Le soleil de l’Afrique

« La France n’est plus le soleil de l’Afrique, car elle se trouve en compétition avec des acteurs nouveaux. (…) même plus le miroir, et je crois que cela est bon. (…) Un tissu de liens humains s’est constitué au fil des siècles entre la France et l’Afrique. Il faut investir dans les relations humaines pour faire naître des solidarités nouvelles qui dépassent les rapports entre États. »
Achille Mbembe (« Le Monde », oct.2011 – archives Vert et Plume)

Des forces porteuses de mort…

Barthélémy Toguo « The Time », 2011. Création pour la XIè Biennale d’Art Contemporain de Lyon (sept.-déc.2011). Sourcing image : photo Vert et Plume (nov.2011)

« Les cercueils des 55 États africains »
(L’artiste.)

… sont présentes dans le quotidien des Africains

NOTE. Tous les textes de cet article, à l’exception du Point de vue et du Flash info à la fin, sont empruntés à l’entretien avec Achille Mbembe publié par « Le Monde ».


« Beaucoup d’Africains continuent de lire l’action de la France en Afrique à travers le prisme des philosophies autochtones. L’histoire est considérée comme une modalité de la sorcellerie où le sujet s’identifie comme victime de forces obscures extérieures qui lui échappent. »

Des forces obscures

Tirailleurs sénégalais défilant sur la place centrale de Djibouti, 1935. Sourcing image : « L’Illustration » (collection Vert et Plume)

« S’ajoute une expérience historique forgée à l’époque coloniale et prolongée par les politiques néocoloniales :

  • Interventions armées
  • Soutien actif de dictatures corrompues
  • Incapacité de s’allier à des forces d’émancipation

Politiques coloniales et néo coloniales

Göksin Sipahioglu « Légionnaires français à Djibouti », 1967. Sourcing image : « Le Monde », oct.2011 (archives Vert et Plume)

Le continent africain doit pacifier les formes de la lutte politique, la dissocier de la guerre [un perdant aux élections présidentielles qui n’hésite pas à mettre son pays à feu et à sang pour tenter de récupérer le pouvoir, par exemple]

Des « réserves de vie »

Lynette Yiadom Boakye « Série de peintures », 2011. Peinture exposée à la XIè Biennale d’Art Contemporain de Lyon, site de La Sucrière. Sourcing image : photo Vert et Plume (novembre 2011)

« Personne n’y est encore prêt, mais l’Afrique doit s’astreindre à inventer par elle-même (ce qui exige un travail lent, pénible et méthodique), à partir de ses ressources historiques et intellectuelles, un modèle de démocratie qui réponde à la complexité anthropologique de ses sociétés. »

« Faire en sorte que le projet démocratique soit porté par des idées de liberté bien sûr, mais aussi par des « réserves de vie », face aux forces porteuses de mort, si présentes dans le quotidien des Africains. »

Le ventre mou du monde

Lynette Yiadom Boakye « Série de peintures » , 2011. Peinture exposée à la XIè Biennale d’Art Contemporain de Lyon, site de La Sucrière. Sourcing image : photo Vert et Plume (novembre 2011)

« L’absence d’une puissance hégémonique africaine, capable de s’imposer avec d’autres sur le théâtre africain, fait que le continent reste comme le ventre mou du monde. »

Le futur est une denrée rare

Lynette Yiadom Boakye « Série de peintures », 2011. Peinture exposée à la XIè Biennale d’Art Contemporain de Lyon, site de La Sucrière. Sourcing image : photo Vert et Plume (novembre 2011)

« Au feu, les pompiers
V’la la maison qui brûle ! »

(Comptine)

« Pour le moment, la vie de beaucoup de gens se déroule soit dans l’instant, soit dans le passé. Le futur est une denrée rare en Afrique. »

1957, 1967, 1977

Vue du rez-de-chaussée de La Sucrière : l’installation de Toguo encadré par la « Série de peintures » de Lynette Yiadom Boakye. Sourcing image : téléchargement internet

POINT DE VUE. Trois dates correspondant aux années de naissance des 3 artistes/intellectuels réunis dans cet article. Deux sont originaires du Cameroun et la 3è est d’ascendance ghanéenne. Ghana et Cameroun sont des pats possédant l’un et l’autre une identité culturelle ancienne et forte. Si le premier a réussi à goûter à la démocratie après des années de dictature Rawlings, le second vit avec la bénédiction de la France sous la férule de Paul Biya président à vie. Artistes et intellectuels résident la plupart du temps à à l’étranger où ils réussissent à se faire entendre auprès d’un cercle restreint de personnes disposées à les écouter (étudiants, professeurs, amateurs d’art, amoureux de l’Afrique, etc). Mais leur voix parvient à peine jusqu’en µAfrique où la population est surtout préoccupée du quotidien (manger, travailler, dormir), où les relais de l’information sont rares et ne portent pas très loin. Il faudra qu’un jour les Africains de Londres, New-York, Paris et Johannesburg, descendants d’esclaves et descendants de rois, s’inspirant du modèle sioniste, formulent ensemble un projet pour l’Afrique et se donnent les moyens (financiers, politiques et militaires) de le faire aboutir.

Flash infos artistes

Achille Mbembe. Né au Cameroun en 1957. Docteur en histoire (Paris II). Professeur d’université aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, il enseigne l’histoire et les sciences politiques.

Barthélémy Toguo. Né au Cameroun en 1967. Artiste plasticien, contestataire et insolent. Exposé à la XIè Biennale d’Art Contemporain de Lyon (sept-déc. 2011).
Lire l’article : Au pays des Ogres

Göksin Sipahioglu. Né en Turquie en 1926. Figure des temps héroïques du photojournalisme. Fondateur de l’agence Sipa, mort à Paris en oct.2011 à l’âge de 88 ans.
NOTE. L’image publiée ici (imprimée à l’origine sur un mauvais papier journal) n’est malheureusement pas de bonne qualité.

Lynette Yiadom Boakye. Née en 1977 à Londres de parents d’origine ghanéenne. Elle est peintre et met en scène des personnages imaginaires, qui font irrésistiblement penser à l’Afrique côtière et anglophone à laquelle le Ghana appartient), selon une technique picturale classique apprise en Angleterre. Elle était exposée à la XIè Biennale de Lyon de part et d’autre de l’installation de Toguo.

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