Naufragés des Temps Modernes

Mise en forme : Vert et Plume
Décors : Lyon centre et banlieue
Objectif : sortir du cadre convenu du marché de l’art (galeries, institutions), en associant d’autres artistes ou la population locale à cette démarche.
Durée : celle de la Xè Biennale d’art contemporain qui a eu lieu durant l’automne 2009 et le début de l’hiver.
Thèmes : 1. Vivre ensemble – 2. « Veduta » (en ital.) = vue (en franç.) : ce qui se voit et comment on le voit

Un théâtre

Sophie Dejode & Bertrand Lacombe, « Floating Land Republic » (projet lancé en 2001). Installation géante dans le jardin intérieur de la Fondation Bullukian (Photos V&P)

Sophie Dejode & Bertrand Lacombe, « Floating Land Republic » (projet lancé en 2001). Installation géante dans le jardin intérieur de la Fondation Bullukian (Photos Vert & Plume)

Sophie Dejode & Bertrand Lacombe, « Floating Land Republic ». Jour, dans le jardin de la Fondation Bullukian (Photo V&P)

Sophie Dejode & Bertrand Lacombe, « Floating Land Republic ». Jour, dans le jardin de la Fondation Bullukian (Photo V&P)

République ou Château des Arts ? Voilà une utopie qui fonctionne comme une attraction avec l’argent des institutions qu’elle met en cause. Un lieu de vie et de création, nous dit-on, destiné aux artistes invités par les deux compères qui l’ont conçu. Une rampe devant la porte d’accès évoque le pont-levis abaissé d’un château.

Elle est garnie de rails permettant de faire glisser dessus l’énorme chaudron qui est dans le hall d’entrée du château, symbole de banquets épiques auxquels sont conviés les artistes et autres invités des nuits de fête. Le château, comme on voit sur une des photos ci-dessus s’illumine alors et les cris de joie des invités résonnent dans le jardin. Le spectacle des performances peut commencer.
A l’intérieur de la Fondation, les sans-papiers de Laura Genz dont le flot ne ralentit pas pendant la fête poursuivent leur « lutte pour la dignité et la reconnaissance de leurs droits » (lire : Cela ressemble à un conte de Noël).

Illustration presque parfaite d’un quotidien imaginaire où les contraires cohabitent par la magie de l’art.

Werner Herzog, Fitzcarraldo (1982). La scène extraordinaire de halage du bateau avec l’aide des Indiens pour le franchissement d’une colline (Photo V&P)

Werner Herzog, Fitzcarraldo (1982). La scène extraordinaire de halage du bateau avec l’aide des Indiens pour le franchissement d’une colline (Photo V&P)

La « floating land » de Dejode et Lacombe qui « flotte sur l’océan de l’univers culturel et jette l’ancre à chaque exposition » me fait penser à un autre projet épique et fou, celui que nous raconte Werner Herzog dans son film Fitzcarraldo où le capitaine inspiré est rattrapé malgré lui par la réalité d’un monde qui appartient à d’autres et qu’il croyait connaître, celui des Indiens  en l’occurrence (disponible en DVD).
Lire aussi : Le théâtre de la vie

Une scène

Collectif Bik Van der Pol, créé à Amsterdam en 1995. « Public sculpture », un radeau investi par les enfants. Le slogan qui figure sur la banderole, repris à leur compte par les artistes du collectif, est de Bernard Cousin (1968). A la fin de l’été, le radeau s’est retrouvé exposé sur une pelouse du MAC

Collectif Bik Van der Pol, créé à Amsterdam en 1995. « Public sculpture », un radeau investi par les enfants. Le slogan qui figure sur la banderole, repris à leur compte par les artistes du collectif, est de Bernard Cousin (1968). A la fin de l’été, le radeau s’est retrouvé exposé sur une pelouse du MAC (Images 1 & 2 catalogue. 3 photo V&P)

