Le souvenir des jours d’été

Les feux du corps [*]

Palomine Design Studio « Conseils aux adolescents », 1994. Sourcing image : couverture de la nouvelle édition du livre de Benjamin Darling paru en 1966. Editions Chronicle Books, Los Angeles (bibliothèque Vert et Plume, oct.1995)

Chaque garçon de la bande entretenait avec une fille ou un autre garçon une histoire sentimentale qu’il se remémorait durant toute l’année scolaire qui suivait.

2007. Lendemain de l’élection présidentielle. Pourquoi la vue du short jaune du Président français, lors de son escapade à Malte, l’avait-elle fait réfléchir aux couleurs des vêtements qu’il portait en été ?

Bruce Weber « Palm Beach 88 », Floride. Sourcing image: “L’Uono Vogue”, avec une mise en scène artistique de Richard Giglio (1988). Archives Vert et Plume

L’un de ses amis d’enfance, qui était le seul garçon d’une famille de 5 enfants portait chaque jour un polo et un short, d’une blancheur immaculée, que sa mère lavait et repassait avec amour.

Il n’avait jamais porté de short jaune. Pourtant il en avait acheté aux Etats-Unis dans les années 70 quand les tenues de jogging laissaient les cuisses entièrement nues avec des rayures bleues sur les côtés. Mais il ne s’en était jamais servi, lui préférant un rouge à rayures blanches encore plus court.

Il a eu du blanc bien sûr (pour jouer au tennis avec son ami), du noir (pour le sport à l’école), du bleu (en colonie de vacances), du gris (pour aller en classe), le fameux rouge (pour courir), du beige (pour voyager) et du kaki (pour ressembler à Tintin, plus tard à Teddy).

Pierre Joubert « Calendrier », 1954. Reprise pour les scouts du Québec d’une illustration réalisée pour le calendrier des scouts B.Powell de Belgique. Sourcing image : « P.Joubert, une vie d’illustration – Centenaire de Versailles », éditions Delahaye (2010). Bibliothèque Vert et Plume

« Quand les corps en course y entraient, de leurs creux gorgés d’ombre les saillants bouffaient sans mesure, pareils à ceux d’un haut-relief (…). Ils avaient l’air modelés à coups de vent viril.
[*] Henry de Montherlant « Les Olympiques / Feux sur les corps », éditions Gallimard, 1954. Coll. Folio, 1973
(Bibliothèque Vert et Plume)

Ses maillots de bain qui constituaient l’essentiel de ses habits d’été étaient de toutes les couleurs. Il aimait le jaune (échancré, style Tarzan), le vert (taille basse, style décontracté) et le rouge (coupe short, viril). Il a aussi porté, une année où cette matière était à la mode, un maillot de bain en tissu éponge qui était orange. Mouillé il collait à lla peau.

Par dessus son maillot, il enfilait une chemise plus ou moins déboutonnée pour aller en courses ou manger une glace le soir en rentrant de la plage. Une année, il devait avoir 14 ou 15 ans, le rose était à la mode pour les garçons. Il était allé à St-Tropez et avait acheté une chemise rose chez Vachon. Il ne l’avait portée qu’un été.

Hugh Holland « Skateboarder », California (1975). Sourcing image : archives Vert et Plume

“The shorts were… well… short, the pads were shit, the hair was long, the deck was thin, the socks were high, the kick was invisible, the ollie was but a dream and the skating was pure…”
Extrait d’une interview de Hugh Holland, nov. 2007 (sur site Lifelounge)

Traduction : « Les shorts étaient… euh… courts, les amortisseurs de la merde, les cheveux étaient longs, la planche était fine, les chaussettes montaient haut, le coup de pied était invisible, le ollie juste un rêve (le « ollie » est une figure d’entrée) et la glisse était pure. »

Sur une photo prise en Angleterre il avait un blazer avec une chemise jaune. Il était assis sur les marches d’un escalier de chez Harrod’s à côté d’une jeune française de son âge qui était plus grande que lui, portait des lunettes, était coiffée comme Sheila et hériterait quand elle serait grande de l’entreprise de son père où l’on fabriquait du papier pour les cigarettes. Heureusement la photo était en noir et blanc, hormis lui personne ne pouvait deviner que sa chemise était jaune. Cet été-là il allait avoir 16 ans.

Les émotions d’un artiste en herbe

Michelangelo Antonioni « Blow-Up », 1966. Inspiré d’une nouvelle de Julio Cortázar. Palme d’Or au festival de Cannes en 1967. Sourcing image : capture d’écran Vert et Plume, août 2011

« La lumière [« the light »] était splendide ce matin dans le parc. »  fit remarquer Thomas, le photographe de mode, héros du film .

Il vivait au sud de Londres dans le Kent. A cette époque son maillot de bain était à larges rayures verticales rouges et noires. Il se baignait avec ses copains anglais dans la piscine d’un garçon qui habitait à proximité et dont la mère roulait en Bentley. La carrosserie était couleur tabac, très chic. Les bus de Londres étaient rouges, l’herbe des pelouses d’un beau vert pomme quand elles venaient d’être tondues. Chaque matin en se levant il admirait celle du terrain de cricket qui était en face de la maison, de l’autre côté de la route, et il se demandait comment faisaient les Anglais pour obtenir un pareil résultat. Il regrettait mais n’en parlait pas, qu’il n’y eut pas en France de pelouse aussi soignée.

« Douglas DC3 », aussi appelé Dakpta C-47 aux Etats-Unis, lancé en 1935. Sourcing image : Musée de l’air et de l’espace du Bourget, « Le Monde » (mars 2011). Archives Vert et Plume

Il était passionné d’aviation, ouvrait une fiche signalétique complète sur chaque appareil. Le DC3 symbolisait l’aventure, les voyages vers le sud qu’il rêvait de faire.

