Riche et joyeux

Mise à jour : 30 sept. 2011

Il avait pris l’avion pour Miami

Gregory Forstner « L’hôtesse de l’air 14 » (2007). Sourcing image « The ship of foods » publié par le musée de Grenoble (2009). Bibliothèque Vert et Plume

Gregory Forstner « L’hôtesse de l’air 14 » (2007). Sourcing image « The ship of foods » publié par le musée de Grenoble (2009). Bibliothèque Vert et Plume

« Madame, monsieur, nous traversons actuellement une zone de turbulences. Nous vous prions de regagner votre siège et d’attacher votre ceinture. » – « Ladies and gentlemen, we are going through a turbulence area… »

L’accent des hôtesses d’Air France l’avait toujours fait sourire, après trente ans de service on avait l’impression qu’elles parlaient anglais pour la première fois de leur vie. Comme si le monde n’était peuplé que de francophones. A l’instar de la majorité des Français qui se moquent éperdument du reste de la planète. Même les pays européens ne trouvent pas grâce à leurs yeux. Que l’un d’entre eux s’avise de critiquer la France, 60 millions de citoyens fourbissent déjà leurs armes pour essuyer l’affront !
L’hôtesse qui continuait de servir le déjeuner lui demanda ce qu’il voulait boire avec son dessert. Que choisir sinon du Champagne à bord d’un avion ?
Ce jour-là il se rendait à Miami Beach en passant par New-York. Pour une fois il s’était décidé à visiter la fameuse Art|Basel|Miami|Beach, le rendez-vous obligé de tous les gens riches qui aiment l’art. Existait-il aussi une foire pour les pauvres qui aimaient l’art ? En tous cas il ne fallait pas manquer le rendez-vous de Miami. C’était en décembre quand il fait froid et sombre en Europe, la chaleur à Miami est tropicale, l’eau et le sable ont les couleurs des Caraïbes. Les collectionneurs viennent du monde entier, surtout des Américains, des Anglais, des Russes et des Sud-américains, bref les gens qui sur cette terre ont encore de l’argent à craquer. Pas beaucoup de Français dans ce cas ou bien ils voyagent incognito. Les Français sont comme les hôtesses, ils ne parlent pas assez bien l’anglais.

Il avait vu des garçons qui surfaient sur la crête des vagues

Norbert Bisky « Solo » (2010). Aquarelle 30x40 cm. Sourcing image : galerie Charlotte Moser, mai 2010 (photo Vert et Plume)

Norbert Bisky « Solo » (2010). Aquarelle 30x40 cm. Sourcing image : galerie Charlotte Moser, mai 2010 (photo Vert et Plume)

Après une séance de yoga au club de l’hôtel, il était allé nager dans les eaux couleur turquoise de l’océan. Un panneau mettait en garde les baigneurs contre la présence éventuelle de requins mais il avait du mal à le croire en apercevant une bande de jeunes gens qui surfaient entièrement nus sur la crête des vagues. Il avait d’abord songé à l’installation vivante d’un artiste qui cherchait à se faire connaître. En réalité tous ces garçons étaient les assistants dévoués des curateurs et des marchands d’art qui passaient la semaine à Miami Beach. Ils avaient l’habitude de se rencontrer presque chaque jour quand ils étaient à New-York et s’étaient donné rendez-vous sur cette plage de Miami pour faire les fous. L’un d’eux avait suggéré de se baigner nus et les gens qui les regardaient avaient cru à un évènement artistique. Des journalistes de grands magazines américains prenaient des photos. Il lui avait semblé reconnaître parmi eux Bruce Weber qui ce jour-là dessinait.
En retournant à l’hôtel (impossible malheureusement de rester longtemps sans clim sur la plage)  il avait repéré que plusieurs conférences étaient organisées entre des curateurs et des directeurs de musées, des collectionneurs et des artistes, sur des thèmes d’actualité de l’art contemporain. Il voulait assister à l’une d’elles mais avait du mal à choisir. Il trouvait marrant d’écouter tous ces gens parler de l’art en termes de marché, d’opportunités commerciales, de mode et un tas de choses comme ça, très éloignées des conversations d’intellectuels ou des questions que se posent d’ordinaire les visiteurs d’une exposition.

