Peintures de la vie moderne

Ce n’est pas du nombril de la France qu’il s’agit, mais du Kenya, pays phare de l’est africain, avec l’Éthiopie sa voisine.
Le thème de la vie moderne, sujet en soi de mille controverses, était l’an dernier à Lyon l’objet de la Biennale d’art contemporain.
Beaucoup de peintres au musée du parc de la Tête d’Or, parmi lesquels le britannique, d’origine kenyane, Michael Armitage, inconnu des Français.
« Tiens ! il y a des peintres modernes africains… »
« Je vois que tu n’as jamais mis les pieds à Kinshasa ou à Nairobi ! »
Peinture vigoureuse, couleurs chatoyantes pour une mise en scène des préjugés, des inégalités, du sexe mâle et de la violence, propres aux sociétés africaines en général. 
Voici le Kenya en cinq tableaux.
Pays aux contrastes saisissants où sont les racines [paternelles, maternelles ?] de l’artiste né en 1984, éduqué en Angleterre.
Maîtres : Gauguin, Goya, Velasquez et les autres.

L’Éden africain

Michael Armitage « Lucy », 2015. Peinture à l’huile sur une toile Lubugo, écorce traditionnelle ougandaise, 170 x 149.5 cm . Sourcing image : 13e Biennale de Lyon, photographie François Buffard

Michael Armitage « Lucy », 2015. Peinture à l’huile sur une toile Lubugo, écorce traditionnelle ougandaise, 170 x 149.5 cm . Sourcing image : 13e Biennale de Lyon, photographie François Buffard©

Tellement proche, tellement lointaine, cette idée stupide que l’homme [surtout s’il a la peau noire] descendrait du singe, considérant qu’il n’y a pas une seule espèce humaine, mais plusieurs.
24 novembre 1974.
Une équipe composée de chercheurs américains, français et éthiopiens découvrent sur le site de Hadar, en terre Afar de l’Ethiopie, le fossile d’une espèce cousine de l’espèce Homo, dotée comme elle d’une locomotion bipède.
Taille : 1.10 à 1.20 m.
Poids ; 25 kg
Âge du décès : 25 ans.
Datation : – 3.2 millions d’années.

Tribalisme et colonialisme en héritage

Michael Armitage « Numbers (Mau-Mau », 2015. Peinture à l’huile sur une toile Lubugo, écorce traditionnelle ougandaise, 115 x 155 cm. Sourcing image : 13e Biennale de Lyon, photographie François Buffard
Michael Armitage « Numbers (Mau-Mau », 2015. Peinture à l’huile sur une toile Lubugo, écorce traditionnelle ougandaise, 115 x 155 cm. Sourcing image : 13e Biennale de Lyon, photographie François Buffard
 
Les détenus Mau-Mau, affublés d’un panneau, semblable à celui des hommes-sandwiches, sur lequel figure un numéro, quittent un à un  l’enceinte du tribunal qui vient sans doute de prononcer ses sentences à leur encontre. 
Ils vont pieds nus, le premier est le n°8. On aperçoit derrière lui le n°6 qui sort de la pénombre
Octobre 1952 – décembre 1956.
Les Kikuyu, spoliées par le régime colonial britannique, deviennent le fer de lance de la révolte contre l’occupant qu’ils accusent de détruire la société traditionnelle. Sabotages et assassinats déclenchent une répression féroce de la part du gouvernement colonial. Arrestations suivies de tortures. 
11.000 insurgés tués ou assassinés.
20.000 prisonniers enfermés dans des camps.
1963. Le Kenya accède à l’indépendance. Jomo Kenyatta, un leader de la contestation des Kikuyus, accède à la tête du pays.
La suite est une autre histoire… 

Règlements de comptes

Michael Armitage « In the garden », 2015. Peinture à l’huile sur une toile Lubugo, écorce traditionnelle ougandaise, 195.43 x 147.64 cm. Sourcing image : 13e Biennale de Lyon, photographie François Buffard
Michael Armitage « In the garden », 2015. Peinture à l’huile sur une toile Lubugo, écorce traditionnelle ougandaise, 195.43 x 147.64 cm. Sourcing image : 13e Biennale de Lyon, photographie François Buffard
 
 
Nairobi forme avec Lagos et Kinshasa le trio des villes les plus dangereuses du continent africain, à l’intérieur de pays réputés « en paix ».
Certainement pas avec eux-mêmes.
 
