Sexe, conflits et globalisation

Une esthétique du refus

PREMIER FILM. « Visionary Irak », un court-métrage à petit budget, réalisé en studio par Gabriel Abrantes et Benjamin Crotty qui ont aussi pris en charge l’interprétation de tous les personnages. Images et atmosphère du film obéissent à l’esthétique « Camp ».
En savoir plus sur ce style d’expression – « Du rire, des plumes et des larmes » -,  aller sur ARTE  http://www.arte.tv/fr/2349810,CmC=2350624.html

Gabriel Abrantes & Benjamin Crotty « Visionary Irak », vers 2009. Court-métrage en couleurs. Langue anglaise (E.Unis), version sous-titrée. Sourcing image : exposition DYNASTY, côté Palais de Tokyo (été 2010). Photos Vert et Plume prises durant la 1ère partie du film, montage aléatoire

Dans la capitale irakienne en guerre, le frère et la sœur se retrouvent : « Est-ce que ça va ? » /  « C’est si bon de te voir » / « Notre unité est en déplacement depuis si longtemps » / « Aujourd’hui n’est que pour nous. » / « Prenons une photo de nous deux pour maman. » -.
(Extraits des dialogues de la seconde moitié du film.)

STORY-BOARD. Un jeune Portugais et sa soeur adoptive d’origine angolaise décident de se joindre à l’opération FREEDOM/Liberté en Irak. Ils organisent dans leur Galerie de Lisbonne une soirée d’adieu au cours de laquelle leur mère devine qu’ils ont une relation amoureuse tenue secrète. Elle ne dit rien à son mari qui fait des affaires importantes avec l’e nouvel Etat irakien. Le jeune homme s’est engagé dans une unité de combat . Il retrouve sa sœur à Bagdad quand ils sont pris sous les feux d’une frappe aérienne. A côté d’eux un ennemi irakien est touché que le jeune homme refuse de secourir quand sa sœur au contraire se précipite vers lui. Elle tourne vers son frère d’adoption-ami-amant un regard pathétique chargé d’incompréhension.

AUTRES EXTRAITS DES DIALOGUES.  Cindia à sa mère : « Maman, pourquoi n’essaies-tu pas de me prendre au sérieux ? Je ne suis plus la petite orpheline angolaise… » / Plus tard, en Irak, parlant à son frère : « Maman m’a envoyé une lettre. Au sujet de papa. » / « Que veux-tu dire ? » / « Son rôle ne se limite pas aux infrastructures. » / « Tu veux dire qu’il profite de nos souffrances… » / « Ils ne pensent pas d’abord à leurs enfants, ni aux Irakiens. Même ici, tout le monde se fout du peuple irakien. » / « Oublions ça pour le moment. » -.

LES ARTISTES PARLENT DE LEUR TRAVAIL ; Dans l’interview accordée en mars 2010 à Anaël Pigeat pour le catalogue de l’exposition DYNASTY (côté MAM, été 2010), Gabriel Abrantes déclarait : « Nous essayons d’observer les relations entre les pôles public et privé et de les déconstruire afin de créer les bases d’une fiction narrative. Chacun aujourd’hui participe individuellement et collectivement aux conflits politiques. » Il parle de vision du monde, d’impératifs moraux et de leurs conséquences et dit : « C’est une manière de mettre sur le même plan l’homme avec ses conflits privés et les conflits publics d’une masse dont il fait partie. »

« VISIONARY ». Mot américain signifiant que [cet Irak, en l’occurrence] n’existe que dans l’imagination d’une personne, poète mais aussi prophète ou simplement comme les autres. 3 manières différentes de qualifier l’artiste.

L’histoire entre sexe, tendresse, amour et trahison

Dans la même interview que celle citée au dessus, G. Abrantes déclarait encore : « Il existe pour nous [lui et Benjamin Crotty avec qui il a travaillé sur d’autres films] une relation directe entre la vision de la sexualité, ou encore du conflit privé, et son implication dans les questions politiques, les dynamiques de groupe et les conflits publics. »

G. Abrantes & B. Crotty « Visionary Irak », image extraite du film (vers 2009). Ingres « Une odalisque », dite « La Grande Odalisque », 1814. Sourcing images : Abrantes, voir au-dessus. L’odalisque, catalogue de l’exposition « Ingres et les modernes », musée Ingres de Montauban, 2009. Bibliothèque Vert et Plume

Le jeune homme demande à sa sœur : « Tu veux dire que le rôle de papa ne se limite pas aux infrastructures, qu’il tire aussi profit de notre souffrance ? » / Elle : « La démocratie est juste un tas de mensonges, ici en tous les cas. » / Lui : « Chérie… »
(Extraits des dialogues de la seconde moitié du film.)

De toute évidence, les nouvelles générations (nées après 1975, artistes compris) vivent sous l’influence des séries TV qui ont accompagné leur adolescence. Cette télévision est leur fenêtre ouverte sur le monde. Ils peuvent désormais suivre l’actualité comme s’ils étaient sur le terrain. Naturellement ils n’en perçoivent que les reflets et l’écho, tout ce qui brille et fait du bruit, à commencer par la guerre. Prompts à s’enflammer pour une cause, ils s’engagent sans vraiment quitter leur chambre. Le film reflète bien le petit théâtre qu’est devenue l’actualité avec ses metteurs en scène que sont les journalistes (ici les artistes). Le rideau se lève et se referme au gré des coups médiatiques, des explosions, des attentats, des viols ou des enlèvements.  NEWS OF THE WORLD. BREAKING NEWS. LATEST NEWS. LE JOURNAL. L’ACTU. Mais qui sont les producteurs et leurs actionnaires ?

