Se servir de la vie

J’ai entendu Fabrice Luchini expliquer à la radio qu’il lit Rimbaud sur scène pour, soyons larges, trente mille personnes en France qui peuvent être intéressées par sa performance. Trente mille sur un total de soixante cinq millions d’habitants. 
Rien d’étonnant. Chaque chose n’existe qu’à travers le regard de celui ou de celle qui la font vivre dans leur esprit. Aux yeux des autres elle est invisible. La réalité de leur existence est tout autre. Le Bateau Ivre est peut-être l’enseigne d’un bar. Leurs centres d’intérêt divergent au point qu’ils ne pourront se retrouver avec les premiers que sur des sujets ordinaires : le chômage, le jardinage, la nourriture, le sport et le temps qu’il fait. 
Justement, le soleil brille. Je me suis assis dans le jardin.

La maison au fond du jardin

 
« Le Bosquet », Le Cannet (1927). Pierre Bonnard devant la maison en compagnie de Arthur et Hedy Hahnloser. Sourding image : catalogue de l’exposition « Bonnard » à la Fondation Beyeler (Bâle, 2012). Bibliothèque The Plumebook Café 03/12

« Le Bosquet », Le Cannet (1927). Pierre Bonnard devant la maison en compagnie de Arthur et Hedy Hahnloser. Sourding image : catalogue de l’exposition « Bonnard » à la Fondation Beyeler (Bâle, 2012). Bibliothèque The Plumebook Café 03/12

J’ai envie de jouer du contraste entre le noir et blanc de la maison vue de l’extérieur et  la couleur de la vie intérieure en solitaire : la rêverie, l’écriture, la lecture et les arts en général,
La maison au fond du jardin traduit une volonté d’indépendance.. La vie comme je l’entends. C’est aussi un endroit propice à la lecture. Pas de risque d’être dérangé. La sonnette ne marche plus. Il y a des vipères dans le jardin.
Mon livre écrit par Madeline Miller relate  la brièveté et l’intensité de la jeunesse. En l’occurrence celle des deux héros de légende que sont Achille et Patrocle. Le titre : The Song of Achilles. C’est en anglais américain. Un peu bizarre dans la bouche d’anciens Grecs.
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 L’éternité devant soi

« Achille », affiche pour l’opéra italien de Fabrizio Corselli (mai 2008). Sourcing image : blog de Manuele Giordano « La poesia e lo spirito »

« Achille », affiche pour l’opéra du même nom créé en Italie par Fabrizio Corselli (mai 2008). Sourcing image : blog de Manuele Giordano « La poesia e lo spirito »

 
Sur la plage d’Aulis où la flotte grecque est stationnée en attendant que le vent se lève, Ulysse s’adresse à Patrocle au sujet d’Achille. Les deux garçons qui n’ont que dix-sept ans sont devenus des compagnons inséparables:
Ulysse :« Tu peux te servir de ton épée comme d’une canne pour marcher, tu ne changeras pas sa vraie nature pour autant. Achille est un tueur. Il était temps qu’il en prenne conscience. Tu le savais aussi. »
Patrocle : « Tu te trompes ! »
Ulysse se tait. Regarde Patrocle qui lui tourne le dos et s’éloigne en silence.
 

Chalet-jardin en kit pour la ville

 
« Maison mobile simple, démontable en bois », d’après le système de la maison Seiler (Paris, années 18710 – fonds Maciet). Sourcing image : Site de Revue d’Histoire du 19e siècle, article de Michel Vernes sur « Le chalet infidèle » (juillet 2006)
« Maison mobile simple, démontable en bois », d’après le système de la maison Seiler (Paris, années 18710 – fonds Maciet). Sourcing image : Site de Revue d’Histoire du 19e siècle, article de Michel Vernes sur « Le chalet infidèle » (juillet 2006)
 
Depuis le cours du 18e siècle l’État pousse à restreindre la participation des individus à la gestion des affaires de leur communauté. Le meilleur moyen est de reprendre à son compte les idées développées par les citoyens et de les faire siennes. Leur promettant en échange de leur soumission le temps libre, le confort et la santé. Pour ce faire tout est miniaturisé et fabriqué en masse : la petite maison empilée sur les autres qui donne l’impression d’être chez soi dans un grand ensemble, le petit studio à la montagne, la petite auto qui se faufile partout, le petit ordinateur qui téléphone à glisser dans la poche, le petit jardin pour les enfants, la petite crèche, le petit supermarché, les petits fromages blancs. 
 

C’est le quotidien qui passe, coule

 
Jacques Louis David « Patrocle », peinture académique sur toile (1780). Sourcing image : le tableau est accroché au musée Thomas Henry à Cherbourg-Octeville (ressource en ligne)

Jacques Louis David « Patrocle », peinture académique sur toile (1780). Sourcing image : ce tableau est au musée Thomas Henry à Cherbourg-Octeville (ressource en ligne)

Patrocle se souvient des moments heureux passés en compagnie d’Achille. Une nuit sur un autre bateau. Allongé à côté de lui, Achille l’avait regardé avec insistance. Un sourire malicieux sur les lèvres : « Je ne crois pas, s’était-il interrogé en posant sa main sur la tête de Patrocle,  t’avoir déjà dit combien j’aimais ces cheveux qui rebiquent derrière ton oreille ».. – « Non ».
« J’aurais dû ». Sa main avait glissé sous la gorge de Patrocle : « Est-ce que je t’ai déjà parlé de ce creux en V qui est là ? »  – « Non  plus».
« Je me suis déjà attardé ici » avait-il poursuivi en caressant la poitrine de Patrocle. – « Oui tu l’as déjà fait ».
Achille avait continué son jeu amoureux jusqu’à ce que sa main se posât sur le ventre de Patrocle : « Je sais que je t’ai déjà parlé de cet endroit ».
Patrocle avait fermé les yeux en en priant Achille de lui en parler encore. 

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