… la société civile kenyane est profondément marquée par l’héritage conjoint du tribalisme, qui culmine lors de chaque élection importante, et le colonialisme qui perdure sous la forme d’une injustice sociale archaïque.
Clientélisme, et corruption sont des plaies endémiques d’une société marquée par la violence, la criminalité, les règlements de compte liés au banditisme et les méthodes brutales employées par la police.
Les bidonvilles de Nairobi, caractérisés chacun par une ethnie dominante sont à traverser pour se rendre compte, à condition d’être à deux voitures et de ne pas tomber en panne…

Dieu est grand !

Michael Armitage « Homebill (21st-24th Sept.2013) », 2014. Peinture à l’huile sur une toile Lubugo, écorce traditionnelle ougandaise. Sourcing image : 13e Biennale de Lyon, photographie François Buffard
Michael Armitage « Homebill (21st-24th Sept.2013) », 2014. Peinture à l’huile sur une toile Lubugo, écorce traditionnelle ougandaise. Sourcing image : 13e Biennale de Lyon, photographie François Buffard
Le centre commercial de Westgate est en soi ordinaire, mais pour les habitants de Nairobi il est un symbole de modernité. Les étrangers y sont en nombre. Une cible pour les terroristes. 
 
21 au 24 septembre 2013 à Nairobi.
Un groupe de terroristes Al-Shabaab prennent d’assaut le centre commercial de Westgate, puis s’y retranchent. Ils tuant 68 personnes, en blessent 200 autres. Les attaquants sont abattus par la police sauf un qui est fait prisonnier.
Le terrorisme ne touche pas seulement l’Occident.

La guerre des sexes est déclarée

Michael Armitage « MyDressMyChoice / Je m’habille comme je veux », 2015. Peinture à l’huile sur une toile Lubugo, écorce traditionnelle ougandaise, 149.9 x 195.6 cm. Sourcing image : 13e Biennale de Lyon, photographie François Buffard
Michael Armitage « MyDressMyChoice / Je m’habille comme je veux », 2015. Peinture à l’huile sur une toile Lubugo, écorce traditionnelle ougandaise, 149.9 x 195.6 cm. Sourcing image : 13e Biennale de Lyon, photographie François Buffard
Novembre 2014.
Dans les rues de Nairobi, la capitale.
Un groupe d’hommes s’attaquent à une femme vêtue d’une jupe trop courte à leur goût. Ils lui arrachent ses vêtements et la laissent nue pour l’humilier et lui ôter le goût de recommencer.
Au 1er hashtag « MyDressisMyChoice » va s’ajouter celui de « NudityisNotMyChoice » = « Je n’ai pas choisi d’être nue », dans les protestations des femmes kenyanes dans les grandes villes.
Dans l’Ouganda voisin, le gouvernement poursuit les homosexuels qu’il considère comme des criminels.
Leur attirance pour une personne du même sexe est une insulte au sexe mâle dont la vocation naturelle serait de dominer la femme, non – toujours de leur point de vue -, de se comporter comme elle.
Trop souvent en Afrique, les femmes et les homosexuels ne peuvent pas disposer librement de leur corps. Les vrais hommes, qui brandissent la tradition  comme prétexte, violent les premières et tuent les seconds, donnant de leur continent une image archaïque.
La modernité n’est pas un objectif si elle ne s’accompagne pas d’une réflexion animée par l’idée de progrès.
C’est un message de ce type qui fait défaut dans les peintures de Michael Armitage, tout comme dans le quotidien des Africains, qui continuent de fuir leur continent par milliers.
L’occasion de s’interroger sur le rôle de l’artiste dans la vie moderne…

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