Les nuages aperçus en volant vers l’Angleterre par les hublots de l’avion, un bimoteur, étaient blancs. Le ciel quand  il retourna en France et descendit dans le midi était toujours bleu. Le sable de la plage blond, la couleur que prenaient ses cheveux décolorés par le sel. La coque des dériveurs, sur lesquels ses amis et lui traversaient le Golfe de Saint-Tropez jusqu’à La Madrague, était peinte en blanc, rouge ou bleu. Ils s’approchaient le plus possible de la propriété de Brigitte Bardot et racontaient en rentrant qu’il l’avait aperçue toute nue au bord de sa piscine.

Georges Braque « Atelier VI », 1950-51. Huile sur toile. Fondation Maeght, St-Paul de Vence – carte postale (collection Vert et Plume)

A la librairie de la Fondation Maeght, ils achetaient des affiches de Matisse et de Miró, des reproductions de dessins de Dali et de Picasso qu’ils accrochaient aux murs de leurs chambres.

Saint-Paul de Vence. Ils visitaient au moins une fois chaque été visiter l’exposition en cours. Les peintures et les collages de Georges Braque avaient des tons de brun et de gris qu’il appréciait particulièrement. Il s’en inspirait pour ses collages dont il songeait sérieusement qu’il pourrait les exposer et les vendre.

Galerie Maeght, 42 rue du Bac (Paris - 7è arr.). Un dimanche après-midi (Photo Vert et Plume, sept.2009)

Galerie Maeght, 42 rue du Bac (Paris – 7è arr.). Un dimanche après-midi (Photo Vert et Plume, sept.2009)

ans le jardin de la villa où ses frères et lui passaient les mois d’été avec leur mère, les lauriers étaient roses comme la fameuse chemise. Ses fesses quand il se tordait le cou sous la douche pour les apercevoir étaient aussi blanches que le marbre. Le reste de son corps était devenu « noir », manière de dire qu’il était très bronzé. Il allait la plupart du temps pieds nus, en short, torse nu. Cette ressemblance avec les habitants de l’hémisphère sud l’enchantait.

« Le Penacho », 1590 (date de son arrivée en Autriche avec une « collection de merveilles exotiques », acquise par l’archiduc Ferdinand II de Tyrol). Coiffe rituelle de plumes datant de l’empire des Aztèques (XIVè s. jusqu’au début du XVIè s.). Sourcing image : « Le Monde », fév. 2011 (archives Vert et Plume)

« C’est un éventail d’un vert irisé, avec des touches d’or, de bleu turquoise et de rouge intense. »
(extrait de l’article du « Monde », légende au-dessus)

Pour se déguiser il choisissait d’être un indien d’Amérique du sud. Il se coiffait de plumes et dissimulait son ventre sous un tissu retenu par une ficelle nouée autour de la taille. Quant aux fesses, il songeait qu’il devrait les exposer à la lumière du soleil.

Flash infos artistes et autres figures

Michelangelo Antonioni. Cinéaste italien (1912-2007). Célèbre réalisateur des années 60. Quelques titres : « Le Cri » (1957), « L’Avventura » (1960), « La Notte » (1961), « L’Eclipse » (1962), « Le Désert » (1964),  « Blow-Up » (ci-dessous) et « Zabriskie Point » (1970).

Thomas (David Hemmings) attiré par la lumière matinale fait des photos dans Maryon Park. (Michelangelo Antonioni « Blow-Up », film long métrage – 1966). Sourcing image : capture d’écran Vert et Plume, août 2011

Hugh Holland. Photographe américain qui a immortalisé les premiers skaboarders du milieu des années 70.  Bien qu’il n’en était pas un lui-même, Hugh Holland a été durant 2 années captivé par le spectacle de ces jeunes adolescents avec lesquels il avait sympathisé, les suivant de Santa Monica à Venice (Los Angeles) pour réaliser ce qui est devenu un documentaire photographique des débuts du skateboarding, avant que ce sport ne devienne commercial. Ses photos ont été prises pour la plupart en fin d’après-midi avec de vieux « negative movie films » qui donnent aux images un ton chaud et doux.
Fondation Maeght. Créée à l’initiative de Marguerite et Aimé Maeght avec la participation des artistes de la galerie (Miró notamment pour les jardins) et le soutien d’André Malraux, ministre de la culture du général de Gaulle, qui l’inaugura en juillet 1964. Première institution privée du genre, la Fondation Maeght est le refuge par excellence de l’art sous toutes ses formes.
Henry de Montherlant. Ecrivain français (1895-1972). Un homme écartelé entre l’image qu’il avait voulu donner de lui et la réalité d’une vie privée marquée par la passion des jeunes garçons qui le ferait condamner aujourd’hui pour pédophilie. En dépit de cela et de ses positions politiques, ce qui fait beaucoup, plusieurs de ses textes sont ceux d’un grand poète… maudit.
Tenue de vacances du Président. Sur la photo du site de LaDépêche.fr, le short du Président a été coupé.

AFP « Le président Sarkosy en vacances à Malte », 2007. Sourcing image : internet / site du magazine « Le Nouvel Observateur »

Le tee-shirt du Président était celui de la police new-yorkause, sans doute le souvenir heureux d’un joggging dans Central Park.

Le thème du souvenir

DÉFINITION.  (Le Robert) Souvenir. n.m. (XIIIè s.)  . Mémoire. Vivre dans le souvenir. 2°. Le fait de se souvenir. 3°. Ce qui revient ou peut revenir à l’esprit, spontanément ou non, des expériences passées.  4°. Ce qui fait souvenir de, ce ui reste comme un témoignage du passé.

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