Loin d’ici

Mise à jour : 20 nov.2011

Un article signé François Valménié

L’art à la portée de tous

Je suis tombé par hasard, en me promenant dans le centre d’Annecy, sur une exposition organisée par l’Artothèque de la ville pour présenter ses dernières acquisitions.

Artothèque d'Annecy, carton de l'exposition "Dernières acquisitions 2008-2009 - juillet 2009 (archives Vert et Plume)

Une image ambiguë

En jouant sur le double sens du mot cadre (les œuvres de l’artothèque sont toutes encadrées, prêtes à être accrochées aux murs de votre appartement ou de votre bureau / et / les jeunes cadres d’entreprises qui auraient un penchant naturel pour l’art),  l’annonce du vernissage tente de séduire à la fois les particuliers et les entreprises.

Les entreprises et les écoles font la moue

A travers les mailles du rideau métallique baissé devant l’entrée du « Forum-Expo », je tente d’apercevoir les oeuvres accrochées aus murs. Elles me paraissent intéressantes mais le lieu n’est ouvert que l’après-midi. L »art ici se mérite. Difficile de trouver dans cette ville quelque chose d’ouvert entre midi et deux, hormis les magasins de vêtement et les restaurants bien-sûr. Je décide d’aller déjeuner et de revenir.

Espace "Forum-Expo", un endroit difficile à apercevoir perché au sommet du Centre Bonlieu à Annecy (Photo Vert et Plume, juill.2009)

« Sorry, we are closed! »

En lisant le dépliant de l’expo, je découvre qu’il existe encore bon nombre de lieux fermés à l’art. Ce sont les entreprises, les établissements scolaires (!), les hôpitaux, les milieux ruraux et pour finir les garages (?). Je m’agace tout seul en songeant que ce pays ,où les gens ne cessent de se plaindre que rien ne change, est le plus conservateur qui soit.  Pas étonnant que le changement fasse peur, il faut du courage et des ressources pour y faire face.

L’art des chiffres

L’artothèque prête les œuvres de sa collection aux particuliers  et aux collectivités abonnés à la bibliothèque.

  • 1600 œuvres originales
  • 800 petits formats pour les plus jeunes constituent « La Petite Galerie »
  • 1700 livres et DVD sur l’art contemporain
  • 105 nouvelles œuvres ont été achetées sur 2008-2009 dont 17 pour la Petite Galerie
  • des mini-expos dans la bibliothèque (voir notre article: The masculine masquerade)

En moyenne sur une année, les 3/4 des œuvres font l’objet de prêts, 1/4 constituant le stock restant à l’artothèque.

Résonances africaines

Parmi tous les dessins, les peintures et les photographies exposés, je tombe en arrêt devant cette image d’un photographe grenoblois. Elle me touche non seulement parce que je suis sensible à l’actualité de l’Afrique mais aussi parce qu’elle prête au couple africain que je connais mal un caractère amoureux et tendres qui est rarement mis en scène. C’est une photo simple et touchante.

Jean-Pierre Bonfort. Ougadougou, 2007-2008

Jean-Pierre Bonfort. Ougadougou, 2007-2008

« Les corps de l’Afrique vous regardent comme l’ombre, émergent des grands néants…

Une phrase que je relève en rentrant chez moi dans un livre de Bernard Faucon, reçu le matin même par la poste. L’un de ces heureux hasards qui frappent l’imagination.
Je fouille dans ma bibliothèque à la recherche d’un autre livre qui date de mon enfance et que j’ai conservé parce que l’histoire se passait en Afrique au moment des indépendances quand les rapports entre Blancs et Noirs étaient si caricaturaux comme le montre l’illustration de la couverture. Pourtant ce livre a quelque chose à voir avec certaines remarques de Bernard Faucon. Il faut tout lire, tout  regarder.

Pierre Joubert « Aventure au Katanga », dessin (1962). Sourcing image : roman de Irène Popiel, alias Jean-Paul Jacques, coll. Le Signe de Piste (1962). Bibliothèque Vert et Plume, 2010

« …On ne jouit pas de l’Afrique. L’Afrique est un regret, la somme des chances ratées, des occasions perdues. Une enfance cachée derrière un bon point qu’on a pas eu. »
Bernard Faucon « Été 2550 ». Éditions Actes Sud, 2009)

Je n’imaginais pas que cette visite impromptue au Forum-expo  me conduirait jusque-là. Je reste assis, songeant à l’étrangeté de certaines résonances entre artistes si différents les uns des autres. Je comprend aussi que je suis peut-être le seul à entendre cette musique dont je suis l’interprète inspiré. Et je décide d’écrire cet article.

A propos des artistes

Jean-Pierre Bonfort. Photographe installé à Grenoble. Né en 1947 à Saint-Étienne). Édité par les Editions Cent Pages à Grenoble.
Bernard Faucon. Parcourir sur le blog les autres articles mettant en scène des images et des textes de cet artiste inspiré.
Jean-Paul Jacques. De son vrai nom Irène Popiel. Décédée en 1991. Un nom d’homme pour écrire des livres destinés aux garçons des années 50-60. Le récit « Aventure au Katanga » publié dans la collection Signe de Piste en 1962 était inspiré par les aventures de l’un de ses fils durant la guerre civile qui a suivi l’indépendance en 1960 de l’ancien Congo-Belge dont la capitale était Léopoldville, devenue depuis Kinshasa. La famille Popiel était installée au Katanga. Le livre n’aurait plus d’intérêt s’il n’était, en dépit de son style maqué par le temps, tout comme l’illustration de couverture réalisée par Pierre Joubert, le reflet des mentalités des Blancs à cette époque (encore coloniale malgré l’indépendance) vis-à-vis de l’Afrique et de ses habitants qu’ils aimaient à leur manière très particulière.
Pierre Joubert. Dessinateur français  (1910-2002) connu principalement pour ses illustrations de romans scouts publiés dans la collection Signe de piste et destinés aux adolescents des années 1945 à 1960, ainsi que pour ses couvertures des aventures de Bob Morane publiées dans la collection Marabout Junior.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*