L’origine de l’art

 « DÉDICACE.  Ah ! mille flammes, un feu, la lumière / Une ombre ! / Le soleil me suit. / Jacqueline me prolonge. »
Lucien Clergue, introduction à Corps Mémorable (1957)

Corps mémorable

Lucien Clergue « Corps mémorable.3/12 », 1957. Sourcing image : « Corps mémorable », livre de 12 photographies de Lucien Clergue avec testes, poèmes de Paul Éluard et couverture de Picasso, l’ensemble réalisé en 1957 et édité en 1965 (Bibliothèque The Plumebook Café, 1965)

Lucien Clergue « Corps mémorable.3/12 », 1957. Sourcing image : « Corps mémorable », livre de 12 photographies de Lucien Clergue, poèmes de Paul Éluard et couverture de Picasso, l’ensemble réalisé en 1957 et édité en 1965 (Bibliothèque The Plumebook Café, 1965)

Tes mains pourraient cacher ton corps
Car tes mains sont d’abord pour toi
Cacher ton corps tu fermerais les yeux
Et si tu les ouvrais on y verrait plus rien.
Paul Éluard
Lucien Clergue fut le poète-photographe de nos vingt ans. Notre génération était classique, pétrie de romantisme. Lucien Clergue nous donnait à contempler l’archétype féminin, le corps nu de la femme parfaite, la femme œuvre d’art, statue grecque retrouvée au fond des eaux transportée sur les rivages de la Camargue où Clergue l’avait trouvée, la tête coupée, les bras aussi et les pieds. Son corps avait échappé aux destructions des barbares qui l’avaient jetée à la mer où elle s’était brisée. Ses seins respiraient encore, son ventre contenait toutes les promesses du paradis, les broussailles de son sexe chatouillaient notre imagination, allumait la flamme de notre désir. Nous avions vingt ans. Lucien Clergue 23 quand il avait fait ces photos dont nous épinglions les reproductions aux mirs de notre chambre d’étudiants.

Les gestes de l’artiste

Pablo Picasso « Corps mémorable, couverture », 1957. Sourcing image : « Corps mémorable », livre de 12 photographies de Lucien Clergue avec testes, poèmes de Paul Éluard et couverture de Picasso, l’ensemble réalisé en 1957 et édité en 1965 (Bibliothèque The Plumebook Café, 1965)
Pablo Picasso « Corps mémorable, couverture », 1957. Sourcing image : « Corps mémorable », livre de 12 photographies de Lucien Clergue, poèmes de Paul Éluard et couverture de Picasso, l’ensemble réalisé en 1957 et édité en 1965 (Bibliothèque The Plumebook Café, 1965)
Et tu te fends comme un fruit mûr ô savoureuse
Mouvement bien en vue spectacle humide et lisse
Gouffre franchi très bas en volant lourdement
Je suis partout en toi partout où bat ton sang.
Paul Éluard
 
C’est la perfection des nus de Lucien Clergue qui les transforme en archétypes du corps féminin. De la Beauté. Débordande de générosité, de promesses.
Loin du corps masculin représenté la plupart du temps debout pour exprimer la force physique et la virilité. 
Le nu féminin de Lucien Clergue est aussi l’expression d’un corps libéré, la femme maîtresse d’elle-même, qui offre sans crainte la beauté de son corps nu à notre regard ébloui. Elle nous possède.
Nous entraîne dans ce qui ressemble à des épousailles avec la nature. Lucien Clergue célèbre les retrouvailles de l’être humain avec la nature, l’eau en premier lieu, le sable, le ciel et la lumière réconfortante du soleil. 
C’est de la Terre avec laquelle la femme se confond que nous sommes nés.
Le photographe lui rend hommage.
 

La représentation du monde

Lucien Clergue « Corps mémorable.8/12 », 1957. Sourcing image : « Corps mémorable », livre de 12 photographies de Lucien Clergue avec testes, poèmes de Paul Éluard et couverture de Picasso, l’ensemble réalisé en 1957 et édité en 1965 (Bibliothèque The Plumebook Café, 1965)

Lucien Clergue « Corps mémorable.8/12 », 1957. Sourcing image : « Corps mémorable », livre de 12 photographies de Lucien Clergue, poèmes de Paul Éluard et couverture de Picasso, l’ensemble réalisé en 1957 et édité en 1965 (Bibliothèque The Plumebook Café, 1965)

Je te le dis gracieuse et lumineuse
Ta nudité lèche mes yeux d’enfant
Et c’est l’excuse des chasseurs heureux…
Paul Éluard
 
Les cuisses de la femme Terre où les vagues viennent se briser dessinent l’entrée d’une caverne où l’eau pénètre puis se retire emportant avec elle l’écume du plaisir.
Les nus de Lucien Clergue sont des corps érotiques d’un temps qui s’est éteint.

Flash infos artistes

Robert Capa.  1913-1954. Photographe hongrois installé à Paris (agence Magnum), tué en Indochine : voir l’une de ses photos dans l’article « Une beauté fragile » / espace « Recherche » en page d’accueil du blog.
 
Robert Capa « Pablo Picasso à Anribes », vers 1948. Sourcing image : « M », le magazine du « Monde », octobre 2014 (archives The Plumebook Café)

Robert Capa « Pablo Picasso à Anribes », vers 1948. Sourcing image : « M », le magazine du « Monde », octobre 2014 (archives The Plumebook Café)

Lucien Clergue. 1934-2014. Photographe français. Son album de nus le plus connu : « Née de la vague ».
Paul Éluard.  1895-1952. Poète français, ami des artistes de son temps, un thème qui avait fait l’objet d’une belle exposition au Centre Pompidou dans les années 70.
Pablo Picasso.  1881-1973. Picasso et Lucien Clergue étaient amis. Ils ont collaboré à la réalisation de « Corps Mémorable ».
Nombreuses reproductions de ses dessins sur le blog. Cliquer sur l’espace « Recherche » en page d’accueil.

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