Les conquérants

« En général, je suis stimulé par la peinture française du 19à siècle. Je pense que c’est le summum. J’aime le drame et le réalisme, le glamour et les dimensions monumentales. »
Peter Saul (Propos cité dans la plaquette de l’exposition Peter Saul à la Fondation Salomon / Alex-Haute Savoie, été-automne 2012)

La métamorphose du héros

Peter Saul (à gauche) « Napoléon crossing the Alps / Napoléon franchissant les Alpes », 1995. Sourcing image : carte postale de la Fondation Salomon (collection Vert et Plume, oct.2012) – Jacques-Louis David (à droite) « Bonaparte franchissant le Grand St-Bernard », 1800 COMMENT

Bonaparte métamorphosé en cow-boy bling-bling qui ne maîtrise ni son arme ni sa monture. A l’image d’Épinal peinte par David, Peter Saul substitue celle d’un conquérant habité par le spectre de ses défaites à venir.

Peter Saul continue d’apparaître comme un artiste qui dérange dans le contexte on ne peut plus conventionnel de l’esprit français qui redoute tout ce qui fait des vagues. Peter Saul est partisan du rentre-dedans. Ses images dégoulinent de couleurs, de mauvais goût (revendiqué) et d’excès. Il caricature, dans le plus pur style des cartoonists anglo-saxons, l’art, l’histoire, l’économie et la religion. Tout y passe. L’argent se savonne pour paraître propre, et des dollars ailés comme des anges virevoltent autour de la figure de Dieu.

Bonaparte, devenu Napoléon pour la circonstance, figure en bonne place dans la liste des héros que Peter Saul veut faire tomber du piédestal où les livres d’histoire les ont installés.

Devenu l’ennemi public numéro un des Anglais

William Salter « Le duc de Wellington s’adressant à ses invités dans la Waterloo Gallery », 1836. Il est debout, entre le roi Willliam IV (à sa droite) et le roi de Hollande. Sourcing image : « Wellington », publié par English Life Publications, 1980 (bibliothèque Vert et Plume, 1988

Apsley House est sur Hyde Park Corner, à Londres. Le duc de Wellington y recevait chaque année ses invités pour célébrer la victoire de Waterloo.

RÉCIT. Lorsque Guillaume Ducamp, le personnage principal de ce blog, se rendit pour la première fois, au début des années 90, dans la maison du vainqueur de Napoléon, le duc de Wellington, il découvrit avec surprise (tant les manuels d’histoire de France avaient réussi à l’endoctriner) à quel point le héros des Français avait pu être redouté puis détesté par les Anglais dont il contrecarrait l’hégémonie commerciale. Comment cet homme, dont on disait qu’il avait conquis l’Europe avait-il pu s’illusionner à ce point sur la pérennité de ses victoires quand le nombre de ses ennemis ne faisait que se renforcer ?

Guillaume, n’avait jamais été séduit par les images de généraux conduisant les armées au combat. Il leur préférait les figures citoyennes.

Le 8 juin de chaque année, le duc de Wellington conviait à un banquet, qui se tenait dans la « Galerie de Waterloo », aménagée à l’intérieur de sa maison de Apsley, tous les officiers qui avaient participé à la bataille dont le nom est partout célébré à Londres : Waterloo !

Transfiguré par l’artiste qui dévoile le corps d’un Empereur empreint de puissance et de sensualité

Antonio Canova « Napoléon représenté en Mars, le dieu de la guerre », 1803-1806. Marbre de 3.26 m de hauteur. Sourcing image : "Une époque en rupture, 1750-1830", collection L'Univers des Formes (éd. Gallimard, 1995). Bibliothèque Vert Plume, 1996

La statue fut envoyée à Paris en 1811, mais elle déplut à Napoléon qui ordonna de ne pas l’exposer en public.
Achetée en 1815 par le gouvernement anglais qui l’offrit à Wellington, le vainqueur de Waterloo.

Le terme « glamour », désigne d’ordinaire une beauté sensuelle, pleine de charme et d’éclat. Bien qu’elle représente un chef de guerre, la statue de Canova n’en est pas dépourvue. Pas étonnant que Napoléon n’ait guère apprécié l’œuvre de son protégé. Canova voulait-il associer dans sa représentation de l’Empereur les deux arts de l’amour et de la guerre ?

La statue est dans le hall d’Apsley House, au pied du grand escalier. Guillaume imaginait Wellington jetant en passant un coup d’œil ironique sur son ennemi. Mars, le dieu romain de la guerre.

Quand la figure de son vainqueur a sombré dans l’oubli

Lewis Hugue "The funeral procession of the Duke of Wellington - Funérailles nationales du duc de Wellington", 1852. Lithographie de la peinture originale par T. Picken. Sourcing image : carte postale éditée par le musée Wellington, Apsley House (collection Vert et Plume, 1984)

RÉCIT / SUITE. Il n’y avait que deux autres personnes quand Guillaume visita Apsley House, un jeune homme blond accompagné d’un homme plus âgé. La figure de Wellington, un aristocrate qui se méfiait du peuple, dépourvue de glamour sombrait lentement dans l’oubli. Celle de Napoléon demeurait présente dans tous les esprits. Pourtant, l’Empereur des Français n’aurait pas davantage apprécié la peinture de Peter Saul que la sculpture de Canova.

Comme toutes les célébrités, Napoléon Bonaparte n’avait plus son mot à dire. Désormais, chacun était libre de s’approprier son image. La rançon de la gloire.

Adolf Hitler lui avait rendre visite durant l’été 1940, après que son armée eût balayé les résistances françaises. Il s’était fait photographier à côté de son tombeau, une image sacrilège aux yeux des Français. Jamais reproduite. Symbole de la fin des conquérants.

Flash infos artistes & lieux

Antonio Canova.  1757-1822. Sculpteur néo-classique italien. Il existe une réplique de son marbre représentant Napol »on dans la cour du musée Brera à Milan.

Jacques-Louis David "Mars désarmé par Vénus et les Grâces", 1824. Huile sur toile, 308 x 268 cm. Sourcing image : "Une époque en rupture, 1750-1830", collection L'Univers des Formes (éd. Gallimard, 1995). Bibliothèque Vert Plume, 1996

L’angelot dénouait les sandales d u dieu de la guerre , qui les avait conservées aux pieds. Il n’avait pas non plus lâché sa lance, trop préoccupé de garder la pose suggérée par l’artiste.

Jacques-Louis David.  Lire portrait dans : Culture et colonialisme.

Fondation Salomon.  Le seul lieu de la région annécienne entièrement consacré aux choses de l’art et de l’esprit. Lire portrait dans :  Dernière représentation

Lewis Hugue. 1806-1885. Peintre anglais.

Napoléon Bonaparte. 1769-1821

William Salter.  1804-1876. Peintre portraitiste anglais.

Peter Saul. Né en 1934 en Californie. Précurseur de la figuration narrative. 1956 : voyage initiatique en Europe. 1958 : instalation à Paris où il fait figure de précurseur de la figuration narrative. 1964 : retour en Californie. 2012 : exposition de ses toiles à la Fondation Salomon.

Wellington. 1769-1852. De son vrai nom Arthur Wellesley, duc de Wellington. Aristocrate anglo-irlandais, engagé dans la carrière militaire puis dans la politique, du côté des conservateurs.

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