Le thème amoureux

Références littéraires, travaux d’artistes et fictions.

[1.] Le départ. La séparation

Alex Raymond « Flash Gordon – Escape to Arboria », 1937-1939. Sourcing image : « Flash Gordon / Vol.3, Nostalgia Press (1977). Bibliothèque Vert et Plume)

Flash sur le départ fait ses adieux à Dale. DALE : « Au revoir mon chéri, je compterai chaque seconde jusqu’à ton retour ! » – FLASH : « Essaie de ne pas t’en faire. Nous reviendrons dès que possible. »

LITTÉRAIRE.  Au 19è les romantiques ont récusé l’antique séparation entre passion amoureuse et amour conjugal pour fonder l’amour sur le sentiment amoureux. Ils ont décrété que le seul amour sage était l’amour fou [titre du film de Jacques Rivette, 1968. Durée : 12 heures].
Nous sommes les héritiers des romantiques dans le sens où, à la différence des Anciens, nous considérons que le mariage doit être porté par le sentiment amoureux. Mais en même temps, nous savons que ce sentiment est éphémère. A cela s’ajoute la dimension érotique de l’amour qui est de moins en moins tenue secrète.

FICTION.  [inspirée par la relation entre Heidegger (1889-1976) et son élève Hannah Arendt, 1906-1975].
Sur les rives du lac Léman (été 1969).
L’étudiant a du mal à dissimuler sa déception quand Il comprend que son professeur de littérature française, aussi épris soit-il, n’est pas prêt à sacrifier sa vie de famille, ni sa vie professionnelle, pour aller vivre aux Etats-Unis avec lui. Jean Gallet veut garder à leur relation son caractère illicite. Il continue de voir son étudiant en secret dans une ancienne villa que sa famille possède sur les bords du lac Léman. Quand ils réussissent à passer ensemble un journée entière Jean ne veut jamais dîner à Genève par crainte d’être reconnu. Il emmène son jeune amant dans sa voiture jusqu’à Nyon ou Lausanne, parfois jusqu’à Montreux.
Dans la villa du lac, baptisée « Les Délices » en référence à la demeure de Voltaire, Jean et son étudiant français couchent ensemble pour la première fois l’après-midi de la fête nationale suisse.
Le jeune homme, qui a fui la France pour s’éloigner de son père, apprécie la nature proprement scandaleuse de leurs amours. Elle satisfait son esprit révolté. Mais il se rend compte que, poussé par la peur du qu’en dira-t-on, Jean peut y mettra fin à tout moment.

[2.] L’éloignement. L’attente

Roy Lichtenstein « Thinking of him / En pensant à lui », 1963. Sourcing image : « Chroniques », bulletin de la BNF (1er trimestre 2011). Archives Vert et Plume

« Le roman d’amour », cycle de conférences par Alain Finkelkraut à la Bibliothèque François Mitterrand
(1er trimestre 2011).

LITTÉRAIRE.  [André Gide, 1869-1951]. Dans le texte qu’il a écrit après la mort de sa cousine Madeleine devenue sa femme (L’Emmanuelle de ses écrits) Gide, que seul le corps des jeunes garçons sait mettre en émoi, avoue son incapacité à faire coïncider en lui érotisme et sentiment. Peu avant sa mort, il écrira : « … le domaine moral ou intellectuel ou sentimental reste en moi séparé de l’excitation érotique. » (Ainsi soit-il/Les jeux sont faits)

