Qui a inventé l’Afrique ?

Autrefois on ne se posait pas la question

Nathan Altman « Portrait d’Anna Akhmatova », peinture à l’huile (1914). Image ext. de « Avant-Gardes du XXè siècle » de Serge Fauchereau (éditions Flammarion, 2010). Source : bibliothèque Vert et Plume

Nathan Altman « Portrait d’Anna Akhmatova », peinture à l’huile (1914). Image ext. de « Avant-Gardes du XXè siècle » de Serge Fauchereau (éditions Flammarion, 2010). Source : bibliothèque Vert et Plume

En entrant dans la bibliothèque du Cercle où ils se réunissaient, Guillaume fut surpris d’apercevoir une femme assise à côté de Jacques Leprat.

 

« Mon cher Ducamp !  s’exclama Leprat en se levant pour accueillir Guillaume,  je vous présente Anna Galley qui a vécu de nombreuses années au Zimbabwe où elle animait une école de sculpture et de dessin installée à Bulawayo. »
« Une Française au Zimbabwe ! » s’étonna Guillaume en regardant fixement Anna dont la grande écharpe jaune était tombée de ses épaules et découvrait le large décolleté de sa robe qui était d’une coupe surannée et la faisait de fait ressembler plutôt à une anglaise. Elle leva la tête vers Guillaume et lui sourit.
« Vous avez raison, dit-elle avec un léger accent qui n’était cependant pas anglais, Galley est le nom de mon mari. Je suis moi-même d’origine polonaise. Vous voyez les choses ne sont pas simples. »
« Je ne suis pas du tout surpris, rétorqua Guillaume en serrant la main qu’elle lui tendait, au cours de mes innombrables voyages en Afrique j’ai fait la connaissance de tellement de personnes différentes originaires d’à peu près tous les pays européens, y compris la Russie dont de nombreux ressortissants étaient installés à Brazzaville. Plus tard on les retrouva pilotes dans les compagnies d’aviation du Zaïre. »

Carl de Keyser "L"opoldville, Lovanium", 2009. Exposition au FotoMuseum de la province d'Anvers à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance congolaise. Ext. de "View, photography magazine" déc.2009-janv.2010. Source: bibliothèque Vert et Plume, 2010

Carl de Keyser « L »opoldville, Lovanium », 2009. Exposition au FotoMuseum de la province d’Anvers à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance congolaise. Ext. de « View, photography magazine » déc.2009-janv.2010. Source: bibliothèque Vert et Plume, 2010

« Vous connaissez bien l’Afrique m’a expliqué Jacques. Avant votre arrivée, nous avions une de ces conversations qu’ont tous les Européens au sujet de l’Afrique, nous nous demandions si elle avait vraiment existé avant que les Européens ne lui donnent au début du 20è siècle l’organisation qu’on lui connaît aujourd’hui ? »
« Voulez-vous dire par là, interrogea Guillaume, que l’Afrique serait une invention des Européens ? »

Les grands inventeurs

Huit figures de la marche des colonies vers l’indépendance. Le Ghana qui avait été intégré à l’Empire britannique en 1874 fut le premier à retrouver sa souveraineté en mars 1957 mais dut attendre 2000 pour connaître de vraies élections démocratiques et l’arrivée au pouvoir d’un président civil soucieux du développement économique (image parue dans « Content », éditions Taschen – 2004. Source : bibliothèque Vert et Plume)

Huit figures de la marche des colonies vers l’indépendance. Le Ghana qui avait été intégré à l’Empire britannique en 1874 fut le premier à retrouver sa souveraineté en mars 1957 mais dut attendre 2000 pour connaître de véritables élections démocratiques et l’arrivée au pouvoir d’un président civil soucieux du développement économique (image parue dans « Content », éditions Taschen – 2004. Source : bibliothèque Vert et Plume)

Le panafricanisme fut dans les années 60 la grande utopie teintée de marxisme qui donna naissance aux mythes de l’Afrique, de l’Unité Africaine et du peuple noir

