Les tartines du matin

Moitié éveillé moitié endormi, les cheveux ébouriffés, la verge raidie, je me suis levé pour ouvrir en grand les portes-fenêtres donnant sur notre minuscule balcon parisien. Respirer les premires particules fines de la journée, entendre les premiers sifflets de flics à moto escortant la voiture d’un ministre en route pour Orly, renifler les odeurs de boulangerie, ce n’est pas encore l’heure des sardines grillées du bar tapas au pied de l’immeuble d’à côté.

Le petit-déjeuner est servi

Pierre Bonnard « Le petit-déjeuner » 1911-1916. Huile sur toile. Sourcing image : archives images The Plumebook Café, cahier 02/65
Pierre Bonnard « Le petit-déjeuner » 1911-1916. Huile sur toile. Sourcing image : archives images The Plumebook Café, cahier 02/65
 
Victoire écarquille les yeux, m’aperçoit, me demande ce que je fais à poil sur le balcon et, comme je ne réponds pas, saisit l’extrémité de la couette et se recouvre la tête. Manière de dire Moi je dors !
L’odeur du pain grillé suffira à la tirer du lit. Je profiterai de son passage dans la salle de bains pour ramasser tous les coussins qui jonchent le parquet et les jeter sur le lit, avec les vêtements que l’on a empilés sur le dossier d’une chaise au moment de se coucher…
Je sors la machine à café et fais chauffer de l’eau pour le thé de Victoire.
Un jean un tee-shirt, je descends à la boulangerie pour acheter une belle miche de pain dans laquelle je peux découper des tranches à la manière d’autrefois quand j’étais gosse, que je dormais avec un pyjama.
Tôt le matin la rue est grise et déserte à l’exception du balayeur africain qui pousse les saletés dans la rigole du trottoir où court l’eau qui jaillit  d’une borne et emporte tout sur son passage.
« Le petit-déjeuner est servi sur le balcon » annonce Victoire avec un grand sourire. Deux tranches pour moi, ajoute-t-elle en regardant la miche de pain glissée sous mon bars.
Ce que j’aime le plus dans ce pain, ce sont les trous dans la mie. Je les colmate avec une épaisse couche de beurre bio qui sent  bon le lait de vache et l’odeur des sabots de bois de la fermière.
Je trempe cette première tranche dans le café chaud avant de l’engouffrer dans la bouche comme un glouton.
Sur la couche de beurre de la seconde tranche j’étale un matelas de  confiture de myrtilles qui a toutes les chances de couler à pic dès que j’aurai plongé la tartine dans mon bol. 
Une cuillère à soupe est nécessaire pour repêcher les restes du naufrage. Victoire m’observe impassible en croquant sa biscotte. Le bruit qu’elle fait en la broyant dans sa bouche avant de l’avaler me fait songer à celui d’un lapin croquant une carotte. 
Décidément ce matin tout me ramène à la campagne de mon enfance.

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