Petit voyage à Genève

Le Cercle des Africanistes Vaudois

Jean-Baptiste-Camille Corot « Quai des Pâquis – Genève », 1860. Peinture appartenant au musée d’Art et d’Histoire de Genève. Iain Gale « Corot », éditions Studio (Londres, 1994). Bibliothèque Vert et Plume, sept.1995

Une reproduction de ce tableau était accrochée au mur, dans le salon du Cercle des Africanistes vaudois.

A Genève où il se rend en autocar plusieurs fois par semaine, Guillaume Ducamp est devenu membre du Cercle des africanistes vaudois.

Les membres du Cercle

Tout comme Guillaume, les fondateurs du cercle des Africanistes vaudois ont  été de grands voyageurs avant de se retirer sur les bords du lac Léman où ils passent l’essentiel de leur temps à lire et à écrire.

Illustration de Jacques de Loustal pour « Touriste de bananes » de Georges Simenon aux Editions Vertige Graphic, 1998

Jacques de Loustal, « Touriste de bananes ». Sourcing image : illustration pour l’édition du roman de Georges Simenon aux Editions Vertige Graphic, 1998 (Bibliothèque Vert et Plume)

« J’aime bien regarder les heures passer », déclarait Loustal dans Libération en juillet 1998.

De l’Afrique, les membres du Cercle ont surtout retenu l’histoire, la culture et les arts. Ils possèdent dans leur collection personnelle des statuettes ou des masques qu’ils affectionnent comme s’il s’agissait de pièces de musée.
La valeur des choses, aime à répéter Jacques Leprat, secrétaire du Cercle, est  souvent une affaire personnelle, même les grands collectionneurs ne sont pas toujours assurés de la pertinence économique de leurs choix.
Au Cercle des Africanistes, Guillaume rencontre Nils Iltonne qui monte des expositions avec des artistes africains et européens qu’il fait travailler sur des thèmes communs. Il n’a pas de mal à trouver en Suisse des mécènes pour financer ses résidences d’artistes.

L’art africain contemporain

« Forme écrasée », sculpture de Freddy Tsimba réalisée avec des douilles que l’artiste est allé récupérer dans l’est de la R.D.C.

Freddy Tsimba « Forme écrasée », sculpture (2007). Réalisée avec des douilles que l’artiste, originaire du Congo R.D.C. est allé récupérer dans l’est du pays. Sourcing image : photographie communiquée par l’artiste (collection Vert et Plume)

Il y a quelques années, l’artiste avait exposé dans une galerie derrière le Centre Pompidou une petite sculpture en bronze représentant un « couple tourné vers l’avenir ». Charlotte et Guillaume avait eu un coup de foudre. Mais la sculpture avait été vendu la veille.

« Il n’y a pas de marché de l’art en Afrique, dit Nils à Guillaume, mais beaucoup de créations. En Europe c’est un peu le contraire, un marché avec des milliers de galeries et d’amateurs mais peu d’œuvres dont le message soit compréhensible par le plus grand nombre. »
« Qu’en dites-vous ? » demande Guillaume à Hoffman, le conservateur du musée des Hirondelles qui vient de se joindre à eux.
« En ce moment nous organisons une rétrospective des terres cuites africaines, la prochaine exposition de Nils à laquelle nous nous sommes associés permettra d’alterner art africain ancien et moderne. »
« J’ai remarqué, dit Guillaume, que les Suisses et les Allemands s’intéressent davantage à l’Afrique que les Français. Sans doute ont-ils gardé une image réductrice de l’Afrique, héritée de leur passé colonial. »
« Il est vrai que les arts populaires sont mieux considérés en Suisse. On dirait que chez vous les canons de la beauté ont été définis une fois pour toutes selon des critères élitistes et des modes de vie… disons «bourgeois ». Ce mot va bien aux Français. Les Suisses sont plus démocrates. »
« Quand j’étais étudiant, raconte Guillaume, notre professeur donnait toujours la constitution suisse en exemple.  Malheureusement ajoutait-il aussitôt, elle est difficile à mettre en œuvre dans les grands pays, »
Jacques Leprat, qui les écoute depuis son fauteuil où il est confortablement installé, les interrompt : « Je pense aussi que l’art africain, contemporain est la plupart du temps un art populaire, créé par des artistes autodidactes. A l’inverse, les artistes européens ont de tout temps suivi les cours d’une école de peinture, ou des beaux-arts, ou des arts graphiques. Ils ont à leur disposition des outils très modernes et bénéficient d’offres de stage dont les artistes africains sont privés dans leurs pays. »

La foi peut soulever des montagnes

Le Gautrisch sur la frontière entre les cantons de Berne et de Fribourg

Alfred Vetter « Le Gautrisch » (sur la frontière entre les cantons de Berne et de Fribourg). Crayon à huile Caran d’Ache sur un fond de peinture à l’eau étalée avec une éponge humide (années 80). Sourcing image : Gazette Swissair (archives Vert et Plume)

La « Gazette » était le magazine de bord offert par Swissair à ses passagers. Guillaume avait l’habitude d’emprunter cette compagnie pour se rendre en Afrique au départ de Genève.