« Disons que le terme Afrique est communément utilisé par les Européens pour désigner d’un mot une grande diversité de territoires et de peuples qu’ils connaissent mal ou pas du tout, qu’ils seraient en peine de situer sur une carte, un mot pour habiller leur ignorance de la même manière que les Américains mettent tous les Européens dans le même sac. Pour nombre d’Africains,  l’Afrique est une idée abstraite, au départ une invention politique aujourd’hui religieuse, où l’extrémisme et l’idéologie sont malheureusement très présents, née de l’idée fausse que la multiplicité des États africains avait été ourdie par les colonisateurs pour prévenir la création d’États puissants. Il faut chercher ailleurs les causes de la faiblesse politique de l’Afrique. »
Un silence que chacun interpréta comme un approbation des propos qu’avait tenu Jacques Leprat s’ensuivit, mais aucun des membres du Cercle ne voulut porter de jugement par crainte de susciter un débat d’ordre politique qui n’était pas le but de leurs réunions mensuelles.
Seul Guillaume qui ne s’était pas encore assis et voulait profiter justement de ce que chacun était obligé de lever la tête dans sa direction pour l’écouter fit une remarque : « Compte tenu que nous ne sommes pas des nostalgiques de l’ère coloniale, bien au contraire, nous devrions songer à créer au sein du Cercle un groupe de réflexion sur toutes ces questions. Il jouirait d’une grande liberté de pensée pour ne pas tomber dans le travers des idées reçues qui surgissent dès qu’il s’agit de l’Afrique, si je peux encore me permettre d’utiliser ce mot… »
Il y eut cette fois un murmure général d’approbation et Jacques Leprat se pencha sur son cahier où il écrivit quelque chose en disant : « Je trouve en effet que c’est une excellente idée. » Il marqua une pose, se redressa avec l’air de penser à quelque chose d’autre encore : « Je vais approcher certains historiens de l’Université que je connais et tenter de les faire rentrer dans notre Cercle. » Il nota plusieurs noms.
Hoffman en profita pour intervenir à son tour. Quelque chose le tracassait : « Je voudrais dire à propos de nostalgie que je regrette sans en rougir l’Afrique de ma jeunesse.

Dessin de la main de David Livingstone dans les pages de son journal pour la période d’août 1862 à mars 1863. Ext. de « Africa in the footsteps of the great explorers » Struik Publishers (Afrique du sud, 2006). Source: bibliothèque Vert et Plume

Dessin de la main de David Livingstone dans les pages de son journal pour la période d’août 1862 à mars 1863. Ext. de « Africa in the footsteps of the great explorers » Struik Publishers (Afrique du sud, 2006). Source: bibliothèque Vert et Plume

Ce sont les transformations de la révolution industrielle qui ont poussé les esprits aventureux occidentaux, surtout européens,  à rechercher en Afrique un monde qui leur rappellerait celui qu’ils venaient de perdre.

La même sorte d’envie d’un retour aux sources pousse aujourd’hui les jeunes Européens à visiter les pays qui n’ont pas encore été gagnés par l’industrialisation ou qui leur paraissent détenir  une authenticité qu’ils attribuent à ceux qui demeurent encore en dehors du modernisme. En cela et à leur corps défendant ils continuent d’incarner l’idée que les Européens sont les propriétaires de la Terre.

Leprat, qui avait visité dans les années 70 la ferme que possédait Hoffman au Congo où il avait passé aimait-il dire les plus belles années de sa vie dans une harmonie presque parfaite avec les habitants du village près duquel il était installé, comprit qu’il devait trouver les mots justes pour lui répondre.
De plus, Hoffman était le doyen du Cercle.
« Mes amis, tout le monde ici n’a pas eu la chance comme moi de séjourner avec la famille Hoffman quand elle vivait en Afrique. C’est de fait un très beau souvenir. Mais nous devons nous garder d’assimiler nos souvenirs à des descriptions de ce que la réalité des pays pouvait être à cette époque. C’est la même chose avec les récits des voyageurs qui ont toujours porté sur les pays qu’ils visitaient un regard d’Européens

Quelle place pour un art qui serait africain ?

