Nos ancêtres les Indiens

 L’idée de cet article remonte à la visite de l’exposition « EXHIBITIONS, l’invention du Sauvage » organisée au musée du quai Branly (Paris) en 2012. 
L’espace dédié se résume alors à un long couloir sinueux et sombre percé de part et d’autre de rais de lumière blanche illuminant des agrandissements géants de photographies en noir et blanc devant lesquelles les visiteurs font halte pour écouter les commentaires avec intérêt, s’agissant des adultes, ou d’une oreille distraite, s’agissant des jeunes. Des lycéens de 16 à 18 ans venus de la banlieue dont certains n’ont guère envie de voir leurs ancêtres montrés en spectacle en Europe et en Amérique du nord à la fin du 19e siècle. Tout cela paraît si lointain et si peu glorieux en effet pour les uns et les autres, les regard és comme les regardants..
 
William Henry Jackson’s Shoshone-Bannock posing in their family tepee in Idaho », 1871. Sourcing image : « The National Geographic », février 1989 (collection The Plumebook Café)

William Henry Jackson’s Shoshone-Bannock posing in their family tepee in Idaho », 1871. Sourcing image : « The National Geographic », février 1989 (collection The Plumebook Café)

 
Encore plongés dans la repentance comme l’étaient les Américains dans les années 1970 à l’égard des « Native Americans », comprenez les Indiens, les Français scrutent les images de l’expo et se repassent celles qui font bien mal. 
Plusieurs lycéens se laissent volontairement distancer et sortent leur portable de leur poche.
Une accompagnatrice découvre que les Indiens (« Peaux-Rouges ») ont été présentés dans des spectacles à travers les Etats-Unis. Elle ne sait pas que Buffalo Bill a monté son « Wild West Show » en 1882. Connaît-elle seulement l’homme ? Il a servi d’éclaireur aux « Tuniques bleus » dans leurs chasses à l’Indien. Sitting Bull participe au Show de Buffalo Bill en 1885 mais n’est pas autorisé à se rendre en tournée en Europe. 
Buffalo Bill et ses cavaliers remportent un tgrand succès en France, Le public, ne connait pas grand-chose de la vie du personnage, seule compte sa légende et l’adresse des cavaliers.
L’accompagnatrice s’exclame ; « Je comprends pourquoi les petits Français connaissent les Indiens ! »
 
François Buffard « Native Americans », colage (1982). Collection particulière (tous de reproduction réservés)

François Buffard « Native Americans – 1. », collage (1982). Collection particulière (tous de reproduction réservés)

 
En entendant la réflexion de cette jeune femme je comprends bien-sûr que chez elle, quand elle était petite, personne ne jouait « aux Indiens et aux Cow-boys ». Et qu’elle n’imagine pas un instant à quel point il était plus glorieux d’être le chef indien qui résiste que le cow-boy qui s’empare des meilleures terres pour ses troupeaux et relègue les Indiens sur des territoires arides.
Ajouté à cela la fière allure de ces Indiens aux temps glorieux qu(il avec plumes sur la tête, dessins sur la peau du visage, carquois sur l’épaule et arc prêt à lancer des flèches enflammées sur les convois de chariots des envahisseurs blancs.
 
François Buffard « Native Americans », collage (1982). Collection particulière (tous de reproduction réservés)

François Buffard « Native Americans – 2. », colage (1982). Collection particulière (tous de reproduction réservés)

 
L’engouement des jeunes Français pour les Indiens remonte aux années 1920, après la première guerre mondiale qui a donné lieu à un formidable brassage de populations. Des Indiens servaient dans l’armée américaine comme des Africains dans les rangs français. Mais pas aux postes que certains prétendent.
Le 12 août 1924, « Le Petit Robinson », magazine illustré à destination des garçons, dédié aux histoires de « Chasses, Voyages et Aventures », commence la publication de son « Histoire des Indiens Peaux-Rouges ». La dessin de couverture, de qualité très médiocre, représente « Le combat de Big Horn ». L’histoire se poursuit sur plusieurs numéros. La spoliation des terres indiennes par les Blancs y est dénoncée.
 
François Buffard « Native Americans », colage (1982). Collection particulière (tous de reproduction réservés)

François Buffard « Native Americans – 3. », colage (1982). Collection particulière (tous de reproduction réservés)

 
A partir des années 1990, les chercheurs américains vont s’intéresser à l’histoire ancienne des Indiens.
Ils mettent en lumière l’influence que leur comportement a pu avoir sur l’environnement. L’épuisement des sols, la baisse du niveau des nappes phréatiques, la déforestation provoquée par l’usage intempestif de feux dont ils perdaient la maîtrise. Le feu était utilisé comme un outil au service de la chasse, de l’agriculture et de la guerre. 
Les combats entre groupes tribaux ennemis étaient nombreux et violents.  
Tout comme les Blancs, les Indiens ont contribué à la disparition des bisons qu’ils ont chassés de manière éhontée pour servir de monnaie d’échange contre de l’alcool (la fameuse « eau de feu »), des couteaux et des fusils.
Les chercheurs découvrent enfin, au sud-ouest du Colorado, dans un site d’Indiens Anasazi (ceux-là dont on va admirer les constructions de Mesa Verde), , les preuves formelles de la consommation de chair humaine, ingestion, digestion et défécation. 
De quoi abolir le mythe du bon sauvage, écolo de surcroît. 
Il n’y a guère de doute, les Indiens sont bien nos ancêtres !

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