Le temps de l’irrévérence

C’est un modèle…

Willy Ronis, Gordes 1952. Ext. de « Provence » (le Lubéron du siècle dernier). Préface Edmonde Charles-Roux, éditions Hoëbeke - 1998 (source : bibliothèque Vert et Plume)

Willy Ronis, Gordes 1952. Ext. de « Provence » (le Lubéron du siècle dernier). Préface Edmonde Charles-Roux, éditions Hoëbeke – 1998 (source : bibliothèque Vert et Plume)

« C’est notre maître, fameux, calme et mort.
Porté sur nos épaules. »
– extrait d’un poème d’Elizabeth Browning (1806-1861). –

La première fois qu’il vit cette photo de Willy Ronis il pensa à sa propre enfance, aux vacances d’été qu’il passait avec ses frères dans une villa au bord de la mer. Ils étaient habillés exactement de cette manière, passaient leurs journées à jouer dehors dans le jardin, sur la plage, sur les chemins de l’arrière-pays. De temps à autre leur mère les emmenait en voiture à la découverte des vieilles églises, des abbayes, des moulins abandonnés, des châteaux en ruines. Quand ils reprenaient la route à la fin des vacances leur mère n’hésitait pas à emprunter le chemin des écoliers. C’est ainsi qu’il avait découvert par hasard les villages du Lubéron.
Plus tard il apprit que le garçon de la photo était le fils du photographe, que la maison où la scène se déroulait était celle qu’ils habitaient à Gordes. Il en aima encore davantage cette image et comme il n’avait pas de photographie de lui au même âge il s’identifiait volontiers à l’enfant jouant avec son avion.
Peu avant la mort de Willy Ronis (août 1910-sept.2009) il lut dans un long article du « Monde »  que cette photo n’avait pas été prise sur le vif comme il l’avait toujours pensé. Par la fenêtre ouverte, le photographe avait aperçu son fils dans le jardin à une heure de la journée qui magnifiait la lumière. Il lui avait demandé de recommencer à lancer son avion pour lui permettre de le photographier et lui avait promis une récompense s’il se pliait au jeu. Ils durent s’y reprendre plusieurs fois avant d’aboutir au résultat que l’on connaît.
Il ne fut pas déçu de lire cette histoire. Même si elle avait perdu sa spontanéité la scène n’en demeurait pas moins authentique. Mais il réfléchît que la différence entre la peinture et la photographie était mince. Dans l’une et l’autre l’image était inventée par l’artiste non par son modèle.

… contre lequel naturellement je m’insurge…

Jean-Yves Lemoigne, date non connue. Ancien directeur artistique de l’agence DDB Paris, désormais photographe.

Jean-Yves Lemoigne, date non connue. Ancien directeur artistique de l’agence DDB Paris, désormais photographe.

« … je me pose des questions, j’ironise. »

Il ne savait grand-chose au sujet de Jean-Yves Lemoigne dont il appréciait l’esprit sarcastique, le regard décalé et la qualité des mises en scène. Cette fois la proximité avec la peinture était frappante d’autant que la couleur s’était substituée au noir et blanc. Ce n’était plus l’enfant du photographe mais un garçon terrorisé qu’il regardait à travers la baie vitrée de son salon. L’avion ne s’envolait pas dans les airs mais piquait sur lui sans que l’on sache si le pilote l’avait délibérément pris pour cible ou s’il avait perdu le contrôle de l’appareil.

Le maître de l’essentiel

Dan Perjovschi (né 1961, Roumanie) dessins réalisés au jour le jour lors de la Biennale d'art contemporain de Lyon, 2009 (Photo Vert et Plume)

Dan Perjovschi (né 1961, Roumanie) dessins réalisés au jour le jour lors de la Biennale d’art contemporain de Lyon, 2009 (Photo Vert et Plume)

La douleur dit: « Passe et péris ! »
Mais la joie veut l’éternité, …

Nietzsche,  « Ainsi parlait Zarathoustra » (livre IV)

« Je dirais que notre temps est celui de l’irrévérence. Les causes de cette transformation … sont celles de la révolution politique, du chambardement social, du scepticisme obligé dans les sciences. L’admiration, pour ne pas dire la révérence, est passée de mode. Nous sommes des intoxiqués de l’envie, du dénigrement et du rabaissement. Nos idoles doivent arborer des têtes d’argile. L’encens s’élève mais vers les athlètes et les pop stars, les assoiffés de fric et les rois du crime. .. (suite du texte sous l’image)

Jeff Koons « Made in Heaven » ; 1987 (Lithograph billboard). Extrait du magazine  Modern Painters / « Pop stars », octobre 2009 (Source: collection Vert et Plume)

Jeff Koons « Made in Heaven » ; 1987 (Lithograph billboard). Extrait du magazine Modern Painters / « Pop stars », octobre 2009 (Source: collection Vert et Plume)

… La célébrité qui sature notre vie médiatique est le contraire de la fama [ = la renommée, qui n’est pas la célébrité]. Porter un maillot au numéro du dieu du foot, reproduit à des millions d’unités, … est aux antipodes de la condition de disciple.»
George Steiner « Lessons of the masters », traduction française Gallimard (2003). Texte extrait de l’épilogue. Source: bibliothèque Vert et Plume.
(Cet article a été inspiré par la relecture du livre de Steiner)

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*