Chéri Samba « Pour réaliser un bilan précieux », 2001. Ext. du catalogue de l’exposition « J’aime Chéri Samba », Fondation Cartier pour l’art contemporain (2004). Source : bibliothèque Vert et Plume

Chéri Samba « Pour réaliser un bilan précieux », 2001. Ext. du catalogue de l’exposition « J’aime Chéri Samba », Fondation Cartier pour l’art contemporain (2004). Source : bibliothèque Vert et Plume

L’exposition d’artistes africains permet aux Européens d’entendre les bruits de la forêt de s’imaginer naviguant sur les grands fleuves sans quitter Paris, Londres ou Berlin.

Nils Iltonne était impatient d’entendre Guillaume parler de ses contacts en Savoie pour exposer des artistes africains. Il  profita de l’envie qu’avait chacun maintenant de parler d’autre chose pour le questionner d’une manière détournée qui lui joua un tour.
« Ducamp, croyez-vous que les artistes africains existeraient sans les Européens ? »
Anna Galley ne laissa pas à Guillaume le temps de répondre  et le fit à sa place. Après tout elle en savait autant que lui sur ce sujet.
« Si je prends l’exemple du Zimbabwe, les artistes y sont principalement connus des étrangers. Localement il n’y a guère que le président qui soit amené à passer une commande à un artiste pour orner un rond-point sur une avenue habituellement empruntée par les cortèges officiels ou pour chanter la grandeur du pays dans le hall de l’aéroport. Quant aux écrivains leurs livres se vendent j’ai envie de dire exclusivement en Europe et en Amérique du nord. »
« Alors nous sommes tous d’accord, conclut Nils,  pour dire qu’il n’y a pas de marché africain de l’art, les artistes doivent se tourner vers l’extérieur, souvent quitter leur pays s’ils veulent s’introduire un jour sur le marché international et gagner de l’argent. Leur style de vie, leur réseau d’amis, leur mode d’expression, l’ensemble de leurs repères s’en trouvent bouleversés. C’est seulement à cette condition qu’ils auront une chance d’être exposés dans des galeries ou des Fondations mais pas dans les musées. »
« Les œuvres des artistes auxquels vous pensez, insista Anna, n’ont pas leur place dans nos musées qui sont entièrement conçus autour d’une identité culturelle européenne et n’accueilleront qu’en dernier ressort des œuvres extérieures à l’Europe à condition qu’elles puissent servir de miroir à nos propres préoccupations et savez-vous quelle est la préoccupation première des Européens ? »
« L’identité culturelle ! » s’exclama Guillaume, « et plus encore l’authenticité culturelle qui est le grand fantasme des intellectuels français. »  Et il poursuivit:  « Pour préserver cette authenticité il est important que les artistes demeurent séparés, l’Afrique doit être confinée dans les musées d’art tribal ou ethnique ou d’art brut. Chéri Samba est à peu près le seul à avoir été exposé dans un musée privé d’art contemporain, la Fondation Cartier en 2004. »
« J’imagine en vous écoutant, dit Nils, que vous avez échoué à convaincre les acteurs culturels d’Annecy, ils ont refusé d’accueillir l’une de mes expositions ? »
« Malheureusement ! » reconnut Guillaume qui se décida enfin à s’asseoir.
« Il faut que je vous raconte comment cela s’est passé. »

P. Wyndham Lewis « Portrait d’Ezra Pound », peinture à l’huile (1938). Image ext. de « Avant-Gardes du XXè siècle » de Serge Fauchereau (éditions Flammarion, 2010). Source : bibliothèque Vert et Plume

P. Wyndham Lewis « Portrait d’Ezra Pound », peinture à l’huile (1938). Image ext. de « Avant-Gardes du XXè siècle » de Serge Fauchereau (éditions Flammarion, 2010). Source : bibliothèque Vert et Plume

Hoffman faisait mine de s’être assoupi mais chacun savait bien qu’il ne perdait pas un mot de leur discussion

