Les beautés de la nature

Dans l’une de ses conférences au Collège de France (2010-2011), Anselm Kiefer se disait fasciné par les espaces à l’abandon, les usines désaffectées qui continuent d’être emplies du murmure des ouvriers qui y travaillèrent.

Il y voyait des similitudes avec ses tableaux, quand ils portent encore la trace du désespoir, de l’effort, de l’échec, dont la surface n’est que le reflet des guerres perdues. Une belle formule que je lis dans le gros volume bilingue paru aux éditions du Regard en 2011 (bibliothèque Vert et Plume, 05/2012).

Cette façon qu’a Anselm Kiefer de s’emparer de tout au point qu’on ne sait plus si la vie a précédé l’art, si ce ne serait pas le contraire.

Car rien ne peut échapper à l’art [*]

[*] extrait de la leçon inaugurale au Collège de France.

Anselm Kiefer "Waterloo, et la terre tremble encore", 1982 (à gauche) - "Waterloo, morne plaine", 1980. Huile, acrylique, fusain et argile non cuite sur toile (à gauche). Huile, acrylique (à droite). Sourcing images : "L'Art survivra à ses ruines" par Anselm Kiefer, éditions du Regard, 2011 (bibliothèque Vert et Plume)

« Je lisais ma joie. Elle s’était effacée hélas, comme le pli d’une onde sur la mer. »
Victor Hugo (Ma Destinée)

Anselm Kiefer, qui est pétri de culture européenne, particulièrement Allemagne et France, racontait qu’au temps de sa jeunesse l’île de Guernesey, où Hugo s’était exilé, représentait pour lui une tribune du haut de laquelle le poète ne s’adressait pas seulement aux hommes mais à l’humanité.

Qui, aujourd’hui, sait encore parler à l’humanité ?

Waterloo était le poème de Hugo qui transportait alors Anselm Kiefer. L’artiste a décidément beaucoup à nous apprendre : « Ce chant sinistre, écrivait Hugo, où Dieu mêla tant de néant, / Tremble encore d’avoir vu la fuite des géants.  » (1853)

Une fuite qui mit, selon Kiefer, la terre en mouvement pour toujours : « La défaite de la Grande Armée, cet évènement inimaginable, en généra un autre bien plus inimaginable encore, de l’ordre du séisme continu (…) : une concordance de temps entre le destin d’une nation et la géologie. La bataille de Waterloo « fut étroitement liée à un temps géologique. Il est désormais difficile de trouver des paysages intacts, des splendeurs parmi ce qu’il est convenu d’appeler les beautés de la nature », poursuivait Kiefer.
(livre cité, p.132)

Flash infos artiste & Histoire

Bataille de Waterloo. En mars 1815, après le retour de Napoléon 1er de l’île d’Elbe, les pays européens alliés contre la France (Angleterre en tête, Allemagne, Prusse, Hollande, Belgique) s’étaient organisés en une coalition dans le but de se débarasser une bonne fois de l’empereur dont ils affrontèrent la Grande Armée à une vingtaine de km au sud de Bruxelles, entre le 15 et le 18 juin 1815. Après la défaite des Français, le Congrés de Vienne put reprendre pour dessiner la nouvelle carte de l’Europe, la France ayant définitivement cédé la 1ère place à l’Angleterre sur le Vieux Continent dont l’avenir allait s’en trouver bouleversé. En savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Waterloo

Berline de Napoléon. Dans laquelle l’empereur Napoléon 1er s’était rendu sur le champ de bataille d’où il revint à cheval avec ses généraux, les troupes ayant pris la fuite dès que la défaite fut avérée. La berline, qui avait été pillée, avait connu une longue histoire avant de revenir en France où elle a été restaurée pour être exposée à Paris au musér de la Légion d’Honneur durant le printemps-été 2012. En savoir plus : http://www.attelage-patrimoine.com/article-exposition-la-berline-de-napoleon-de-mars-a-juillet-2012-95207495.html

Berline de l'empereur Napoléon 1er. Plan en coupe montrant l'emplacement des différents objets utilitaires. En savoir plus : aller sur le site mentionné dans l'article

Victor Hugo. Besançon, 1802 – Paris, 1885.

Anselm Kiefer. Né en Allemagne en 1945 à proximité du lac de Constance. Études de droit et de linguistique avant de s’orienter vers l’art dont il est aujourd’hui l’un des plus grands représentants en Europe, si ce n’est le plus grand, avec son compatriote Gerhard Richter.

Napoléon 1er. Ajaccio, 1769 – Ste Hélène, 1821.

Napoléon III. Paris, 1808 – Angleterre, 1873.

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