Les belles images

« Regardons d’abord les belles images… » dit la journaliste de BFM-TV en présentant son reportage à propos d’un sadique américain qui séquestrait plusieurs jeunes filles depuis une dizaine d’années. L’utilisation de cet adjectif « belles » pour qualifier les prises de vue du retour des victimes à leur domicile me choquait.

Les mots avaient-ils perdu leur sens ? Le spectacle de la horde des cameramen regroupés devant la maisonnette familiale de l’une des rescapés du cauchemar, les cris et les acclamations des badauds du quartier, tout cela me semblait au contraire déplacé, aux frontières de l’obscénité.

Une forme de revanche sur la vie

Andreas Solaro « Des supporters grecs célèbrent la victoire de leur équipe nationale face à la Russie », juin 2012. Sourcing image : AFP / « Le Monde » daté 12 juin 2012. Archives Vert et Plume

Définition. Revanche. n.f.  Le fait de reprendre l’avantage sur quelqu’un, de le dominer, de le vaincre après avoir eu le dessous, de compenser une injure, un préjudice. (Source : Le Robert, 1972)


Le besoin qu’ont les télévisions et les journaux de belles images est si évident que je m’interroge souvent à propos de leur authenticité. Ce n’est pas un fait nouveau. Depuis les années 30, nombre de photographies ont été fabriquées à des fins de propagande politique, ou dans le but plus prosaïque d’émouvoir ceux qui les regarderaient.

Le comble de la belle image est la photo de mode dans laquelle tout est fabriqué, y compris l’érotisme. Si artificielle qu’elle ne touche qu’une catégorie de personnes uniquement préoccupées d’esthétique. Tandis que l’image médiatique doit être populaire. Objectif : ne rien montrer de la vie au quotidien, sauf ces héros que sont devenus les victimes. Les cabossés de la vie. Parmi eux, les spectateurs eux-mêmes qui ont l’air de prendre leur revanche.

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