Comme cela se fait à l’occasion des manifestations culturelles, certains artistes sont invités par les organisateurs à séjourner et à créer sur place une œuvre originale, une façon de soutenir leur travail.
Ici, le collectif Bik Van der Pol, installé dans la banlieue lyonnaise imagine pour un lac artificiel une installation qui ressemble à la fois à un ponton et à un radeau destiné aux baigneurs. Une caméra installée sur la plage filme ceux qui montent sur le radeau où flotte une banderole comme on en voit en tête des cortèges les jours de manifestation : « Sous les pavés, la plage », un slogan qui conviendrait aussi bien à l’opération de Paris-Plage. Un mélange de Front Populaire, de congés payés, de mai 68 et de revendication sociale, bous mélangez le tout, vous agitez et vous obtenez « Public Sculpture » avec ses baigneurs visiblement nourris de moules-frites, de barres chocolatées et de Coca-Cola.
Le film de la scène qui se répète chaque jour de l’été est diffusé sur le lieu de résidence et à l’intérieur du Musée d’art contemporain. « Je m’exhibe, je te vois qui est restée sur la plage, tu me regardes, on me filme, je n’y pense déjà plus, au musée les gens vont me voir, on va bien rigoler, regarde là c’est toi ! Et toi t’es où ? »

Image extraite de « Pravda la Survireuse », une bande dessinée par Guy Peellaert, coécrite avec le cinéaste Pascal Thomas (Ed. Eric Losfeld, janv.1968). La scène reproduit le tableau peint par Théodore Géricault en 1819

Guy Peellaert « Pravda la Survireuse », 1968. Bande dessinée coécrite avec le cinéaste Pascal Thomas. (Editions Eric Losfeld janv.1968)

Théodore Géricault, « Le Radeau de la Méduse » (1819) – Musée du Louvre

Théodore Géricault, « Le Radeau de la Méduse » (1819) – Musée du Louvre

Changement de registre. L’intensité dramatique est à son comble. En même temps que le geste du marin torse nu agitant sa chemise pour attirer l’attention d’un brick qu’il vient d’apercevoir laisse augurer la fin prochaine du calvaire pour les quelques survivants d’un naufrage qui à son époque fit grand bruit.
Les « personnes de qualité » comme on disait alors, dont le futur gouverneur du Sénégal qui venait d’être restitué à la France, avaient embarqué sur des chaloupes tandis que les marins durent se contenter d’un radeau de fortune. La plupart d’entre eux périrent.
Sur scène, les personnages sont libres de prendre plusieurs rôles, ils peuvent être bons ou méchants, riches ou pauvres,  drôles ou sérieux, ou les deux. Il en va différemment dans la vraie vie où les gens veulent demeurer une fois pour toutes à la place qu’ils estiment être la leur.

Des figurants

Robert Milin (né à Brest, 1951 – vit à Dijon)  « Veni, Veni, Veni » - vidéo (2009). Image d’un jeune garçon photographié sur l’écran de projection du MAC.

Robert Milin (né à Brest, 1951 – vit à Dijon) « Veni, Veni, Veni » - vidéo (2009). Image d’un jeune garçon photographié sur l’écran de projection du MAC.

Robert Milin, « Veni, Veni, Veni » - vidéo (2009). Image d’un vieux monsieur photographié sur l’écran de projection du MAC

Robert Milin, « Veni, Veni, Veni » - vidéo (2009). Image d’un vieux monsieur photographié sur l’écran de projection du MAC

Toute identité est sociale, chaque modèle appartient à un groupe, nous enseigne le catalogue de la Biennale.
Comme les baigneurs, quel que soit leur âge, les figurants muets de Robert Milin me font penser à des rescapés.  Quelle différence cela fait d’avoir l’avenir devant ou derrière soi ?

Mots et paroles d’artistes

Dan Perjovschi, « The everyday drawings / Dessins au jour le jour », craie blanche sur tableau noir - 2009. Cet artiste roumain a envoyé chaque jour par fax un nouveau dessin aussitôt reproduit sur un tableau couvrant la totalité d’un mur de La Sucrière

Dan Perjovschi, « The everyday drawings / Dessins au jour le jour », craie blanche sur tableau noir - 2009. Cet artiste roumain a envoyé chaque jour par fax un nouveau dessin aussitôt reproduit sur un tableau couvrant la totalité d’un mur de La Sucrière (Photo V&P)

« Mon vœu pour les gens [de Vaux-en-Velin] : qu’un jour ils puissent se libérer des perceptions fixées et des stéréotypes qui leur sont attribués, pour devenir les maîtres de leur propre destin. »
Eko Nugroho, artiste indonésien invité en résidence d’un mois à Vaux-en-Velin (banlieue de Lyon).

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