détail), 1936 Lettre de Gregory Forstner : « Notre cerveau est fait de cette manière : associations d’idées et d’impressions, refoulements, mémoire à tiroirs où les conditionnements (…) sont construits à notre insu. » (Avril 2009 in « The Ship of Fools »)

Salvador Dali « Le cabinet anthropomorphique » (détail), 1936 Lettre de Gregory Forstner : « Notre cerveau est fait de cette manière : associations d’idées et d’impressions, refoulements, mémoire à tiroirs où les conditionnements (…) sont construits à notre insu. » (Avril 2009 in « The Ship of Fools »)

Rien que je déteste autant que l’expression « le devoir de mémoire ». Seule la connaissance peut être considérée comme un devoir. Celle de l’histoire, en particulier de l’Afrique, n’est pas correctement diffusée en France qui fut pourtant avec l’Angleterre et le Portugal l’une des principales puissances coloniales.

François Sagan écrivait au début d’une lettre  adressée en 1998 au journal Libération : « La mémoire est aussi menteuse que l’imagination, et bien plus dangereuse avec ses petits airs studieux. » (citée dans Lesture de Leiris)

La représentation. On n’a rien fait.

Les combats menés par Kurt von Morgen contre les Malimba visait à supprimer le privilège commercial qui les faisait vivre. Ils prélevaient des marges exorbitantes sur tous les produits qui venaient de l’intérieur à l’intention des factoreries (comme on appelait alors les établissements de commerce européens) installées sur leur territoire. Les contrevenants étaient arrêtés et souvent exécutés. Preuve que les guerres commerciales ne datent pas d’hier. Mais les méthodes utilisées par le nouvel occupant donnaient lieu à des scènes peu glorieuses de massacres et de pillages.

Attaque des villages Malimba insurgés

Les combats menés par Kurt von Morgen au Cameroun contre les Malimba visaient à supprimer le privilège commercial qui les faisait vivre. Les Malimba prélevaient des marges exorbitantes sur tous les produits en provenance de l’intérieur à l’intention des factoreries (comme on appelait alors les établissements de commerce européens) installées sur leur territoire. Les contrebandiers étaient faits prisonniers et souvent exécutés. Preuve que les guerres commerciales ne datent pas d’hier. Les méthodes utilisées par le nouvel occupant donnaient parfois lieu à des scènes peu glorieuses de massacres et de pillages.

Tribu Malimba sur la côte atlantique du Cameroun (source : site peuplesawa.com)

Tribu Malimba sur la côte atlantique du Cameroun (source : site peuplesawa.com)

Bonlieu scène nationale à Annecy a programmé en 2008 et 2009 des pièces et textes de deux écrivains africains, l’un malgache et l’autre congolais :
Jean-Luc Raharimanana avec « Madagascar 1947 » et cette année « Les Cauchemars du Geko ».
Dieudonné Niangouna avec « Attitude Clando » et cette année « Les inepties volantes » à propos de la guerre civile au Congo Brazza durant les années 90. Ses textes sont édités par Carnets-Livres. De beaux livres à lire à haute voix en ouvrant la fenêtre pour être entendu des passants / http//carnets-livres.over-blog.net

La démobilisation

Gregory Forstner,  «Tea for two. Le retour à la maison » (2007)

Gregory Forstner, «Tea for two. Le retour à la maison » (2007)

– Alors l’Algérie c’était comment ?
– Algérie, nein ! Nicht Allemagne. France !

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