Retour aux îles Kama et Sutra

De toute évidence, la culture underground qui s’était répandue chez les étudiants aux Etats-Unis et en Europe [dont la France] à la fin des années 60, n’a jamais eu droit de cité dans les pays d’Afrique du nord, d’Afrique Noire, du monde arabo-musulman, et pas davantage en Turquie ou en Russie. Autant de territoires où l’on ne badine pas avec la supériorité de l’homme sur la femme, où le corps ne s’est toujours pas réconcilié avec l’esprit, où l’homosexualité est châtié à coups de poignard, de fouet ou de matraque, où les dirigeants aiment à montrer leurs muscles. Lors de son voyage au Kenya et en Éthiopie, le président Obama a tenté de convaincre ses interlocuteurs de ne plus enlever de petites filles de 12 ans pour les marier de force, de permettre à chacun d’aimer la personne de son choix, de donner davantage de liberté aux initiatives des femmes, de mettre fin au népotisme des grands mâles dirigeants à vie. Pas sûr qu’il ait été entendu. Un Kenyan interrogé sur BBC.World au lendemain de son discours devant l’OUA déclarait qu’Obama méconnaissait les coutumes africaines quand le président était venu de Washington pour clamer qu’il y avait des coutumes condamnables ! Encore un macho qui ne savait pas se servir de sa tête. En France aussi nous avons les nôtres.
Afin de se garder du pessimisme endémique, partons pour les vacances vers ces îles oubliées depuis plus de 40 ans, les îles de Kama et Sutra à la géographie incertaine.

Connaissez-vous les noms des parties sexuelles de la femme ?

Actuel magazine « A bas l’amour mâle ! », janvier 1971. Couverture de la nouvelle série du mensuel n°4, vendu 3 francs seulement. Sourcing image : « Underground, l’histoire », album relié publié par Actuel en nov.2001 (bibliothèque The Plumebook Café, 08/2006)

Actuel magazine « A bas l’amour mâle ! », janvier 1971. Couverture de la nouvelle série du mensuel n°4, vendu 3 francs seulement. Sourcing image : « Underground, l’histoire », album relié publié par Actuel en nov.2001 (bibliothèque The Plumebook Café, 08/2006)

 
« La fente » est le 1er nom cité par les habitantes de Kama et Sutra [bien qu’éloignées de plusieurs centaines de kilomètres, les mêmes noms sont utilisés sur les deux îles, preuve qu’ils sont d’un usage très ancien].
Ces femmes utilisent encore d’autres mots comme : la vulve, l’étourneau, le primitif, celui qui a un petit nez, le hérisson, le broyeur, l’arrosoir, le désirant, le beau, le vaste, le glouton, le suceur, le délicieux.
Un paysan de Sutra que j’interroge au sujet de « la fente » tient à m’expliquer qu’on a donné ce nom au sexe de la femme parce qu’il s’ouvre et se ferme lorsqu’il éprouve un violent désir d’être pénétré par le sexe de l’homme, comme la vulve de la jument à l’approche de l’étalon.

Libérons nos sens de la tyrannie !

Actuel magazine « Tout commence par la maîtrise du muscle », vers 1969. Sourcing image : « Underground, l’histoire », album relié publié par Actuel en nov.2001 (bibliothèque The Plumebook Café, 08/2006)

Actuel magazine « Tout commence par la maîtrise du muscle », vers 1969. Sourcing image : « Underground, l’histoire », album relié publié par Actuel en nov.2001 (bibliothèque The Plumebook Café, 08/2006)

Nous sommes tous assis, Allemands, Suédois, Espagnols, Suisses et Français entièrement nus sur la plage de Kama. Voilà une semaine que nous sommes sur cette île. Toute gêne entre nous a disparu. Nous répétons les exercices sous l’œil bienveillant de notre gourou.
Le style de la posture, l’éternelle souplesse sont ses maîtres mots. Nous apprenons le plaisir, l’orgasme et le langage du corps Nous passons la nuit en travaux pratiques. Le réveil ne retentit pas avant 10 heures du matin.
Quand nous sommes arrivés, nos articulations étaient verrouillées. Nous avons dû abandonner tous nos vêtements à la réception. Nous ous regardions comme des imbéciles en essayant de dissimuler nos parties génitales sous nos mains croisées en panier. Une femme avait choisi de couvrir son opulente poitrine plutôt que son hérisson. 
Tous les malheurs s’inscrivent dans le corps, dit notre gourou. L’histoire d’une vie se lit sur la peau. 
Nous avons dû apprendre à nous regarder et nous désirer tels que nous sommes.
Retrouver nos corps. Nous avons découvert qu’il y avait 1000 façons de prendre son pied, et pas seulement en faisant l’amour après que le soleil ait basculé dans l’océan.
Depuis ce matin, nous apprenons les principes de la politique de l’extase qui s’oppose formellement à l’éthique du travail.
Ordinateurs, tablettes, téléphones portables, montres, toutes nos connexions électroniques ont été coupées, nos appareils confisqués. Seules la parole et la lecture sont autorisées en dehors des cours et des travaux pratiques.
Nous sommes venus sur Kama et Sutra pour nous libérer à la fois dans notre tête et dans notre corps.
Ma seule crainte est de ne pas pouvoir me réadapter quand il faudra remettre les pieds à Paris.
Cet après-midi j’irai avec les autres nager tout nu dans la baie sous le regard amusé des habitants qui sont les seuls autorisés à porter des vêtements.
Une manière encore d’assumer notre désir de liberté.

Connaissez-vous les noms des parties sexuelles de l’homme ?

Actuel magazine « Se garder de tout blocage musculaire ou cérébral », vers 1969. Sourcing image : « Underground, l’histoire », album relié publié par Actuel en nov.2001 (bibliothèque The Plumebook Café, 08/2006)

Actuel magazine « Se garder de tout blocage musculaire ou cérébral », vers 1969. Sourcing image : « Underground, l’histoire », album relié publié par Actuel en nov.2001 (bibliothèque The Plumebook Café, 08/2006)

Ce sont les hommes de Sutra qui nous ont appris les noms qu’ils donnent à leur pénis : la colombe, le tinteur, l’indomptable, le libérateur, le dormeur, l’enfonceur, celui qui éteint le feu de la passion, le nageur, le chauve, l’effronté, le flasque, le découvreur.
Les dents, nous raconte l’un d’eux, encore jeune, représentent les années. Lorsque l’on voit en songe des dents bien alignées, c’est un présage de longue vie.
La vue d’une marmite, dit un autre, annonce la conclusion des affaires dans lesquelles on est engagé.
Je n’ose pas lui demander de quelles affaires il s’agit de peur de contrevenir à nos propres règles de vie sur l’île. Je crains qu’il ne pense à l’argent. J’ai remarqué que les autochtones sont préoccupés par l’argent. Ils ne partagent pas du tout nos préoccupations. J’en veux pour preuve cet adage qu’un ancien professeur de Kama m’a révélé hier : « Si la barbe d’un adolescent a poussé au point d’arriver à son nombril, la diminution de son intelligence est proportionnée à la longueur de sa barbe ». Je me suis retenu de rire en l’écoutant. Dans ma tête, je me disais que les mœurs et les coutumes de ces îles me réservaient encore bien des surprises.
Nous en parlons le soir après le dîner. Une majorité d’entre nous est d’avis de revenir l’an prochain pour mieux les connaître.
Source des noms des organes sexuels : « Kama Sutra » rédigé en sanscrit vers le Ve siècle de l’ère chrétienne. Traduit en français sur la 1ère version anglaise de 1883. 

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