J’ai d’abord rencontré les responsables d’une salle qu’on appelle l’Abbaye à Annecy-le-Vieux. Ils m’ont laissé travailler en concurrence avec une médiatrice pour choisir en définitive la pire solution qui soit à mes yeux, celle dans laquelle les artistes sont les porte-parole de leur lieu d’origine, Lomé en l’occurrence et son marché ! Rien ne nous sera épargné, ni les cabanes en bois, ni les sculptures traditionnelles, ni les tissus et naturellement les peintures réalisées par des femmes togolaises à l’intention des touristes. Aucun artiste togolais majeur ne sera représenté dans cette exposition qui devrait couvrir l’été et l’automne 2009. »
« Vous serez surpris, fit remarquer Leprat, par son succès auprès de vos concitoyens qui retrouveront là l’image exacte qu’ils se font de l’Afrique. »

Carte publiée par « Le Monde » pour illustrer une préparation aux épreuves du bac (mai 2010). Source : archives Vert et Plume

Carte publiée par « Le Monde » pour illustrer une préparation aux épreuves du bac (mai 2010). Source : archives Vert et Plume

L’image contemporaine de l’Afrique est le plus souvent reflétée par un ensemble de statistiques mesurant (avec quel degré d’imprécision ?) le niveau de développement économique.

« Je sais, répondit Guillaume à Leprat, ils diront qu’elle correspond bien à ce qu’ils imaginaient ou pour certains qui sont peut-être une fois dans leur vie allés au Togo à ce qu’ils avaient vu. Mais je ne réussirai pas à connaître le nombre des visiteurs. Partout à Annecy cette donnée est secrète, sauf pour la fête du lac où elle résulte pour une bonne part d’une estimation. »
Les autres membres ne firent aucun commentaire.
Guillaume poursuivit : Plus tard j’ai rencontré les responsables du Musée-Château et du Palais de l’Isle qu’on appelle aussi les Veilles Prisons. Je leur ai proposé des artistes soutenus par une fondation d’entreprise qui les fait venir chaque année en résidence et leur procure gratuitement le matériel et les supports dont ils ont besoin pour créer des œuvres sur le modèle occidental. »
« Quelle a été leur réaction ? » demanda Anna.
Ils ont trouvé que leur travail relevait davantage du folklore que d’une véritable esthétique dont ils auraient été les initiateurs.
« Quelle a été ta réaction ? » (Anna le tutoyait pour la première fois)
« Je n’étais pas en complet désaccord avec eux. »
« Que voulez-vous dire ? » (c’était Nils, Guillaume espérait qu’il ne se sentait pas visé lui aussi par ricochet.)

Jean-Michel Basquiat « Eye – Africa » (1984). Ext. catalogue Basquiat, musée d’art moderne de Lugano – Suisse (éditions Skira, 2005). Source : bibliothèque Vert et Plume

Jean-Michel Basquiat « Eye – Africa » (1984). Ext. catalogue Basquiat, musée d’art moderne de Lugano – Suisse (éditions Skira, 2005). Source : bibliothèque Vert et Plume

Il n’y a jamais eu en Savoie de célébration de l’art africain comme cela existe à Nantes ou à Lille.

Maintenant que je m’y connais un peu mieux, je voudrais découvrir des artistes vivant en Afrique qui auraient réussi à s’émanciper du modèle international, – et du marché par voie de conséquence ce qui sera le plus difficile pour un Africain en perpétuelle quête de ressources -, et des prétentions culturelles locales, -je pense à la future exposition Togo -, pour parvenir à une esthétique comparable à celle d’un Jean-Michel Basquiat que je ne me pardonnerai jamais de n’avoir pas connu l’année où il avait exposé à Abidjan dans les locaux des services culturels français où presque personne n’était venu les Ivoiriens encore moins que les colons.

Comment va l’Afrique ?

Ch. de Gaulle à Brazzaville en 1942 (date exacte n.c.). Il porte le casque traditionnel, témoin d’une époque et d’un régime d’administration coloniale sur le point de sombrer. Deux ans plus tard au même endroit il sera tête nue et en uniforme pour prononcer son fameux « discours de Brazzaville » rempli de bonnes intentions mais sans vision de ce qui allait bientôt survenir à Madagascar et en Algérie.

