Les bienfaits du paysage

Ernest Meissonier était né en 1815 à Lyon. Peut-être la raison pour laquelle on peut depuis longtemps admirer dans le musée des Beaux-Arts de la ville (place des Terreaux) le tableau intitulé « Le général Championnet au bord de la mer », peint en 1882. Il y a près d’un siècle et demi. A son époque (le Second Empire), Meissonier était un artiste célèbre qui réussissait à vendre ses tableaux fort cher. Il mourut à Poissy en 1891. Son style « pompier » et ses sujets (souvent empruntés à l’épopée napoléonienne) passèrent de mode. Salvador Dali le réhabilita et le glorifia, parlant de son art « suprême », voyant en lui un précurseur de l’action painting (sa manière de peindre les herbes battues par le vent dans une scène de bataille annonçait celle de l’américain Pollock). « Meissonier avait compris que ni le temps ni l’espace n’existaient en tant que notions indépendantes.. Il a créé des ensembles. » (ext. du « Dali » de Draeger)

Ernest Meissonier « Le général Championnet au bord de la mer », 1882. Huile sur toile (dimensions : 22.5 x 36 cm, seulement). Sourcing image : catalogue du musée des Beaux-Arts de Lyon, 1998 (bibliothèque Vert et Plume)

En observant les trois cavaliers qui chevauchent sur la plage (le bord de la mer Méditerranée à Antibes), j’éprouvais d’abord de la nostalgie en songeant à ce temps où une pareille chose était possible. Aucun obstacle, aucune règle pour entraver leur course, aucune construction humaine pour heurter leur regard. Je songeais à un personnage important voyageant avec une escorte. J’avais admiré à Paris, au musée d’Orsay, une petite sculpture magnifique du même Meissonier, faite de cire, de cuir et de tissu, sur ce thème.


Pour avoir une idée (en réalité, elle est plus belle), cliquer ici :

http://www.musee-orsay.fr/index.php?id=851&L=0&tx_commentaire_pi1%5BshowUid%5D=327&no_cache=1

Celui qui qui allait ce jour-là à cheval sur la plage était né en 1762 à Valence. Le lycée de cette ville porte son nom. Il était devenu un général de la République, héros de multiples batailles, parfois victime de ses succès. Après le18 Brumaire, il avait demanda à être relevé de son commandement et s’en était retourné dans le Midi, mais était mort du typhus avant son 38è anniversaire. Son nom figure sur l’Arc de Triomphe à Paris.

A le voir la tête penchée sur l’encolure de son cheval, je me disais qu’il se protégeait du vent qui devait souffler fort Je l’imaginais songeur, se remémorant le théâtre des batailles dans lesquelles il s’était illustré, se demandant ce qu’il allait faire désormais. Je le trouvais sympathique, comme on dit habituellement des sortants, en dépit de son habit (passé l’âge des soldats de plomb, je n’ai jamais éprouvé d’attirance pour les uniformes…). Sans doute, les deux soldats qui l’escortaient devaient-ils s’interroger sur l’avenir de leur chef..

Les chevaux allaient au trot sans qu’il fût besoin de les guider. Ils paraissaient reconnaître le chemin que le général avait décidé d’emprunter. Il n’en était sans doute pas de meilleur. Les sabots des montures ne s’enfonçaient pas trop profondément dans le sable, la puissance des vagues fouettait le courage des cavaliers La mer, et le ciel chargé de nuages, paraissaient immenses, faisant naître dans leur esprit l’idée qu’il demeurait encore de nombreux espaces à explorer. Que demander de plus à la vie qu’un beau paysage pour se persuader, ne serait-ce qu’un instant, d’être des hommes libres ?

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