Manhattan-sur-Seine

1.  Depuis la terrasse de la fondation Louis Vuitton  la ligne de crête des immeubles de la Défense semble surgir de la végétation luxuriante du jardin d’Acclimatation. Elle rappelle la vue que l’on a depuis Central Park, à New-York, sur la ceinture d’immeubles qui domine les arbres et donne l’illusion que la nature est partie à la conquête de la ville alors qu’il n’en est rien.
Toutes les villes du monde finissent par se ressembler. Paris-sur-Hudson River. Manhattan-sur-Seine.

Autoportrait en jeune homme mélancolique

Francis Picabia « Portrait d’un couple / Le Cerisier », 1942-1943. Sourcing iumage : petit catalogue de l’exposition « Les clés d’une passion » à la fondation Louis Vuitton, printemps-été 2015 (bibliothèque The Plumebook Café)

Francis Picabia « Portrait d’un couple / Le Cerisier », 1942-1943. Sourcing iumage : petit catalogue de l’exposition « Les clés d’une passion » à la fondation Louis Vuitton, printemps-été 2015 (bibliothèque The Plumebook Café)

2.  Un agent de la RATP nous interpelle dans un couloir de la station Bastille. Il réclame nos tickets. Désolés, nous les avons jetés en sortant du train. Des corbeilles nous tendaient les bras. L’agent se fait chien, attention il est méchant. Nous menace d’une amende. Ces deux bourges je les tiens ! Nous exhibons notre carnet tout neuf. Il manque les deux tickets qu’il aurait fallu conserver sur nous. Ah bon ! C’est marqué où ? Il ne veut rien savoir. Ces p’tits cons je n’les lâcherai pas. Faisons demi-tour pour rechercher nos tickets dans la corbeille. C’est dangereux qu’il dit. Ah bon ? Une nouvelle rame arrive. Nous grimpons. Les bourges te saluent ! Station suivante, personne. La sortie… de prison. Enfin un bol d’air libre !
 
3.  Rue St-Honoré, côté peuple, les vélos roulent dans les deux sens. Nous frôlent. Une histoire de frissons. Pas désagréable. Des piétons traversent n’importe où sans regarder. Des oiseaux, on dirait des mouettes, volent en piqué sous notre nez. Crient. Attrapent avec leur bec tout ce qui tombe de nos mains maladroites. Aucun heurt. Le désordre est la règle. Essayer d’y remédier provoquerait une catastrophe.
 
4.  À la Maison Européenne de la Photographie. Un beau court-métrage de Denis Darzacq. Dans un décor de campagne, non loin du champ de bataille, des lycéens récitent ou lisent des lettres adressées à leur mère, à leur fiancée, à leur femme, par des soldats de la Grande Guerre. 
Dans une autre salle, des photographies de jeunes handicapés, arrachés à leur isolement contraint, posant en des lieux aussi insolites qu’une salle de musée par exemple (la photo la plus touchante), prenant des poses inopinées. Beaucoup d’émotion dans cette tentative de restituer un visage à des humains que nous nous efforçons d’ordinaire de ne pas regarder.

Au soleil du Midi libre

Francis Picabia « Printemps », 1942-1943. Sourcing iumage : petit catalogue de l’exposition « Les clés d’une passion » à la fondation Louis Vuitton, printemps-été 2015 (bibliothèque The Plumebook Café)

Francis Picabia « Printemps », 1942-1943. Sourcing iumage : petit catalogue de l’exposition « Les clés d’une passion » à la fondation Louis Vuitton, printemps-été 2015 (bibliothèque The Plumebook Café)

 
5.  Saturday night fever. Paris boit et gueule pour fêter la fin de la semaine. Hommes et femmes, filles et garçons. Dans toutes les langues du monde. 
Il ne fait aucun doute que l’alcool ne rend pas l’individu plus intelligent.
 
6.  Les objets taquins. J’ai remarqué à plusieurs reprises l’habileté dont les objets font preuve pour se rebeller contre notre volonté. Ils se cachent quand on les cherche. Surtout les clés et les lunettes. S’emmêlent ou s’accrochent pour nous empêcher de les attraper. Se retiennent à tout ce qui dépasse. Tombent par terre quand ils devraient ne pas bouger. Ils font tout pour nous contrarier.
 
7.  J’ai laissé ouverte la porte qui ouvre sur le balcon. J’entends roucouler une tourterelle. Je déteste le son qu’elle émet. Je voudrais avoir le pistolet à flèches de mon enfance pour la faire taire.
 
8.  L’antre de mon bouquiniste sent le papier moisi. Je lis dans un vieux journal parisien que le temps de travail individuel est passé de 3000 heures en 1900 à 1600 heures en 2000. L’article ne précise pas en quelle année on ne travaillera plus du tout.
 
9.  Le jour du retour en Savoie arrive. Il y a cette phrase de Fabrice Luchini : « J’ai connu ces parfums de boutique fermée à treize heures [12h30 à Annecy], mais surtout le silence provincial ». C’est dans France Culture Papier.
Dur de quitter Paris. On a du mal à oublier la capitale. Comme au retour d’un voyage à l’étranger. Il faut du temps pour s’en remettre. Retrouver la vie ordinaire et… le silence.

Flash infos artistes

Denis Darzacq.  Né en 1961 à Paris. Photographe français. Originalité, créativité sensibilité et authenticité caractérisent à mes yeux son travail.
Francis Picabia.  1879-1953. Peintre français. Vivant sur la Côte d’Azur durant l’Occupation allemande de la France, il peignait des nus féminins. En compagnie comme ici d’un jeune homme qui n’est autre que lui-même [voir son autoportrait dessiné vers 1920 quand il a 40ans]. 
Parfum d’obscénité, si l’on songe à l’actualité française de la période où Picabia s’adonna à la peinture de pin-ups dans le style des publicités que publiait L’ILLUSTRATION dans les années 20. 

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