Ch. de Gaulle à Brazzaville en 1942 (date exacte n.c.). Il porte le casque traditionnel, témoin d’une époque et d’un régime d’administration coloniale sur le point de sombrer. Deux ans plus tard au même endroit il sera tête nue et en uniforme pour prononcer son fameux « discours de Brazzaville » rempli de bonnes intentions mais sans vision de ce qui allait bientôt survenir à Madagascar et en Algérie.

Dès que la victoire de l’armée allemande sur la France en 1940 apparut inéluctable, Ch. de Gaulle avait conçu de s’appuyer sur l’Empire colonial pour reconstituer une armée et préparer la résistance.

Quand Guillaume se rapprocha d’Anna pour parler avec elle de sujets plus personnels, ce nom de Galley qu’elle portait l’intriguait c’était aussi celui de son meilleur ami à l’époque où il étudiait à Genève, elle lui demanda d’un ton enjoué : « Alors comment va l’Afrique ? »
Avant qu’il n’eût le temps de lui répondre, on entendit fuser cette petite phrase sur un ton rogue : « Vous n’avez pas entendu, l’Afrique n’existe pas ! »
C’était la voix d’Hoffman qui aimait jouer les provocateurs quand il voulait orienter la conversation dans un sens qui lui plaisait.
« On parle toujours des colonies, commença-t-il sur un ton sentencieux, comme si cette période contenait à elle seule toute l’histoire de l’Afrique. Ceux qui raisonnent ainsi au lieu de défendre leur cause ne font que l’affaiblir.»
« Savez-vous pourquoi ? » demanda Guillaume qui avait envie de l’envoyer promener mais faisait contre mauvaise fortune bon cœur.
(silence de la part d’Hoffman)
« Parce que ceux qui s’expriment à ce sujet aujourd’hui sont des descendants installés en Europe des anciens colonisés dont beaucoup continuent de vivre bon gré mal gré en vase clos.  Ce discours lancinant sur les colonies traduit d’abord la frustration de certaines personnes qui ne réussissent pas à intégrer la société européenne  et ont souvent tendance à dissimuler leur échec personnel derrière des idées toutes faites qui jaillissent dans leur bouche comme des insultes. Ensuite seulement il y a une quête sincère de reconnaissance mais il faudrait commencer par écrire tous ensemble l’histoire des Européens et des Africains et s’accorder sur une version commune. Au moins on saurait de quoi l’on parle et l’on pourrait tourner la page. Mais on ne peut pas le faire si la page n’est pas écrite, il y a justement trop de pages blanches dans notre histoire.»

Mohamed Bourouissa « Le Cercle imaginaire », 2008. Photographie publiée par Artpress, juill.-août 2010

Mohamed Bourouissa « Le Cercle imaginaire », 2008. Photographie publiée par Artpress, juill.-août 2010

L’artiste réussit à bousculer notre regard sur une société en marge dont la vie paraît rythmée par la pauvreté et la violence, qu’elle génère et qu’elle subit comme dans un cercle vicieux. La parole appartient à ceux que l’on voit à la sortie du métro à Barbés dont on se doute bien qu’ils magouillent, à d’autres qui sont déjà en tôle et qui n’en restent pas moins des nôtres.
Mohamed Bourouissa est né à Blida (Algérie) en 1978. Vit et travaille à Paris. Il est parmi les artistes de l’exposition Dynasty à Paris. Voir : Histoire sans paroles.

Anna avait aussi son mot à dire. Elle s’appuya sur son expérience de l’Afrique australe : « Les Sud-Africains ont construit à côté de Johannesburg dans un endroit certes pas terrible qui jouxte le parc de Gold Mine City, un musée de l’Apartheid qui a le mérite de raconter l’histoire terrible des relations entre Noirs et Blancs d’une manière dont les Français sont encore très loin s’agissant de leurs relations avec les peuples qu’ils avaient colonisés en particulier les habitants du Maghreb. »
« Dans notre pays, reprit Guillaume, on dirait que la question est encore taboue  sans parler de la guerre d’Algérie qui demeure un sujet interdit au point que je me demande parfois si les jeunes nés après 1970 savent qu’elle a eu lieu et imaginent un seul instant quelles atrocités ont été commises par l’armée française.  Quand j’avais douze ou treize ans que je voyais les grands défiler dans la cour du collège en faveur de l’Algérie Française j’étais d’un avis complètement opposé je pensais qu’on devait restituer l’Algérie à ses habitants d’origine comme on avait rendu la France aux Français après le départ des Allemands. »
« Le problème si je peux me permettre, fit remarquer Hoffman, était justement que les Français n’avaient pas encore quitté l’Algérie, ils étaient plusieurs millions à vivre là comme s’ils avaient été chez eux. »
« Ils avaient oublié, selon le mot de Le Clézio à propos des Blancs en Afrique, qu’ils n’étaient que les locataires… », dit encore Guillaume avant de réussir à entraîner Anna à l’écart.

