Le sentiment de continuité

Mise à jour : 21 04 2012

Un autre monde est possible

Tel était l’un des thèmes principaux explorés par certains artistes de la Xè Biennale d’art contemporain de Lyon (2009-début 2010anvier 2010).
Une utopie plus débattue que jamais dans les sociétés occidentales en proie au doute et à la peur du lendemain. Des artistes engagés aux côtés d’activistes sociaux ou tout simplement présents aux côtés de ceux qui veulent faire changer le monde, tenter de peser sur le cours des choses.

Pedro Reyes, né en 1975 à Mexico.
Son travail a été présenté à la Maison Rouge à Paris.

Photo ci-dessous, en bas et à droite : « Palas por Pistolas »
(2007). Les pelles qui sont accrochées au mur ont été fabriquées, dans le cadre d’un programme initié par l’artiste et conduit par le gouvernement mexicain, avec le métal provenant de 1527 armes en circulation illégale. Lors de chaque présentation de l’œuvre au Mexique les pelles servaient à planter des arbres sous la houlette d’associations. La mise en scène de l’œuvre à l’intérieur de la Sucrière ne permet pas d’en ressentir la portée comme c’était le cas à la Maison Rouge à Paris en 2008,  dans le cadre d’une exposition passionnante consacrée à plusieurs artistes mexicains contemporains .

En haut et en bas sur la gauche : Yang-Jiechang, « Fleurs souterraines », 1989-2009 - En bas à droite : Pedro Reyes, « Palas por Pistolas », 2007

Yang-Jiechang « Fleurs souterraines », 1989-2009 (photo ci-dessus, en haut et en bas à gauche). - Pedro Reyes « Palas por Pistolas », 2007 (en bas à droite)

Les fleurs qui tombent ne sont pas sans cœur

« …Une fois devenues terre au printemps, elles protègent les nouvelles fleurs »

Photo ci-dessus, en haut et en bas sur la gauche : «Fleurs souterraines ». Yang Jiechang, né en Chine en 1956. Vit entre Paris et Heidelberg (Allemagne).

Des crânes et d’autres ossemen ts de porcelaine blanche et bleue sont présentés sur des plateaux de bois superposés comme des débris de poterie découverts lors d’une fouille. Ils symbolisent toutes les choses qui ont existé avant nous que nous avons oubliées. Réflexion sur le temps qui passe et la cruauté des régimes politiques.

Le sentiment de continuité

La photographie du prisonnier  numéro 17 affichée dans le musée mémorial de Tuol-Sieng à Phnom-Penh (Cambodge) est l’unique représentation d’un Saint Sébastien qui ne soit pas une mise en scène, un chant d’amour ou une parodie.

Il est l’image vraie d’un martyr, non dans le sens de celui qui refuse de se soumettre à la volonté de ‘son persécuteur, mais  de celui qui est immolé pour une raison qu’il ne connaîtra jamais.

Page extraite du magazine Air France dans l'avion volant vers l'Afrique, 1998

Musée mémorial de Tuol-Sieng à Phnom-Penh. Sourcing image : magazine Air France, lors d’un vol effectué en 1998

Cette image est la plus féroce et troublante qui soit. Elle symbolise la mise à mort de l’innocence, comme si l’innocence n’était plus admise, que seuls les coupables étaient autorisés à vivre.

Pas de flèche fichée dans la poitrine, pas de regard langoureux ou résigné. Un regard droit.

Des cheveux lisses au lieu d’une chevelure bouclée à la grecque. Pas de pagne noué sur un ventre imberbe comme les peintres ont le plus souvent représenté le saint chrétien.

Image insoutenable et admirable à la fois parce que la jeunesse et l’humanité de la victime réussissent à transcender l’atrocité du crime à venir.
A ce moment, comment ne pas être frappé par l’extraordinaire persistance  de l’humain. La photographie du numéro 17 renvoie aux statuettes du fonctionnaire égyptien et de son épouse exposés au musée du Louvre, à la femme du boulanger au musée de Naples . Ces êtres voyagent littéralement à travers le temps et semblent vivants parmi les visiteurs qui les regardent.

C’est leur âme qui rayonne et transparait dans leur regard restitué par la main de l’artiste ou capté par la pellicule. C’est elle qui leur a donné la capacité de défier le temps. Les criminels aussi ont un regard, mais il est vide.

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