Les invisibles

Chaque année, les Européens réfléchissent à la question du travail des personnes handicapées, le seul moyen qu’ils aient trouvé pour favoriser leur insertion dans la société
Interrogeant la secrétaire d’État en charge de ce sujet pour la France, une journaliste de France Culture interroge : « Où sont ces personnes dans notre société, on ne les voit pas. » – « Chez elles, répond la secrétaire d’État, ou dans les institutions qui en ont la charge. ».

Arts of Life  /  Les arts de la vie

Hall d’entrée du Centre Culturel de Chicago et escalier conduisant aux salles d’exposition, mai 2009 (photo The Plumebook Café)

Hall d’entrée du Centre Culturel de Chicago et escalier conduisant aux salles d’exposition, mai 2009 (photo The Plumebook Café)

En les écoutant parler ainsi, je me suis souvenu d’une exposition au Centre Culturel de Chicago, organisée entre mars et mai 2009 par un groupe de création artistique animé par des personnes handicapées.
J’avais été très intéressé, ayant toujours été d’avis que le travail ne suffisait pas à donner un sens à la vie, surtout si l’on est handicapé et destiné à priori à n’exercer que des tâches subalternes.

Chaque personne a de l’importance

Les arts de la vie, exposition organisée au Centre Culturel de Chicago par la communauté d’artistes du même nom, mars-mai 2009 (photo The Plumebook Café, mai 2009

Les arts de la vie, exposition organisée au Centre Culturel de Chicago par la communauté d’artistes du même nom, mars-mai 2009 (photo The Plumebook Café, mai 2009

L’idée principale de l’exposition, à laquelle j’adhérais depuis longtemps, tout particulièrement depuis que je voyageais en Afrique, était de considérer toute personne humaine digne d’éveiller notre intérêt, pas notre compassion, notre intérêt. « Everyone matters » = chaque personne compte.

Partout où j’allais en Afrique, j’étais sidéré de voir tant de jeunes filles et garçons auxquels une éducation primaire sommaire était dispensée, parfois secondaire, rarement supérieure, puis laissés le plus souvent livrés à eux-mêmes, sans autre forme de travail que servile, ni mode d’expression de soi que les sports de ballon, la séduction et le sexe, la violence et la guerre. Combien de talents gaspillés chaque année ! Combien de génies jamais éclos !
Le nombre de personnes cherchant à émigrer du sud vers le nord confirme ce diagnostic pessimiste. La croissance du PIB des sociétés africaines est un leurre. Il dissimule une immense misère intellectuelle des populations. Une misère dont les Européens profitaient au 20e siècle, dont les Chinois bénéficient à leur tour sous des formes d’interventions néocoloniales, à commencer par les crédits qu’ils accordent et dont ils entendent être remboursés de multiples manières. Quand je te tiens par la barbichette…

Il appartient aux individus de se révéler…

Les arts de la vie, exposition organisée au Centre Culturel de Chicago par la communauté d’artistes du même nom, mars-mai 2009 (photo The Plumebook Café, mai 2009

Les arts de la vie, exposition organisée au Centre Culturel de Chicago par la communauté d’artistes du même nom, mars-mai 2009 (photo The Plumebook Café, mai 2009

… et s’ils ne peuvent y réussir par eux-mêmes, les associations du type ARTS OF LIFE américain peuvent y contribuer.
L’immobilisme, la commisération, le il-ne-faut-rien-changisme ne sont plus d’actualité.
Un message américain relayé par la nouvelle secrétaire d’État française.

La société postmoderne obéit au principe d’une compétition permanente entre les individus, depuis l’école jusqu’à la vie dans l’entreprise.
Qui dit compétition dit nécessairement réussites d’un côté, échecs de l’autre.
Pour de multiples raisons, parmi lesquelles le handicap qu’on ne voit pas nécessairement : par exemple un dysfonctionnement cérébral qui n’a rien à voir avec le désordre psychiatrique, rendra difficile, voire impossible, la maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul dont on entend à longueur d’année les professeurs se plaindre.
Pourtant, de telles déficiences, vues par certains sous un angle dramatique, n’altère pas nécessairement le langage, ni la capacité de mémorisation, ni plusieurs formes d’expression artistique comme le chant ou la peinture qui ne sont pas ou si peu enseignés dans les écoles françaises. On peut en dire autant de l’utilisation des outils informatiques qui sont bâtis sur un mode d’expression binaire ne nécessitant pas la construction de phrases compliquées.

L’infirmité du corps social

Les arts de la vie, exposition organisée au Centre Culturel de Chicago par la communauté d’artistes du même nom, mars-mai 2009 (photo The Plumebook Café, mai 2009

Les arts de la vie, exposition organisée au Centre Culturel de Chicago par la communauté d’artistes du même nom, mars-mai 2009 (photo The Plumebook Café, mai 2009

Pas plus l’école, malheureusement, que l’entreprise ne savent que faire des laissés pour compte de la compétition.
L’une comme l’autre sont organisées pour promouvoir les meilleurs. L’égalité des chances n’est qu’un gargarisme de la pensée scotchée à gauche.
En définitive, seule la famille, à condition qu’elle dispose de moyens suffisants, peut aider l’enfant porteur d’un handicap « invisible » à l’œil, jusqu’à sa majorité. Devenu un adulte, il y a de fortes chances qu’il soit partiellement à la charge de la collectivité. D’où l’objectif de lui trouver un travail en persuadant les entreprises qu’elles ont aussi une fonction morale, à défaut d’être citoyenne. Ce qu’elles ne sont plus, puisque mondialisées.
Ce n’est pas chose facile. La coercition n’a donné aucun résultat.

Il est souvent question, à l’intérieur de la société, des discriminations « visibles » fondée sur la race, le groupe religieux, le sexe, l’attirance sexuelle… Les mêmes qui souffrent de ces discriminations ne seront pas plus enclins que leurs persécuteurs à se préoccuper des chances de réussite des personnes handicapés.
La devise exigeante, à portée universelle, des artistes exposant à Chicago il y a huit ans, est la seule qui vaille : EVERYONE MATTERS.

The Arts of Life

Les arts de la vie, exposition organisée au Centre Culturel de Chicago par la communauté d’artistes du même nom, mars-mai 2009 (photo The Plumebook Café, mai 2009

Les arts de la vie, exposition organisée au Centre Culturel de Chicago par la communauté d’artistes du même nom, mars-mai 2009 (photo The Plumebook Café, mai 2009

 

Les arts de la vie, exposition organisée au Centre Culturel de Chicago par la communauté d’artistes du même nom, mars-mai 2009 (photo The Plumebook Café, mai 2009

Les arts de la vie, exposition organisée au Centre Culturel de Chicago par la communauté d’artistes du même nom, mars-mai 2009 (photo The Plumebook Café, mai 2009

 

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