Les yeux grand-ouverts

Mise à jour : 18 juin 2013

Coupé / collé-décalé

Michel et lui se sont retrouvés ce matin-là pour boire un café et croquer un croissant à l’angle des rues du Louvre et Jean-Jacques Rousseau. Ils ont l’intention de visiter l’exposition du musée Guimet consacrée aux anciennes pierres de lettrés chinois, en passant par le Grand-Palais pour découvrir l’installation de Daniel Buren (lire : Le beau et l’ordinaire)

Aki Kuroda « Décor mural », rue du colonel Driant (Paris, 1er). Face à l’entrée de service de la Banque de France. Photo Vert et Plume, mai 2012

Michel, qui est peintre de la vie sous-marine (lire Le Cabinet secret),est aussi passionné de culture asiatique, féru de tout ce qui touche au Japon dont il étudie l’écriture et la langue. Lui, qui a d’autres passions, l’écoute avec ferveur dès qu’il s’agit de l’Asie. Cependant l’idée d’aller à Guimet est la sienne.

Il veut découvrir ces rochers, sculptées par la nature, dans lesquels les lettrés de l’époque impériale Ming avaient vu non seulement des œuvres d’art mais des sources d’inspiration et de méditation, qu’ils pouvaient enfermer à l’intérieur de leurs cabinets de travail sans craindre d’être dérangés ou surpris dans leur voyage intellectuel très personnel dont on pouvait craindre qu’il les conduisît parfois au-delà de ce que permettait l’ordre établi. Il y avait dans cette complicité entre la nature, l’esprit, l’art et la liberté de pensée, quelque chose qui rappelait Rousseau et  l’avait attiré en lisant l’article du Monde à ce sujet.

Et qu’importe si Michel, qui continue d’entretenir à l’encontre de Rousseau des préjugés grincheux, tourne en dérision son sentiment !

« Petite montagne solitaire, xiaoguchan. Dynastiee Ming, bois d’aquilaire (aloès), chenxiang mu, support en bois. Sourcing image : « Rochers de Lettrés », exposition du musée Guimet (printemps 2012). N° hors série Art/absolument (bibliothèque Vert et Plume)

Michel qui déteste descendre dans les couloirs du métro lui suggère de faire l’aller à pied. Pour le retour on verra. Lui est d’accord. Quelle autre ville  permet de voir sur un périmètre aussi restreint autant de choses intéressantes en marchant, monuments, squares, jardins, façades d’immeubles, vitrines de magasins, etc ?

Ils décident de passer par la cour du Palais Royal pour regarder les colonnes de Buren après la pluie. Rue du colonel Driant, Michel s’arrête et lui dit de lever la tête vers le côté opposé. Un immense décor mural signé par l’artiste japonais Aki Kuroda. Il n’en revient pas. Il a suffi qu’il emprunte pour la première fois cette rue qu’il connaît par le trottoir de ce côté pour découvrir cet étonnant décor peint sur la façade qu’il avait longée à de nombreuses reprises sans se douter de ce qu’il y avait au-dessus de sa tête. Maintenant il ne voit que ça. Il est subjugué.

Il sort son appareil photo et essaie de cadrer la totalité du dessin mais le recul n’est pas suffisant. Il se colle contre le mur derrière lui. Une voix l’interpelle : « Excusez-moi Monsieur vous gênez le fonctionnement de l’ouverture automatique de la porte. » Il lève la tête. L’œil d’une caméra de vidéo surveillance l’observe en fronçant l’objectif. Un interphone. Le ton du gardien est sans appel. Il est devant l’entrée de service de la Banque de France. Les billets du dernier emprunt doivent être livrés d’une minute à l’autre. A quelques pas sur le trottoir, deux policiers en uniforme l’observent. « Tant pis, dit-il à Michel, je prends deux photos séparées que j’essaierai de recoller tant bien que mal. »

Rue du colonel Driant, Paris 1er. Entre la rue Croix des Petits-Champs et le Palais Royal. Photo Vert et Plume, mai 2012

Flash infos artiste & repères historiques

Émile Driant. 1855-1916. Fils de notaire, marqué par la défaite de 1871 (il avait 16 ans), il s’était engagé dans l’armée. Sorti de St-Cyr. Avait fait ses premières armes en Afrique, comme la plupart à cette époque. Officier d’ordonnance du général Boulanger à la tête de la division d’occupation de la Tunisie, il prit sa suite lorsque Boualnger devint ministre de la guerre. Écrivain célèbre dont les livres étaient remis comme Prix dans les lycées, homme politique, personnage haut en couleurs, gaulliste social avant l’heure, farouchement opposé aux idées de Jaurès et Briand, intelligent et courageux. Fit souvent preuve de clairvoyance. Parfait concentré de la France de son époque. Ayant repris le service au moment de la 1ère guerre mondiale, il s’illustra dans la défense de Verdun où il trouva la mort. Après la guerre il fut élevé au rang de gloire nationale au même titre que Pétain, Foch, Gallieni et Joffre.

Source : Wikipedia.

Émile Driant « L’invasion noire », couverture du livre publié sous le pseudonyme de « Capitaine Danrit » (1895). Sourcing image : « Le Paris Noir » par Pascal Blanchard – Eric Deroo – Gilles Manceron, éditions Hazan (2001). Bibliothèque Vert et Plume

Aki Kuroda. Né en 1941 à Kyoto. Installé à Paris depuis 1970 où il était venu poursuivre ses études artistiques. Peintre, dessinateur, il travaille entre la France et le Japon, participant à de nombreux projets architecturaux. Très tôt reconnu par les galeristes (Maeght à Paris), critiques d’art et collectionneurs. Créateur de décors pour le théâtre et l’opéra. Il pratique aussi la sculpture et la photographie.
Source : Rabih Hage Gallery à l’adresse http://www.rabih-hage.com/?q=node/29

Dynastie Ming. Lignée d’empereurs qui ont règné sur la Chine de 1368 à 1644.

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