Contre l’hypocrisie de la culture dominante

La servante d’Olympia porte un masque noir sur le visage pour dissimuler la blancheur de sa peau, l’assombrir. En même temps que ce masque en tissu peut être un objet de fantasme, il traduit l’ambivalence du personnage féminin (comment une femme blanche pourrait-elle être une servante ? Dans la littérature, la peinture ou le cinéma occidentaux, ce rôle est habituellement dévolu à la femme noire. La couleur de la peau a-t-elle autant d’importance qu’elle suffise à exprimer l’identité de la personne ?. A ces interrogations fait écho l’ambiguïté du personnage masculin : un homme aussi efféminé peut-il encore être regardé comme un homme ? Ne faut-il pas au contraire se moquer de lui, le rejeter ou le rouer de coups ? Comment peut-on être aussi différent ?

Gabriel Abrantes « Olympia », vers 2008-2009. Court-métrage en couleurs. Langue anglaise (E.Unis). - E0douard Manet « Olympia », 1863. Sourcing images : catalogue de la vente d’art contemporain Part 1 - p.96 chez Sotheby’s à New-York, nov. 1998. Bibliothèque Vert et Plume / téléchargement internet pour G. Abrantes

Lui : « Pourquoi personne n’appelle ? » / Elle : « Il n’est pas trop tard, nous allons avoir de nouveaux clients… » / Lui : « Tu es si gentille avec moi, mon petit gâteau chocolat-fraise », susurre-t-il d’une voix douce, lente, presque inaudible.
(Extraits des dialogues de la seconde moitié du film.)

Le temps n’est-il pas venu pour nos hommes politiques d’en finir avec les faux-semblants et de s’interroger  sur les nouveaux facteurs qui fondent la différenciation entre les citoyens habitant dans un même pays, les peuples d’une même région du monde ? Sur quoi s’appuient-ils, s’ils sont français, pour prétendre qu’une personne doit rentrer chez elle plutôt que de rester en France ? Qu’une autre n’est pas encore tout à fait française ? Sur quelle morale pour ne pas s’indigner des discriminations fondées sur les pratiques sexuelles ? Sur quelle histoire de la France post-1940 pour continuer d’en occulter les vérités les plus sombres qui pèsent encore sur nos relations avec l’Afrique et le Maghreb ? Sur quelle morale encore pour maintenir autant de jeunes au chômage et continuer de considérer le libéralisme économique comme le seul moteur de la croissance ? Et, questionnement suprême de l’art à l’intelligence :combien de temps encore la peur de l’avenir, la peur des autres, le manque d’imagination et l’égoïsme  se maintiendront-ils au pouvoir ?

Flash infos artistes

Gabriel Abrantes. Né en 1984. Etudes aux E.Unis et en France. Installé à Lisbonne.
Lire et cliquer sur le lien vidéo du Flash Artiste : Un autre monde
Filmographie partielle : “Olympia” / “Obama for President” / “GUGG N’ TATE” / “Arabic Male” -. En collaboration avec Benjamin Crotty: “Visionary Irak” / “Little people of Flores II” / “Liberdade”.
Benjamin Crotty. Né en 1979. Etudes aux E.Unis et en France. Installé à Paris. Travaille également en Finlande.
J.A.D. Ingres. Né à Montauban. 1780-1867.
Edouard Manet. 1832-1883. « Le déjeuner sur l’herbe » (1862-63), « Olympia » (1863), « Exécution de Maximilien » (1867-68.  A propos de « L’Olympia » :
Lire le commentaire du Musée d’Orsay :  http://www.musee-orsay.fr/index.php?id=851&tx_commentaire_pi1[showUid]=7087&no_cache=1

Extraits des dialogues de 2 autres films de G. Abrantes. GUGG N’ TATE (= Guggenheim Museum et Tate Gallery) . – Le tél. portable de Jalle sonne : « Allo, maman… » / (A son ami) « C’est ma mère » / « Oui je crois qu’il a eu ton message. » (Jalle parle de son frère) / « « Il est à l’autre bout de la Tate. » – Le portable de l’ami sonne à son tour): « Non, c’est chiant à mourir. La mère de Jalle et Diros n’arrête pas de les appeler… » / « C’est drôlement chiant. Tout le monde est habillé pareil. Aucun petit cul à l’horizon. » / « Oui, c’est vraiment du blah. Blah-blé…On dirait de l’hébreu. » . – ARABIC MALE :  Elle : « J’ai envie de faire pipi dans ma culotte comme durant les concerts des Beatles… T’es sûr que je suis bien ? J’ai vraiment pas envie qu’ils croient que j’ai pas de style. » – Lui : « T’hallucines, t’assures grave. » –  « Mon Dieu, arrête ça, tu es super belle. »

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