FICTION.  Dans l’ouest du Cameroun (années 80).
C’est seulement quand il est dans le lit que le jeune homme blanc retire son tee-shirt et son caleçon. Il éteint la lampe de chevet par crainte des moustiques et ferme les yeux. Il entend Désiré, son chauffeur avec qui il partage la chambre, parler au gardien de l’autre côté de la porte. Ils doivent griller une cigarette ensemble. Ils se souhaitent une bonne nuit. Désiré rentre dans la chambre sur la pointe des pieds. Il se déshabille dans le noir.  Son jean tombe sur le dossier d’une chaise qui manque de se renverser.
Quand le souffle de Désiré se rapproche du lit, le jeune homme blanc couché sur le côté fait semblant de dormir. Il entend Désiré ôter sa montre et la poser sur la table de chevet. Un léger souffle d’air sur son dos lui laisse deviner que Désiré vient de soulever le drap pour se coucher. Ses longues jambes s’enroulent autour des siennes comme ses doigts le matin autour de son poignet quand il lui a serré la main. Il se souvient que les lèvres de Désiré sont épaisses, et d’une belle couleur rose. Il sent son sexe se raidir, devenir menaçant. – « Non, Désiré, non. Je ne suis pas… comment dire… je suis marié », souffle-t-il. – « Et alors ? » s’étonne Désiré. avant d’ajouter : « Moi aussi, je suis marié. »«  Ah, bon ! »« Demain, je te présenterai ma femme. Elle est étudiante au collège d’agriculture. » – En entendant leurs propos étouffés, le gardien s’est levé. Avec sa torche électrique, il éclaire le trou de la serrure. Simulant à son tour le sommeil, Désiré mordille la nuque du jeune homme blanc qui retient son souffle.

[3.] Le retour. L’étreinte

Pablo Picasso « sans titre » , 1964. Sourcing image : « Le vif du vivant », éditions Cercle d’Art, 2001. Dessin reproduit dans « Art-press (2001). Archives Vert et Plume

« L’amour et le sexe, ça fait deux », Le feuilleton littéraire de Jacques Henric » Art-press, 2001.

ARTISTE.  [Pablo Picasso, 1881-1973]. Quand on lui demanda ce qu’il pensait du rapport de l’art à la sexualité, il répondit : « C’est la même chose. » (catalogue de l’exposition « Picasso Érotique » au Jeu de Paume, printemps 2001).
Autre citation à l’intention des braves gens qui vont visiter une expo comme on allait autrefois à la messe : «  L’art n’est pas chaste (…), on devrait l’interdire aux ignorants innocents, ne jamais mettre en contact avec lui ceux qui y sont insuffisamment préparés. Oui l’art est dangereux. Ou s’il est chaste, ce n’est pas de l’art. »

Il n’y a pas d’amour sans sexe. Qu’on se le dise.

LITTÉRAIRE.  Lydie Salveyre parle de Picasso « qui trace en jouissant ces corps qui jouissent. Car jouir c’est gagner sur la mort et le temps qui la contient. » (Le vif du vivant, éditions Cercle d’Art)

RÉACTIONNAIRE.  Érotisme ou obscénité. C’est le sexe qui est obscène, il faut le couper.

INTERVIEW.  « Il faut en finir avec tous les corporatismes, et singulièrement le corporatisme sexuel. Ecoutez-les, ces néo-féministes en sont venues à vouloir exercer un abominable terrorisme idéologique. Ce qu’elles veulent, c’est censurer Bataille, Lautréamont, Sade. » [… Picasso]. Annie Lebrun (émission « Apostrophes », fév. 1978.

FICTION.  Annecy (récit non daté)
Il éprouve en rentrant d’un long voyage une irrésistible envie de raconter ce qu’il a vu, tant le contraste avec son pays qu’il retrouve brutalement [au réveil d’une nuit passée dans l’avion] est saisissant. Il faut se dépêcher avant que le souvenir ne se transforme. Il parle à sa jeune femme de son Afrique qui n’a pas grand-chose à voir avec celle des journalistes, ni celle des O.N.G., ni celle des photographes, ni celle des bien-pensants. Il paraît ébahi, séduit par une société humaine si différente de celle dans laquelle il est né. Il décrit la persistance du désordre, de l’imprévu, il évoque les risques auxquels il a été exposé. De sa valise il sort les objets qu’il a achetés, les cadeaux. Quand il sent que la fatigue l’envahit, il se débarrasse de ses vêtements et se glisse dans le lit à côté d’elle. L’embrasse, murmure des mots d’amour, l’appelle « ma petite Européenne ».

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