Soif d’aventures

Il se sentait à l’étroit dans la vie de tous les jours

Pierre Joubert, illustration pour "La Tache de vin" (1947. Bibliothèque Vert et Plume

Quand il lisait, son chat se glissait sous les draps pour dormir. Il ronronnait si fort qu’il se faisait repérer et chasser quand son père venait lui demander d’éteindre.

Aussi loin qu’il réussissait à remonter dans sa propre enfance, il se voyait en train de lire. Dans la chambre qu’il partageait avec ses frères, son lit était surmonté d’une double étagère fermée sur les côtés où il rangeait les livres qu’on lui offrait. Tout le monde dans la famille savait que rien ne lui faisait plus plaisir. Il avait quelques exemplaires de la Bibliothèque Rose qui avaient appartenu à sa mère, d’autres de la Bibliothèque Verte qu’avait lus son frère aîné. Les siens étaient publiés par la Bibliothèque Rouge et Or et renfermaient pour la première fois des illustrations en couleurs. Elles n’étaient pas toujours bien dessinées, mais rendaient les livres encore plus attrayants.

C’était des histoires de garçons ou de jeunes hommes vivant dans de grands espaces. Ils descendaient des rivières en canoë, rencontraient des tribus de guerriers entièrement nus, avaient la peau brulée par le soleil, étaient confrontés à des dangers qu’ils parvenaient toujours à surmonter.

Les livres satisfaisaient son besoin d’évasion

EXTRAIT. « Van Horn reconut Nau-hau, le plus grand chef de Langa-Langa. (…) Nau-hau avait belle apparence. Il était même beau. (…) Il était entièrement nu; il n’en éprouvait aucune gêne. Pour tout vêtement, il portait autour de la taille une courroie dans laquelle était glissé, lame découverte, un coutelas de dix pouces.Une assiette à soupe en porcelaine blanche, pendue à son cou par une cordeltte en fibre de cocotier, que l’on avait passée dans un trou percé à cet effet, couvrait en partie sa poitrine, et constituait sa seule parure. »

Jack London « Jerry of the Islands »,  Ếtats-Unis (1915) – Hachette, 1962.

Illustrations de H.Dimpre & Howard L. Hastings. Bibliothèque Vert et Plume

L’appel de la nature.

L’action ne se situait jamais en France. Amérique du nord, l’Afrique et l’Océanie étaient les terres d’élection de leurs auteurs. Ce qui lui convenait parfaitement. Aurait-il pu imaginer une seule aventure dans son pays, la France, où tout lui paraissait si conventionnel, écrit à l’avance.

Ce fut la première leçon qu’il retint de ses lectures. S’il voulait être un homme libre, il devrait partir, quitter le Vieux Monde pour aller vers un Monde Nouveau où les habitants ne parlaient pas seulement le français mais beaucoup d’autres langues qu’il apprendrait avec eux.

EXTRAIT. « It was mid-summer in north-west Canada, and the eastern slopes of the mountains , where the Nelson River shot from the canyon rapids ina seething roaring fload, were thick with blue berries. Tall pines sent long gool shadows swinging out over the river. ..

LeRoy W. Snell « The Carcajou, the mystery of the Northwest », éditions Cupples & Leon Cy – New-york (1931).

Il aimait lire la nuit, quand on entendait des bruits mystérieux

Illustrations de P. Durand & Raoul Auger. Bibliothèque Vert et Plume

Faire le fou en plein soleil.

EXTRAIT.  « Non, monsieur, vous n’irez pas à Tadjourah ! » – « Cependant, monsieur le Gouverneur, tous les commerçants arabes peuvent… » – « Je ne veux pas discuter, entendez-vous. Vous n’êtes pas arabe, vous êtes Français. Il y a à peine six mois que vous êtes à Djibouti, et vous ne voulez en faire qu’à votre tête. Les conseils de vos aînés devraient vus servir au moins à quelque chose, croyez-moi. Mais non, vous ne voulez écouter personne. C’est très gentil de faire le fou, en plein soleil, sans casque, et de fréquenter les cafés somalis. Vous n’avez pas honte de vous faire donner un nom indigène par les coolies de la plus basse condition ? »

Henry de Monfreid « Les secrets de la mer Rouge », Grasset (1932)

EXTRAIT.  » Il fallut tout un jour pour descendre la Volta, après avoir traversé le plateau boisé où nous avions trouvé les cendres du feu de Kling. L’homme s’était enfoncé dans la brousse.
« Il marche avec le soleil derrière, dit Yago qui avait repéré les traces du chasseur.Et il boite. »

René Guillot « Traqué dans la brousse », éditions G.P. Paris (1960).

Il avait en tête de marcher sur les traces de ses héros

Jack London « Croc-Blanc », illustrations de Henri Dimpre (1954). Bibliothèque Vert et Plume

Un dieu à la peau blanche.

EXTRAIT.  « Comme Scott s’approchait de lui, [Croc-Blanc] fit entendre un grondement qui signifiait qu’il ne voulait pas se soumettre au châtiment mérité. Cat cette idée ne l’avait pas abandonné depuis la veille. Déjà dans le passé, il avait subi des châtiments retardés. Or, il avait collis un sacrilège qualifié en enfonçant ses dents dans la chair sacrée d’un dieu, d’un dieu à peau blanche, supérieur aux autres.Il était dans l’ordre des choses et dans la coutume des dieux que cet acte fût terriblement payé. »

Jack London « Croc-Blanc », (titre original « White Fang », 1906) – Hachette, 1954

Les héros de ses livres d’aventure étaient très différents de ceux qui peuplent aujourd’hui l’imagination des garçons. Ils n’étaient pas dotés de pouvoirs surnaturels, ne venaient pas rétablir la paix entre des planètes ennemies. En dépit de leur courage et des exploits qu’ils accomplissaient, ils étaient des hommes ordinaires dont la véritable originalité était leur curiosité doublée d’une envie perpétuelle d’entreprendre.

Ils avaient à coup sûr contribué à son ouverture au monde, et lui avait permis de patienter en attendant qu’il eût à son tour l’âge de voyager.

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