Rejouer le 1er juillet 1730 – 1/3

Sous prétexte d’éloigner le spectre de la guerre, les commémorations s’attachent à en raviver la mémoire. Par comparaison la littérature et les arts en général n’occupent que très peu de place dans l’esprit d’un être humain.
Le souvenir des écrivains et artistes est souvent attaché aux lieux de leur enfance et de leur adolescence, qu’ils ont décrits ou peints avec talent.
Aux lecteurs et aux amateurs d’art le plaisir de les redécouvrir.
Des artistes qui vont encore plus loin et mettent en scène leurs souvenirs littéraires ou leur attachement à une œuvre d’art particulièrement chargée de sens à leurs yeux.

Moteur !

Eric Rohmer « Le genou de Claire » (1970). Film en couleur tourné à Annecy et Talloires. Sourcing image : capture d’écran sur DVD du film, vidéothèque The Plumebook Café

Eric Rohmer « Le genou de Claire » (1970). Film en couleur tourné à Annecy et Talloires. Sourcing image : capture d’écran sur DVD du film, vidéothèque The Plumebook Café

Dans son film « Le Genou de Claire » sorti en décembre 1970, il y a presque un demi-siècle, film qui avait été tourné à Annecy et Talloires, Éric Rohmer (1920-2010) avait-il mis en scène, avec ses deux plus jeunes acteurs, la célèbre « Idylle des Cerises » rapporté par Jean-Jacques Rousseau dans le 1er tome de ses Confessions (1ère publication : 1789).

Rousseau vient de fêter à Annecy ses 18 ans

Eric Rohmer « Le genou de Claire » (1970). Film en couleur tourné à Annecy et Talloires. Sourcing image : capture d’écran sur DVD du film, vidéothèque The Plumebook Café

Eric Rohmer « Le genou de Claire » (1970). Film en couleur tourné à Annecy et Talloires. Sourcing image : capture d’écran sur DVD du film, vidéothèque The Plumebook Café

« Des couturières, des filles de chambre, de petites marchandes ne me tentaient guère. Il me fallait des demoiselles. Chacun a ses fantaisies, ç’a toujours été la mienne.
« Ce n’est pas du tout la vanité de l’état et du rang qui m’attire ; c’est un teint mieux conservé, de plus belles mains, une parure plus gracieuse, un air de délicatesse et de propreté sur toute la personne, plus de goût dans la manière de se mettre et de s’exprimer, une robe plus fine et mieux faite, une chaussure plus mignonne, des rubans, de la dentelle, des cheveux mieux ajustés. Je préférerais toujours la moins jolie ayant plus de tout cela. Je trouve moi-même cette préférence très ridicule, mais mon cœur la donne malgré moi. »

Rousseau « Les Confessions », livre quatrième

Les souvenirs de jeunesse vous donnent des ailes !

« Que j’aime à tomber sur les moments agréables de ma jeunesse ! Ils m’étaient si doux, ils ont été si courts, si rares, et je les ai goûtés à si bon marché ! Ah ! leur seul souvenir rend encore à mon cœur une volupté pure dont j’ai besoin pour ranimer mon courage et soutenir les ennuis du reste de mes ans…. »
Rousseau « Les Confessions », livre quatrième.

 

Eric Rohmer « Le genou de Claire » (1970). Film en couleur tourné à Annecy et Talloires. Sourcing image : capture d’écran sur DVD du film, vidéothèque The Plumebook Café

Eric Rohmer « Le genou de Claire » (1970). Film en couleur tourné à Annecy et Talloires. Sourcing image : capture d’écran sur DVD du film, vidéothèque The Plumebook Café

« Nous allâmes dans le verger achever notre dessert avec des cerises. Je montai sur l’arbre, et je leur en jetai des bouquets dont elles me rendaient les noyaux à travers les branches. Une fois, Mlle Galley avançant son tablier et reculant la tête, se présentait si bien, et je visai si juste, que je lui fis tomber un bouquet dans le sein, et de rire. Je me disais en moi-même : « Que mes lèvres ne sont-elles des cerises ! comme je les leur jetterais ainsi de bon cœur. »

Rousseau « Les Confessions », livre quatrième.

Jean-Jacques était-il modeste ou sot en amour ?

Eric Rohmer « Le genou de Claire » (1970). Film en couleur tourné à Annecy et Talloires. Sourcing image : capture d’écran sur DVD du film, vidéothèque The Plumebook Café

Eric Rohmer « Le genou de Claire » (1970). Film en couleur tourné à Annecy et Talloires. Sourcing image : capture d’écran sur DVD du film, vidéothèque The Plumebook Café

« La journée se passa ainsi à folâtrer avec la plus grande liberté, et toujours avec la plus grande décence. Pas un seul mot équivoque, pas une seule plaisanterie hasardée ; et cette décence nous ne nous l’imposions pas du tout, elle venait toute seule, nous prenions le ton que nous donnaient nos cœurs. (…) La plus grande privauté qui m’échappa fut de baiser une seule fois la main de Mlle Galley. »

Rousseau « Les Confessions », livre quatrième

S’il fallait lui donner un visage d’aujourd’hui…

Jean-Jacques était encore puceau, se masturbait en cachette derrière les fourrés, savait le latin et le grec, parlait des femmes sans les connaître. La seule expérience sexuelle dont il se souvenait était la fessée à main nue qu’il avait reçue de la maîtresse de maison chez qui il avait séjourné enfant, et l’incroyable émoi qu’il en avait éprouvé.

 

Tracey Moffatt “Job hunt”, 1976. Photographie. Sourcing image : revue EXIT « Teenage world”, février 2002 (bibliothèque The Plumebook Café)

Tracey Moffatt “Job hunt”, 1976. Photographie. Sourcing image : revue EXIT « Teenage world”, février 2002 (bibliothèque The Plumebook Café)

Il se souvenait avoir croisé ses deux amies dans les rues d’Annecy où il se promenait en l’absence de Mme de Warens sa protectrice. L’une des filles était savoyarde, l’autre suisse. Chacune des deux l’attirait pour des raisons différentes tant il lui semblait que l’amour et le sexe devaient être considérés séparément.

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