« A Annecy et même à Paris, remarque Guillaume, on peut dire sans trop exagérer que l’art africain contemporain est invisible. »
« Je ne pense pas, dit Hoffman, que ce soit un problème de visibilité mais plutôt d’image. L’art africain est perçu comme un art archaïque et l’idée qu’il puisse être contemporain n’est pas audible par un Européen. L’image de l’Afrique d’aujourd’hui reste attachée à des archaïsmes que ce soit en termes d’organisation politique, de réalité sociale ou de comportements économiques. »
« Autrement dit l’art africain ne peut pas être contemporain, n’est-ce pas ? » demande Guillaume.
« En quelque sorte, répond Hoffman. Il nous faut trouver un autre concept. »
« Je propose que nous approfondissions ce sujet tous ensemble », suggère Guillaume.
« En attendant, vous devriez chercher des lieux d’exposition qui accepteraient de recevoir mes artistes, » ntervient Nils sur un ton enjoué.
« Voilà une bonne idée pour m’occuper l’esprit et ne plus voir ces montagnes qui se sont dressées entre moi et le reste du monde, répond Guillaume.
« Mon cher Ducamp, lance Leprat, vous vous y habituerez, dans un an vous ne remarquerez plus ces montagnes. Ici il n’y a que ça. Et quand elles auront vraiment disparu de votre paysage imaginaire, vous les regretterez ! »

Isaac Julien "Fantôme Créole", tournage à Ouagadougou (2005). Sourcing image : "Isaac Julien - Livre n°6", éditions du Centre Georges Pompiddou (Paris, 2005). Bibliothèque Vert et Plume, 2007

Isaac Julien « Fantôme Créole », tournage à Ouagadougou (2005). Sourcing image : « Isaac Julien – Livre n°6 », éditions du Centre Georges Pompiddou (Paris, 2005). Bibliothèque Vert et Plume, 2007

Le Cercle des Africanistes dispose d’une bibliothèque riche de plusieurs centaines d’ouvrages consacrés à l’Afrique, ainsi que des photographies et des films.

Flash infos artistes

Jean-Baptiste Corot. 1796-1875. Peintre français considéré comme le 1er peintre « moderne » tant pas sa manière que par ses sujets. Quand il ne peignait pas dans son studio parisien, Corot voyageait beaucoup. Il s’est souvent rendu en Suisse d’où sa mère était originaire. Il a peint le tableau ci-dessus à Genève où il aimait s’installer sur les bords du lac. C’était la patrie de Jean-Jacques Rousseau que Corot appréciait particulièrement de lire quand il était dans sa chambre d’hôtel à Genève. Le peintre suisse Daniel Baud-Bovy était un de ses amis. C’est grâce à lui que l’on connait le temps passé par Corot sur ce tableau : 40 heures de travail pour capturer la lumière à ce point de perfection ! (Source : livre cité dans la légende de l’image).
Isaac Julien. Artiste et cinéaste africain-anglais né à Londres en 1960. Travaille sur le rapport entre Noirs et Blancs dans le sens le plus large qui soit, intégrant autant les données sociologiques, intellectuelles qu’érotiques des échanges. Films à voir : sur le poète africain-américain Langston Hugues et celui plus récent sur Franz Fanon, écrivain africain-français, médecin spychiatre en Algérie au moment de la guerre d’indépendance (films en anglais sous-titrés)
Jacques de Loustal. Né en 1956. A été étudiant en architecture. Auteur de bandes dessinées et illustrateur. Affectionne la représentation de la solitude des voyages sous les tropiques.
Freddy Tsimba. Artiste originaire de l’est du Congo. Il a son atelier à Kinshasa et voyage régulièrement en Europe. A beaucoup travaillé sur la violence en Afrique, notamment la violence faite femmes. Certaines de ses sculptures sont monumentales.
Alfred Vetter. Initiateur de la Gazette Swissair (années 70-80)

 

 

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