Portrait d’artistes en bêtes de sexe

 LE CRITIQUE du New York Magazine de 1987 se demandait à propos de la « Bad Painting » de David Salle si l’on pouvait faire de l’art en étant un nihiliste. Voilà de quoi Salle était taxé. À l’inverse le critique du TIMES faisait remarquer que les peintures de l’artiste comportaient plusieurs parties juxtaposées sans barrière entre elles. De la même manière n’y a-t-il pas de frontière entre le raisonnable et le déraisonnable, le conforme et le non-conforme. L’esprit de chaque personne n’est pas « contrôlable » écrivait-il, dans le sens où il peut passer librement de l’aspect positif à l’aspect négatif de chaque chose. Vu son cet angle, le travail de David Salle a du sens. N’entend-t-on pas l’un ou l’autre s’étonner en ces termes : « Ah je n’aurais pas cru ça de lui. Pourtant je le connaissais bien ». Celui qui parle ainsi se connaît-il lui-même ? Quelles envies refoulées va-t-il bientôt devoir satisfaire ? Devenir par exemple une bête de sexe… oh, non, pas ça !
 

Au diable les repères

 
David Salle « Blue Paper / Papier Bleu », 1986. Peinture acrylique, peinture vinylique fluorescente et huile sur toile. Sourcing image : accrochage temporaire des collections, Centre Pmpidou (photo The Plumebook Café, sept. 2013)
David Salle « Blue Paper / Papier Bleu », 1986. Peinture acrylique, peinture vinylique fluorescente et huile sur toile. Sourcing image : accrochage temporaire des collections, Centre Pmpidou (photo The Plumebook Café, sept. 2013)
Le New-York Magazine titrait que Salle avait toutes les réponses à des questions dont on pouvait se demander si elles avaient la moindre importance. Comme si les idées n’avaient de sens ou de valeur qu’à condition d’être partagées par ceux-là même qui les combattent !
 
DANS LE STUDIO DE L’ARTISTE
– Jeff, qu’est-ce que tu fais ? 
– Qu’est-ce que tu veux ?
– Que j’écarte les jambes ?
– Pour quoi faire ?
– Tu ne vas pas rentrer comme ça !
– C’est quoi ? 
— Du beurre ! Tu te prends pour Marlon dans le Dernier Tango…
– T’es un gros dégueulasse !
– Je sens tes doigts qui rentrent. 
– Ne me dis pas que c’est de l’art…
– Je sens que ça force là. Ouuh ! Aaah ! 
– Wouah, c’est surtout quand tu commences à les enfoncer… le muscle qui résiste. Vas-y mollo !
–  Tu vas quand même pas me peindre dans cette position !
– Jeff, doucement, doucement !
– C’est dingue, comment tu peux avoir des idées pareilles ?
– Aïe, ça fait mal. Jeff, Jeff ! Arrête !
– J’chus pas une artiste moi, j’chus ton modèle !
– T’es vraiment un mec tordu. Tu sais pas qu’c’est interdit par la religion ?
– T’entends c’que j’dis ? C’est interdit !
– Ouuuh ! Ca fait trop mal, tu me déchires ! 
– Jeff, retire-toi, retire-toi bon sang!
– Wouuuh, ça faisait trop mal !
– Faut que tu mettes plus de beurre.
– Je ne sais pas si je vais y arriver…
– Essaie encore d’élargir le trou avec les doigts.
– Mmmm, là c’est bon.
– J’aime bien.
– Ecarte-les là où c’est étroit.
– Ouais, ouais, comme ça.
– Encore, encore !
– Je pense que ça va aller maintenant.
– Aaahhhh !
– Rien que de sentir le bout rentrer, c’est déjà un viol ! 
– Que j’’essaie de me détendre…
– On t’y verrait à ma place !
– Va doucement !
– Laisse-moi m’habituer…
– Aaahhhh !
– Jeff !
– Arrête !
– Ça fait trop mal.
 

Et vivement la retraite

 
Jeff Koons « String of puppies / Guirlande de chiots », 1988. Sculpture en bois polychrome executée en 3 exemplaires + une épreuve de l’artiste. Celle-ci porte le n°3. Sourcing image: catalogue Sotheby’s « Contemporary Art, part 1 », New-York - nov.1998. Bibliothèque The Plumebook Café, 1999

Jeff Koons « String of puppies / Guirlande de chiots », 1988. Sculpture en bois polychrome executée en 3 exemplaires + une épreuve de l’artiste. Celle-ci porte le n°3. Sourcing image: catalogue Sotheby’s « Contemporary Art, part 1 », New-York – nov.1998. Bibliothèque The Plumebook Café, 1999

 
Fin 2014 Le Monde expliquait comment le jeu combiné du marché de l’art [ = les collectionneurs] et des musées avait réussi à pousser les prix d’un Koons jusqu’au firmament.
Il y a beaucoup de petits Jeff de par le monde. Christian Boltanski avait déclaré à ce propos que 80% des élèves  des Beaux-arts ne deviendraient jamais des artistes parce qu’ils ne l’étaient déjà pas en entrant dans l’école.
 
RETOUR DANS LE STUDIO
– Maintenant on est à la retraite.
– C’est notre fille qui travaille avec Jeff..
– Oui c’est notre fille.
– Elle est belle.
– Elle de belles fesses.
– Faudrait que vous voyez ses seins.
– Et sa bouche…
– Et sa bouche.
– Et le reste.
– Et le reste Alouette.
– Alouette c’est notre fille.
– C’est moi qui ai eu l’idée du prébom.
– Vous l’entendez ?
– Je vais ouvrir la porte.
– C’est sa voix.
– Jeeeeeeeeeeffff !
– C’est elle.
– Jeff mon chéri…
– C’est notre fille.
– C’est sa voix.
– Que j’écarte encore les fesses avec les mains ?
– Jeff !
– J’chus ta nana, tu m’jure !
– Tu m’promets dis ?
– Nom de Dieu !
– C’est bien elle.
– Alouette.
– Jeff !
– Jeeeeff !
– Jeeeeeeeeeef !
– Arrête, arrête !
– C’est dément !
– Continue !
– Oui, ouiii…
– Je jouis, je jouiiiis !
– Sacrée Alouette !
– Je r’ferme la porte.
– Vous m’auriez vue quand j’avais son âge.
– Aujourd’hui on a les chiens.
– C’est pas pareil.
– I’sont gentils.
– Et on continue de poser.
– En tout bien tout honneur.
– On est trop vieux maintenant.
– C’est différent.
DÉF.  Le mot « Puppy » signifie Jeune chien. « A puppy love » se dit de la première aventure amoureuse d’un[e] ado. On parle de « Puppy fat » pour désigner l’embonpoint dont souffrent certains[es] ados  et qui disparaît avec l’âge. Enfin « Puppy » se dit aussi d’un jeune homme bouffi de suffisance. Attention : le « u » ne se prononce pas « ou » mais de ce son propre aux Anglais sorte de « a » ouvert entre le a et le e.
 

Flash infos artistes

 
Jeff Koons.  Artiste plasticien américain né en 1955.
En 1998 le couple ci-dessus, chiens compris, avait été estimé entre 250 et 350 000 $. Un prix ridicule comparé aux presque soixante millions de la dernière œuvre.
David Salle.  Peintre américain né en 1952.

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