Les Besnard avaient la tête voisine du ciel

Troisième et dernier article d’une série consacrée à l’artiste Albert Besnard (fin 19e-début 20e). 
Sa femme Charlotte et lui étaient tombés amoureux des rives du lac d’Annecy où ils firent bâtir une demeure et un vaste atelier d’artiste  sur une propriété qui appartient aujourd’hui à ses descendants, mais d’où la vie semble s’être retirée pour laisser la place au souvenir d’une famille dont le peintre a réalisé au cours de sa vie une série de portraits d’une modernité. Etonnante.
Une photographie d’Albert Besnard dans son atelier parisien, pour terminer..

La mère des enfants

Albert Besnard « Portrait de Mme Besnard » née Debray, vers 1887. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Evian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
Albert Besnard « Portrait de Mme Besnard » née Debray, vers 1887. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Evian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
1854-1931
Charlotte s’était fait connaître comme peintre et sculpteur.
 
Albert Besnard « Portrait de Charlotte », 1884. Eau-forte et pointe sèche sur cuivre. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Evian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
Albert Besnard « Portrait de Charlotte », 1884. Eau-forte et pointe sèche sur cuivre. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Evian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
 

L’aîné Robert à l’âge de dix ans

Albert Besnard « Portrait de Robert Besnard », 1891. Eau forte sur Zinc. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
Albert Besnard « Portrait de Robert Besnard », 1891. Eau forte sur Zinc. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
 1er juin 1881 – 28 septembre 1914
 Notre regard sur les images de Robert, ici puis dans le tableau réunissant l’ensemble de la famille, est affecté par notre connaissance du sort que la vie lui réservera : être tué à l’âge de 33 ans au cours des premières semaines de la guerre de 1914-1918.
1881 : naissance à Londres
Vers 1895 : devient élève de son père
À partir de 1901 : expose chaque année au Salon. Il a 20 ans.
1903 : épouse une américaine qui a de lointaines origines françaises. Elle exposera sous le nom de Lita Besnard. 
Naissance de leur 1ère fille
1905. Naissance de Nelly, prénom dde sa mère
1908. Naissance de leur 3e fille Edith. Elle épousera l’éditeur Henri Philipacchi, le père de Daniel qui éditera entre autres Salut les Copains et Jazz Magazine dans les années 50-60.
Date exacte inconnue : collabore avec son père à la réalisation d’une frise destinée à la section française du musée des Beaux-Arts de la ville de St-Louis dans le Missouri.
1913 : expose au Salon d’Automne
Août 1914 : engagé dans le 35e régiment d’infanterie. Ètonnant pour un père de 3 enfants, soutien de famille. Visiblement personne n’est intervenir pour qu’il soit muté ailleurs que dans l’infanterie. 
Sept.1914 : tué lors de la bataille de Chevillecourt dans l’Oise. Sans nouvelles, sa famille croit qu’il a été fait prisonnier
1915 : Nelly, plus de trois mois après, Nelly, Charlotte et Albert reçoivent la nouvelle officielle de la mort de Robert !
 
On sait aujourd’hui que cette guerre, contrairement à ce qui a été enseigné durant un siècle dans les écoles françaises, n’était pas désirée par l’opinion publique. Les Français ne voulaient pas mourir pour l’Alsace et la Lorraine que l’empereur Guillaume II avait d’ailleurs souhaité qu’elles soient rendues à la France.
La guerre était voulue par des gens comme Hoche qui ne l’avaient pas préparée tandis que les Allemands avaient planifié tous les détails de leur offensive. Les premiers mois de la guerre furent désastreux pour l’armée française.
 
 

Naissance de Philippe

                                                                   

Albert Besnard « Carte de naissance de Philippe Besnard », 1885. Eau forte sur zinc. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Evian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)

Albert Besnard « Carte de naissance de Philippe Besnard », 1885. Eau forte sur zinc. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Evian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
1885-1971
Philippe est devenu sculpteur comme sa mère. 
 
 

  Germaine, l’unique fille

Albert Besnard « Portrait de Germaine Besnard », vers 1888. Pastel sur papier. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
Albert Besnard « Portrait de Germaine Besnard », vers 1888. Pastel sur papier. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
1884-1975
 
Germaine se marie à Talloires en 1909 avec le peintre Joseph-Marius Avy. Elle a 25 ans. Elle divorcera et se remariera en 1922 avec un architecte.
Sur l’insistance de son frère Jean, elle exécutera des aquarelles et des figurines émaillées qui se trouvent aujourd’hui dans des collections privées.
 
