Le voyageur et les autochtones

Premières images

José Medeiros « Indien Yawalapiti », 1949. Sourcing image : « Chroniques brésiliennes de José Medeiros, éditions Hazan (Paris,2011). Bibliothèque The Plumebook Café

José Medeiros « Indien Yawalapiti », 1949. Sourcing image : « Chroniques brésiliennes de José Medeiros, éditions Hazan (Paris,2011). Bibliothèque The Plumebook Café

Durant l’été, la France somnole. Hommes politiques et syndicalistes partent d’un commun accord en vacances, oubliant les problèmes qui les divisaient un mois auparavant. Un long entracte. Radios, télévisions et journaux qui n’ont plus que les faits divers à se mettre sous la dent,  s’efforcent d’aborder les sujets qu’ils délaissent le reste du temps : les arts, la culture et les voyages. Des sujets « ensoleillés » en somme.
Cela ne date pas d’aujourd’hui. Ainsi, dans un n° du « Monde » daté du mois d’août 1991, Edwy Plenel (qui n’avait pas encore créé son site d’information) évoquait-il la figure de Christophe Colomb (1451-1506) recherchant le Paradis qu’il imaginait sous la forme d’un mamelon et situait dans un monde encore inconnu..
Quand ses marins découvrirent le large delta de l’Orénoque, l’Amiral Colomb pensa qu’un fleuve aussi puissant prenait nécessairement sa source dans une montagne d’où il dévalait ensuite jusqu’à l’océan. . Sur cette montagne devait être le Paradis.

Le monde de l’Utopie

José Medeiros « Danse rituelle des indiens Kayapos de la tribu  Kuben-kran-ken », 1957. Sourcing image : « Chroniques brésiliennes de José Medeiros, éditions Hazan (Paris,2011). Bibliothèque The Plumebook Café

José Medeiros « Danse rituelle des indiens Kayapos de la tribu Kuben-kran-ken », 1957. Sourcing image : « Chroniques brésiliennes de José Medeiros, éditions Hazan (Paris,2011). Bibliothèque The Plumebook Café

Quel voyageur n’a pas son paradis ? Un pays qu’il a préféré aux autres parce qu’il s’y est senti aussitôt à son aise, comme chez lui ? Un lieu en tous points différent de celui où il est né et a passé son enfance, qui réveille en lui des émotions attachées à cette période de sa vie.
Le voyageur est poussé par ses rêves. Dans son article, Edwy Plenel écrivait très justement que l’Amiral Colomb n’aurait sans doute jamais découvert le Nouveau Monde (1498) s’il n’avait pas été un rêveur.
Ceux dont on dit qu’ils ont « les pieds sur terre » se satisfont de ce qu’ils possèdnt. Ils ne vont pas chercher ailleurs. Pas un seul instant ils ne songent à l’aventure. « Christophe Colomb a découvert l’Amérique parce qu’il croyait ferme au Paradis », écrivait Plenel. Disant encore du grand navigateur qu’il était « une figure de l’Utopie ». Utopie qu’il définissait de manière admirable : « cette institution permanente qui, pour le meilleur et pour le pire, conduit l’homme à rechercher le manque et l’absence ».
Rêve et utopie sont des mots qui semblent désormais bannis de notre vocabulaire. Notre société paraît frappée d’immobilisme en dépit des révolutions technologiques qui la traversent. Ce n’est pas le moindre paradoxe. Il brouille notre recherche contemporaine du » manque et de l’absence » : un avenir qui serait partagé. Un rêve en somme.

Curiosité et détestation

Barbara Brandli « Indien Yanomami », 1959. Sourcing image : « Le mamelon du pardis », article de Edwy Plenel (Le Monde, août 1995). Archives The Plumebook Café

Barbara Brandli « Indien Yanomami », 1959. Sourcing image : « Le mamelon du pardis », article de Edwy Plenel (Le Monde, août 1995). Archives The Plumebook Café

En même temps qu’il poursuit un rêve le voyageur est malmené, menacé par la désillusion, l’effondrement parfois car la violence n’est jamais absente.
Edwy Plenel commençait son article (qu’il avait intitulé « Le mamelon du paradis ») par l’évocation du cercle très fermé des ethnologues qui avaient réussi avant les années 1960 à pénétrer l’univers des Indiens Yanomami en Amazonie.
Un groupe comptant environ 18000 individus installés précisément aux sources de l’Orénoque (endroit mythique s’il en était jusqu’à leur découverte en 1951).
Un territoire situé entre le sud du Venezuela et le nord du Brésil.
Rencontre peu banale avec ces Indiens, assortie de plusieurs mises à l’épreuve à l’issue desquelles le voyageur-ethnologue se surprend à détester ceux-là même qu’il était venu étudier.
Un sentiment partagé par nombre de voyageurs, dès lors qu’ils séjournent longuement dans un pays très différent du leur. Les croyances, les mœurs et les modes de vie qui en découlent, jusqu’aux objets eux-mêmes qui ne sont pas les mêmes (un Blanc vêtu de ses vêtements d’explorateur chez les Noirs ou les Indiens nus, un chrétien chez les musulmans, un Africain chez les Esquimaux).
Il arrive un moment où le voyageur, à force de différences subies en se taisant, devient si agacé, voire énervé, qu’il n’est plus en mesure de les supporter. Il a envie de tout envoyer promener.
Le retour au pays natal est vécu alors comme une délivrance. Le seul fait de s’asseoir dans l’avion venu d’Europe et s’apprêtant à redécoller procure à  notre voyageur épuisé un indicible sentiment d’apaisement.
Pourtant, à peine est-il rentré, qu’il songe à repartir. Le besoin de vivre dans un autre monde que le sien, où il aura l’impression de détenir la maîtrise de son destin,  est le plus fort.
De nouveau prêt à en payer le prix, le voyageur quitte son pays pour un ultime voyage. Des hommes vivent-ils encore nus dans la forêt équatoriale ? Quel souvenir ont-ils conservé du passé ?
Quelle importance ? Tout cela a-t-il vraiment existé autrement que pour lui ?

Flash infos artistes

Barbara Brandli. 1932-2011. Photographe d’origine Suisse dont les photos d’Amazonie sont régulièrement publiées dans la presse et sur internet sans indication de date. Il semble qu’elles aient été prises au Vénézuela autour de 1959 et publiées en 1974.
Lire :  http://artesplasticasporcrisol.blogspot.fr/2012/02/la-memoria-del-olvido-homenaje-barbara.html
[La plupart des photos d’Indiens d’Amazonie remontent aux années 50. Il y a donc un demi-siècle, voire davantage.]
José Medeiros.  1921-1990. Photographe brésilien.
Lire : http://www.mep-fr.org/evenement/jose-medeiros/

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