Les âges d’une vie

Parce qu’ils oublient à quoi ils ressemblaient lorsqu’ils étaient jeunes, les adultes se complaisent dans l’idée « qu’ils ne font pas leur âge ». Les femmes, plus encore que les hommes veulent à tout prix « paraître jeunes ».
Quand ces gens-là rencontrent par hasard un ami qu’ils n’ont pas revu depuis longtemps, les voilà qui songent « Comme il a vieilli ! », Croient-ils vraiment que que le temps a fait pour eux une exception ?
La confrontation des âges de la vie est un exercice auquel nombre d’artistes se sont livrés. En mettant en scène leurs modèles, comme dans le cas de Gérard Marot, dont l’image ci-dessous, extraite d’une vidéo commentée par Agnès Varda. D’autres artistes, comme Edward Hopper et Pierre Bonnard, choisissent de se confronter à leur propre image.

La jeunesse en pâture

Gérard Marot « Collages », album imaginaire – photographie n°21 (1983). Sourcing image : archives The Plumenook Café (+ de détails sur demande)

Gérard Marot « Collages », album imaginaire – photographie n°21 (1983). Sourcing image : archives The Plumenook Café (+ de détails sur demande)


Au regard de l’adulte, la jeunesse est objet de convoitise. S’il était possible de fabriquer des élixirs de jouvence en broyant les corps des jeunes gens et des jeunes filles, il y a fort à parier que la chasse aux adolescents serait ouverte dans les pays les plus pauvres. Un garçon ou une fille par famille permettrait aux autres de bien vivre le reste de leur vie.
Paradoxalement, plus la jeunesse devient un produit à destination des adultes, moins elle transparaît chez ceux qui sont encore en âge de la revendiquer.

La maîtrise de soi
Edward Hopper « Autoportraits à 18 et 63 ans ». Sourcing images : archives The Plumebook Café (+ de détails sur demande)

Edward Hopper « Autoportraits à 18 et 63 ans ». Sourcing images : archives The Plumebook Café (+ de détails sur demande)

Edward Hopper semble avoir toujours été habité par une idée. Je ne vois pas de rupture entre l’autoportrait de l’adolescence et celui de l’âge mûr 

Étapes d’une vie tournée vers le dessin et la peinture pour déboucher sur une  représentation incroyablement « moderne » du monde qui sera reprise des années plus tard par nombre de metteurs en scène de cinéma.
Durant sa vie, l’artiste est passé du peintre qui copie à celui qui invente  sorte de prélude à la peintre-littérature ou la peinture-BD.
Ici, a confrontation des âges n’est pas un sujet en soi. Le sujet est ailleurs.

Le prix à payer

Edward Hopper « Autoportraits à 18 et 63 ans ». Sourcing images : archives The Plumebook Café (+ de détails sur demande)

Edward Hopper « Autoportraits à 18 et 63 ans ». Sourcing images : archives The Plumebook Café (+ de détails sur demande)

Pierre Bonnard n’a jamais pensé qu’il resterait jeune toute sa vie. À l’âge de dix ans, comme tous les garçons de la bonne bourgeoisie, il avait été envoyé dans un internat. Il avait découvert la littérature classique et la philosophie, qu’il continua de lire toute sa vie, mais il avait détesté la discipline répressive destinée à faire rentrer les élèves dans un moule.
Sa vie d’étudiant fut plus heureuse dès lors qu’il fut admis à l’école des Beaux-arts, parallèlement à ses études de droit qu’il poursuivait pour obéir à son père.
Son talent de peintre fut reconnu suffisamment tôt. La vraie vie commença. La jeunesse à trente ans.
L’art pour échapper à l’existence monotone qui aurait été la sienne s’il était entré dans l’administration comme son père l’aurait aimé. Qu’avaient les pères à penser l’avenir à la place de leurs enfants ?

Pierre Bonnard « L’escalier dans le jardin », 19442-1944 (huile sur toile). Sourcing image : bibliothèque The Plumebook Caf é (+ de détails sur demande)
Pierre Bonnard « L’escalier dans le jardin », 19442-1944 (huile sur toile). Sourcing image : bibliothèque The Plumebook Caf é (+ de détails sur demande)

Pierre Bonnard en ermite, l’esprit occupé par les effets de la lumière sur la perception des objets, des corps, de la nature. Et la transcription des couleurs sur la toile. De la même manière que Hopper, mais dans un registre très différent, la peinture de Bonnard invite le spectateur à la rêverie et à l’écriture. Chacun de ses tableaux pourrait introduire un nouveau chapitre d’un roman qui décrirait la merveilleuse monotonie de la vie.

Pierre Bonnard « Nu dans un intérieur », 1912-1914 (huile sur toile). Sourcing image : bibliothèque The Plumebook Café (+ de détails sur demande)
Pierre Bonnard « Nu dans un intérieur », 1912-1914 (huile sur toile). Sourcing image : bibliothèque The Plumebook Café (+ de détails sur demande)

Bonnard peintre antimoderne, antihéros d’une France provinciale, bourgeoise et campagnarde à la fois. Il ne se passe rien que des fleurs qui s’épanouissent dans un jardin, une femme debout, nue, devant le miroir de sa salle de bain, et un homme qui ne se lasse pas de peindre.

Plus d’images

Pierre Bonnard « Autoportrait », 1889. Il a 22 ans. Sourcing image : Bibliothèque The Plumebook Café (+ de détails sur demande)
Pierre Bonnard « Autoportrait », 1889. Il a 22 ans. Sourcing image : Bibliothèque The Plumebook Café (+ de détails sur demande)
Pierre Bonnard « Autoportrait », 1942-1945. Il a env.75 ans ans. Sourcing image : Bibliothèque The Plumebook Café (+ de détails sur demande)
Pierre Bonnard « Autoportrait », 1942-1945. Il a env.75 ans ans. Sourcing image : Bibliothèque The Plumebook Café (+ de détails sur demande)

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