Décédée à l’âge de 91 ans, Germaine sera devenue la doyenne de la famille.
 
Jean, le petit dernier
Albert Besnard « Portrait de Jean », vers 1896. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
Albert Besnard « Portrait de Jean », vers 1896. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
1889-1958
 
Jean, qui est dans les bras de sa mère sur le portrait de la famille dans le grand salon de Talloires, est très affaibli sur ce portrait par une grave maladie dont peuvent souffrir les enfants à cette époque. On le voit qui se tient  la hanche et marche difficilement. Ses parents consulteront les meilleurs spécialistes et l’enfant finira par guérir. Il deviendra plus tard un céramiste célèbre dont les œuvres figurent dans les musées.

 L’été à Talloires

Albert Besnard « Charlotte à Talloires », vers 1890. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
Albert Besnard « Charlotte à Talloires », vers 1890. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
On devine au loin par la fenêtre la montagne des Dents de Lanfon.
 
Chaque été, Albert et Charlotte retrouvent leurs amis à Talloires, en particulier le poète André Theuriet et sa femme. Theuriet aime la montagne, il grimpe volontiers au sommet de la Tournette. A son retour, Mme Theuriet lui fait couler un bain chaud et le frotte vigoureusement par crainte qu’il ne s’enrhume. Les Theuriet quitteront Talloires pour Nice sur les pas d’une famille russe, ils changeront, les Besnard n’auront plus de plaisir à les revoir.
Il y a aussi M et Mme Perrot et Ferdinand Fabre rencontré chez les Theuriet et qui avait le visage sévère de quelqu’un qui a longtemps fréquenté le séminaire. Theuriet et lui s’enfermaient dans le bureau du poète et pouvaient parler durant des heures.
Plus tard ils devinrent amis avec l’écrivain et peintre Charles-André Coppier, et Alphonse Huillard qui avait une propriété à côté de la leur.

La famille Besnard au complet

Albert Besnard « Portrait de famille », 1890. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
Albert Besnard « Portrait de famille », 1890. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)
La famille d’Albert Besnard dans la maison de Talloires.
Le peintre s’est représenté en arrière-plan aux côtés de sa belle-mère Mme Vital-Dubray, épouse du sculpteur Gabriel Vital-Dubray (1813-1892).
Au premier plan du tableau, en allant de droite vers la gauche se tiennent Charlotte qui est assise et tient son fils Jean, le dernier-né, puis Germaine, Philippe et Robert.
Le paysage paisible que l’on aperçoit par la fenêtre grand-ouverte a depuis lors disparu.

Le Chêne et le Roseau

Anonyme « Albert Besnard dans son atelier de la rue Guillaume-Tell à Paris », années 1920. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café) À l’automne 1921, le musée des Arts Décoratifs à Pris expose les œuvres d’Albert Besnard, à la suite de quoi L’ILLUSTRATION lui consacre un long article (n° daté 10 nov.1921).

Anonyme « Albert Besnard dans son atelier de la rue Guillaume-Tell à Paris », années 1920. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Albert Besnard » au Palais Lumière d’Èvian, été 2016 (bibliothèque The Plumebook Café)

Évoquant le souvenir d’un banquet organisé autour de lui par des étudiants, Albert Besnard dit leur avoir raconté comment il avait, dans son enfance, été puni à recopier la fable de La Fontaine « Le Chêne et le Roseau » 
Il avait été frappé par ces vers qui décrivaient l’arbre abattu par l’ouragan :
« Celui de qui la tête au ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts… »
Jean de La Fontaine
« Des êtres qui m’étaient chers n’étaient-ils pas déjà partis pour l’empire des morts ? » s’interroge alors Albert Besnard.
Il poursuit : « Quoi, on vivait encore quand on était mort ? Pour la première fois, je cherchais à voir au-delà du tombeau… » 
Et enfin : « Je compris plus tard que la Poésie, sans doute pour me consoler, m’avait donné pour compagne la Pensée. »
Il y a fort à parier que cette réflexion que Besnard fait remonter à son enfance ait en vrai été mûrie après la mort de son fils aîné Robert.
Trois ans avant cet entretien avec le journaliste de L’ILLUSTRATION.
 

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