Il faut sauver l’Afrique

Sarah Van den Elsken « Portrait de Busi Biyela Mangusi » (20 ans), province du Kwazulu Natal – Afrique du sud (2009). Ext. « View, photography magazine » n°16, déc.2009-janv.2010. Source : bibliothèque Vert et Plume, 2010

Sarah Van den Elsken « Portrait de Busi Biyela Mangusi » (20 ans), province du KwaZulu Natal – Afrique du sud (2009). Ext. « View, photography magazine » déc.2009-janv.2010. Source : bibliothèque Vert et Plume, 2010

Nous les filles on rigole souvent en parlant de la vie, de ce qui nous arrive, de notre petit copain, parce qu’il ne sert à rien de pleurer comme font les garçons

Les intellectuels européens dont les artistes font partie ne manquent jamais de s’apitoyer sur le sort de l’Afrique, les séquelles de l’esclavage, les méfaits du colonialisme, les ravages de la guerre et des maladies, la pauvreté, la tyrannie des despotes au pouvoir, la destruction de la forêt tropicale, l’exportation des animaux sauvages et surtout, surtout la perte de l’identité culturelle des Africains.
Mais au fait, qu’est-ce que l’Afrique ? Et qui sont les Africains ?

Les membres du Cercle des Africanistes vaudois

Toba Khedoori, dessin (ext. de « Vitamin D, new perspectives in drawing » de Emma Dexter – éditions Phaidon, 2005). Source : bibliothèque A.B.). Toba Khedoori (née en 1964 en Australie) est une artiste peintre, dessinatrice et plasticienne. Sa famille est d’origine irakienne. Elle vit et travaille désormais à Los Angeles.

Toba Khedoori, dessin (ext. de « Vitamin D, new perspectives in drawing » de Emma Dexter – éditions Phaidon, 2005). Source : bibliothèque A.B.). Toba Khedoori (née en 1964 en Australie) est une artiste peintre, dessinatrice et plasticienne. Sa famille est d’origine irakienne. Elle vit et travaille désormais à Los Angeles.

Tous les membres du Cercle n’étaient pas présents lors de la réunion dont il est fait état dans cet article. Les portraits ci-dessous sont ceux des africanistes présents ce jour-là.

 

Jacques Leprat : secrétaire du Cercle des Africanistes. Leprat est un genevois de souche. Lui est d’avis que l’art africain est un art populaire. Les artistes sont des autodidactes à la différence des artistes européens.

 

Guillaume Ducamp : est heureux de retrouver au Cercle des gens qui ont voyagé comme lui en Afrique. Il aime les artistes africains et dit qu’ils sont invisibles ou presque autant à Paris qu’à Annecy. Il dit aussi qu’il n’aime pas les montagnes parce qu’elles cachent la vue.

Leo Hoffman : conservateur du musée des Hirondelles qui expose de l’art africain ancien. Hoffman coopère avec Nils Iltonne sur l’art africain moderne. Mais il remarque que l’idée d’un art africain qui ne serait pas archaïque est difficilement audible en Europe.

Nils Iltonne : monte des expositions associant artistes européens et africains. Il voudrait que Guillaume trouve en Savoie des lieux pour exposer ses artistes africains.

Anna Galley : professeur d’art. Elle a longtemps vécu à Bulawayo (Zimbabwe) où son mari était médecin-chef à l’hôpital de la ville.

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