Les allées du pouvoir

 

J’avais quitté mon bureau et j’étais parti en direction de l’Assemblée nationale.
La bibliothèque du Palais-Bourbon, dont les décors peints par Eugène Delacroix avaient été restaurés, était ouverte au public.
Je voulais découvrir la manière dont le peintre avait représenté la scène de l’assassinat du savant Archimède ( alors âgé de 75 ans) par un soudard de l’armée romaine, quand Syracuse [Sicile] fut mise à sac par les soldats du général Marcellus (en l’an 212 avant l’ère chrétienne). Ce n’est plus quelque chose que l’on apprend à l’école.

« La bibliothèque de l’Assemblée nationale », vers 1994. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Delacroix à l’Assemblée nationale », fév-avril 1995 (bibliothèque The Plumebook Café)
« La bibliothèque de l’Assemblée nationale », vers 1994. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Delacroix à l’Assemblée nationale », fév-avril 1995 (bibliothèque The Plumebook Café)

Située entre Rome et Carthage, la vieille colonie grecque de Syracuse était divisée entre les partisans d’une alliance avec les Romains et ceux qui étaient en faveur d’un rapprochement avec les Carthaginois [un scénario à l’ukrainienne en somme… avec 22 siècles d’avance. Ce n’est pas que l’histoire se répète, c’est juste que les comportements humains ne changent pas dès lors qu’ils sont dans l’ignorance.


Marcellus voulait épargner Archimède auquel il vouait une réelle admiration. Il incarnait précisément le savoir, tout particulièrement la science. Tandis que d’un candidat aux élections polémiquant sur un plateau de télévision on dit qu’il est un animal politique (mû par son instinct), on dira d’un savant qu’il  est un cerveau. Contrairement à Hiéron, l’ancien roi de Syracuse, ou aux tyrans (on les appelait ainsi) qui gouvernaient la ville au moment de sa prise par les Romains, Archimède était un personnage sympathique. Inventeur de machines de guerre grâce auxquelles Syracuse avait repoussé les Romains à plusieurs reprises. Sa fameuse exclamation Eurêka !  = J’ai trouvé quand il avait découvert, en prenant son bain, le moyen de confondre le bijoutier qui prétendait avoir respecté la quantité d’or convenue pour fabriquer la couronne de Hiéron, avait rendu Archimède célèbre dans le monde entier.

Eugène Delacroix « Recherches pour la frise de la guerre » destinée au Salon du roi, 1833-1836. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Delacroix à l’Assemblée nationale », fév-avril 1995 (Bibliothèque The Plumebook Café)
Eugène Delacroix « Recherches pour la frise de la guerre » destinée au Salon du roi, 1833-1836. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Delacroix à l’Assemblée nationale », fév-avril 1995 (Bibliothèque The Plumebook Café)

Je fus déçu par la peinture sombre de Delacroix, d’autant qu’il fallait lever la tête à s’en tordre le cou pour l’apercevoir, tant le plafond où elle avait été accrochée était haut !
Le catalogue de l’exposition ne reproduisait pas la scène !. [Images dans le Flash infos en fin d’article]
Des vitrines, installées spécialement pour les visiteurs, contenaient des lettres et des esquisses, écrites et exécutées par Delacroix durant les huit années (1839-1847) qui lui avaient été nécessaires pour achever son travail, en même temps qu’un autre décor pour le Palais du Luxembourg.
TEXT
Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre que l’intérêt était dans ce qui avait précédé les tableaux: plutôt que leur forme achevée. Le travail de recherche des figures destinées à représenter les forces de l’esprit humain (Sciences, Philosophie, Législation, Philosophie, Théologie et Poésie), et celles de l’État (Justice, Industrie, Guerre et Agriculture).
La France de Delacroix vivait alors sous le règne de Louis-Philippe.
L’incontournable processus de création, tout comme la nécessité où se trouvait Delacroix de réclamer des avances pour payer ses dépenses, rémunérer son travail et celui de ses assistants. Voilà une « actualité du quotidien » plus en corrélation avec ma propre existence que des figures allégoriques ou inspirées du modèle antique..
Le moment de retourner à mon bureau était dépassé mais je ne me hâtais pas. Je m’étais abîmé dans la contemplation de ces espaces de la capitale où tous les symboles du pouvoir de la bourgeoisie (triomphante et décadente à la fois) étaient visibles.

 

Eugène Delacroix «  Étude de femme nue » pour le Salon du roi, 1833-1836. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Delacroix à l’Assemblée nationale », fév-avril 1995 (bibliothqèue The Plumebook Café)
Eugène Delacroix « Étude de femme nue » pour le Salon du roi, 1833-1836. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Delacroix à l’Assemblée nationale », fév-avril 1995 (bibliothqèue The Plumebook Café)

J’apercevais sur ma gauche le sexe bandé de la tour Eiffel enveloppée par une qui lui donnait des airs de tableau impressionniste, plus scandaleux encore que le Déjeuner sur l’herbe.
Je traversais la Seine en sens inverse, laissant l’Assemblée nationale derrière moi, pour rejoindre la place de la Concorde.
Les ors tapageurs du pont Alexandre III, Tsar de toutes les Russies. Un regard en passant sur les rondeurs corsetées du Grand Palais. Droit devant moi, en toile de fond, le monument aux morts de la Madeleine. Les chapeaux haut-de-forme et les redingotes noirs se pressant sur les marches du grand escalier. Plus près, les rostres dorés de la Concorde, la façade de l’hôtel Crillon où les compagnes des chefs d’État en visite achevaient de boire leur thé où elles trempaient leurs madeleines de chez Fauchon.  Peut-être allais-je les croiser sur un trottoir de la rue du Faubourg St-Honoré.
Un décor de série télé américaine, où vont et viennent ministres, ambassadeurs, représentants du peuple, policiers, gendarmes, militaires, tous en charge de leur sécurité, hommes d’affaires, vedettes du show-business. Quelles forces incarnent-ils, celles  de l’instinct ou de la connaissance ? Bien malin celui qui connaît la réponse.

Flash infos artiste et savant

Eugène Delacroix «  Thèmes de décor pour le plafond de la bibliothèque » Assemblée nationale, 1839-1847. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Delacroix à l’Assemblée nationale », fév-avril 1995 (bibliothqèue The Plumebook Café)
Eugène Delacroix « Thèmes de décor pour le plafond de la bibliothèque » Assemblée nationale, 1839-1847. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Delacroix à l’Assemblée nationale », fév-avril 1995 (bibliothqèue The Plumebook Café)

Archimède.  287-212 avant l’ère chrétienne. Site intéressant à consulter :https://www.math.nyu.edu/~crorres/Archimedes/Death/DeathIllus.html

Site de l’Université de New-York.

Eugène Delacroix.  1798-1863. Peintre français dont on peut visiter la maison à Paris. Elle est devenue un musée : http://www.musee-delacroix.fr/fr/le-musee/infos-pratiques/informations-pratiques

Eugène Delacroix «  Archimède tué par le soldat », plafond de la bibliothèque de l’Assemblée nationale, entre 1839 et 1847. Sourcing image : images téléchargées sur Internet et montées par The Plumebook Café

Eugène Delacroix « Archimède tué par le soldat », plafond de la bibliothèque de l’Assemblée nationale, entre 1839 et 1847. Sourcing image : images téléchargées sur Internet et montées par The Plumebook Café

 

Géomètres de la Grèce antique :

 

Les géomètres de

 

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