Quelle nouvelle ?

Le petit chat est mort

Gregory Holm « Ice house », Detroit (E-U) hiver 2009-2010. Projet réalisé avec Matthew Radune sur des maisons abandonnées, arrosées d’eau avant le gel. Sourcing image : Beaux-Arts magazine (archives Vert et Plume)

Gregory Holm « Ice house », Detroit (E-U) hiver 2009-2010. Projet réalisé avec Matthew Radune sur des maisons abandonnées, arrosées d’eau avant le gel. Sourcing image : Beaux-Arts magazine (archives Vert et Plume)

Il avait neigé une nuit et une journée entière. La ville était paralysée. Les employés et les ouvriers n’avaient pas réussi à rejoindre leur entreprise et s’étaient recouchés. Les journaux de Paris n’avaient pas été livrés par les trains retardés à cause du mauvais temps. On était sans nouvelle de la capitale.
Dans les rues qui n’avaient pas été dégagées, on voyait des habitants passer à ski, d’autres plus jeunes surfaient sur les pentes du château. La plupart étaient restés calfeutrés chez eux et regardaient par la fenêtre la neige tomber. Quand la seconde nuit arriva, le ciel retint soudain ses flocons et les nuages petit à petit s’écartèrent. L’atmosphère était débarrassée de la crasse et du bruit de la circulation. Le hurlement des sirènes des voitures de police et des ambulances avait aussi disparu. Le monde avait retrouvé son calme. Pourtant, au moment de s’endormir, il crut percevoir le vrombissement lointain des moteurs d’un avion survolant la ville et il se demanda si ce n’atait pas un appareil de l’ancienne aéropostale que les autorités avaient ressorti pour reprendre contact avec la Savoie ensevelie sous la neige.

C’est dommage

Thomas Lindvig, untitled (déc.2009). Matériaux : BMW, peinture auto en spray, feuilles acrylique blanc transparent, lumières. Galerie Analix-Forever, quartier des bains à Génève (mai 2010). Photo Vert et Plume

Thomas Lindvig, untitled (déc.2009). Matériaux : BMW, peinture auto en spray, feuilles acrylique blanc transparent, lumières. Galerie Analix-Forever, quartier des bains à Génève (mai 2010). Photo Vert et Plume

Sculpture symbolisant l’avenir précaire de l’automobile dans une société moderne.

Le lendemain matin le soleil apparut, le ciel devint magnifiquement bleu, les habitants se risquèrent sur les trottoirs recouverts d’une épaisse couche de neige. Les lève-tôt puis les employés municipaux avaient creusé une trace  où l’on avançait comme des Indiens sur uns piste.
Il attendit la douceur relative de l’après-midi pour sortir à son tour et parcourut à pied une grande partie de la ville. C’était à la fois étrange et agréable de marcher sur la chaussée et de voir les automobilistes craintifs avancer à faible allure. Les piétons avaient reconquis la totalité du territoire au lieu d’être confinés sur les trottoirs, entre lampadaires, abribus et poteaux indicateurs. Certains s’appuyaient sur un bâton de ski pour ne pas glisser. On se saluait poliment, on se cédait le passage en s’excusant du peu de place, on échangeait quelques propos amusants. Devant une maison, une voiture qui patinait sur la neige reçut l’aide d’une habitante qui apporta un paillasson pour le glisser sous les roues. On n’avait pas vu depuis très longtemps autant de gens aller à pied et se regarder en se croisant comme au temps jadis.
Il croisa un vieux monsieur qui bougonnait parce que sa fille inquiète le soutenait par le bras, disant qu’il pouvait tomber s’il n’y prenait garde. On aurait dit que le monde se sentait pousser des ailes.

A l’attention des lecteurs

Thomas Lindvig, untitled (déc.2009). Matériaux : BMW, peinture auto en spray, feuilles acrylique blanc transparent, lumières. Galerie Analix-Forever, quartier des bains à Génève (mai 2010). Photo Vert et Plume

Thomas Lindvig, untitled (déc.2009). Matériaux : BMW, peinture auto en spray, feuilles acrylique blanc transparent, lumières. Galerie Analix-Forever, quartier des bains à Génève (mai 2010). Photo Vert et Plume

Le titre et les intertitres de cet article sont empruntés à L’École des femmes de Molière (dialogue entre Arnolphe et Agnès, acte II – scène 5). Texte intégral disponible sur le site : http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre352.html
Cette citation figurait de manière ambigüe sur une colonne du Musée des Arts Décoratifs à Paris, dans l’enceinte de l’exposition « Anima » (automne 2010).

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