Il avait parlé d’art en termes de conjoncture et de profit

Daniel Buren « Pergola, work in  situ » (2006). Installation Art Basel Miami Beach. Sourcing image: “Le Monde” – Miami, ses plages et sa riche foire d’art (déc.2006). Archives Vert et Plume

Daniel Buren « Pergola, work in situ » (2006). Installation Art Basel Miami Beach. Sourcing image: “Le Monde” – Miami, ses plages et sa riche foire d’art (déc.2006). Archives Vert et Plume

Le lendemain matin au petit-déjeuner il avait retrouvé un couple d’amis new-yorkais qui logeaient aussi à l’hôtel. En buvant leur café, ils ont parlé de la réception organisée la veille par une galerie de Zurich. Le nombre de personnes célèbres qu’ils avaient rencontrées était impressionnant, lui-même ne les connaissait pas tous et devait leur demander pour certains noms de qui ils parlaient. Ils avaient répondu en riant qu’il devrait venir plus souvent à New-York. Il avait sorti sa liste des dîners auxquels il était invité pour cocher ceux qu’il ne devait pas manquer. Un marchand d’art parisien est passé à ce moment-là, il l’a interpellé, voulant l’introduire auprès de ses amis mais ils se connaissaient déjà. Du même coup il avait renoncé à les épater. Il était chez eux il n’avait qu’à écouter leurs conseils.

Il avait laissé rentrer l’amour qui frappait à sa porte

Comme toujours, il y avait plusieurs  manifestations autour de la foire proprement dite. Il avait rendu visite à des galeries qui se consacraient aux jeunes artistes émergents dont les noms n’étaient pas encore connus des grands collectionneurs. Il avait découvert des œuvres étonnantes à des prix abordables. Il avait acheté plusieurs toiles et de nombreuses sculptures qu’il comptait revendre quand leur cote aurait monté. Compte tenu de leur talent, il avait de grandes chances de réaliser un bénéfice substantiel.

Van dongen, huile sur toile (vers 1910-1920). Kees van Dongen (1877, Rotterdam-1968, Monaco). Sourcing image: archives Vert et Plume

Van dongen, huile sur toile (vers 1910-1920). Kees van Dongen (1877, Rotterdam-1968, Monaco). Sourcing image: archives Vert et Plume

Après le dîner où ses amis l’avaient emmené, il avait dansé jusqu’à une heure avancée de la nuit à la discothèque de l’hôtel. Quand il avait enfin regagné sa chambre il était lessivé. Mais à peine avait-il retiré sa veste et envoyé valser ses chaussures qu’ il avait entendu gratter à la porte. Il avait jeté son pantalon sur un fauteuil et était allé ouvrir en caleçon.
La fille était superbe. Elle non plus ne portait pas beaucoup de vêtements sur elle.

Juan Miró « Femme espagnole », 1972. Huile sur toile. Sourcing image : « Miró, les couleurs de la poésie », Musée Frieder Burda, été . Editions Hatje Cantz Verlag, Allemagne (bibliothèque Vert et Plume)

Joan Miró « Femme espagnole », 1972. Huile sur toile. Sourcing image : « Miró, les couleurs de la poésie », Musée Frieder Burda, été . Editions Hatje Cantz Verlag, Allemagne (bibliothèque Vert et Plume)

Elle était d’origine cubaine vraisemblablement, comme beaucoup de gens dans cette région des États-Unis qui a accueilli des milliers d’opposants au régime de Fidel Castro. Il l’a laissée entrer. Il faut dire qu’en plus de l’anglais il se débrouillait assez bien en espagnol.

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